La Creuse Agricole 23 septembre 2016 à 08h00 | Par CDA 23

Morne rentrée dans les campagnes !

Rentrée de la Chambre d’agriculture de la Creuse.

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- © CDA 23

C’est sous les auspices d’une actualité agricole peu réjouissante que le président de la Chambre d’Agriculture de la Creuse, Jean-Philippe Viollet, entouré de son premier vice-président Pascal Lerousseau et de Jean-Marie Colon, secrétaire général adjoint, ont accueilli la presse, en ce mercredi 14 septembre.
Un point presse souhaité par les représentants de la Chambre d’Agriculture afin d’interpeller l’opinion publique, et surtout les élus politiques, sur l’état d’extrême détresse dans lequel se trouve le monde agricole actuellement.
En effet, les éléments climatiques désastreux (printemps trop pluvieux et sécheresse estivale) cumulés aux difficultés économiques (chutes des cours et retards de versement des aides PAC) plombent le moral et les trésoreries des exploitants agricoles.

« Toutes les productions sont touchés ! »
« Sur le plan des marchés agricoles, jamais autant de filières n’auront été en crise en même temps, toutes les productions sont touchées ! » explique le président de l’instance consulaire. « En production de lait de vache, la surproduction mondiale continue de peser sur les cours depuis plus d’un an. En production de viande bovine, l’atonie de la consommation et les abattages de vaches laitières alourdissent le marché : les prix baissent et les animaux ont du mal à partir des élevages. Pour ce qui concerne les grandes cultures, les prix bas se conjuguent avec des baisses de rendements historiques. À ce triste tableau, nous devons de plus en plus composer avec les aléas climatiques qui fragilisent nos capacités de production… En raison de la sécheresse, les éleveurs sont actuellement obligés d’affourager au champ et enregistrent des pertes de récolte du maïs de l’ordre de 30 à 60 % selon les secteurs. Par ailleurs, avec les postulas environnementaux que l’on subi, on ne nous laisse pas la possibilité de sécuriser notre travail ! Par exemple, si nous avions pu stocker l’excédent d’eau que nous avons eu au printemps avec des retenues collinaires, nous aurions pu irriguer nos cultures cet été et nous aurions moins souffert des effets désastreux de la sécheresse ! Cela tombe sous le sens mais il semble que la logique ait depuis longtemps déserté les bureaux de l’administration française et européenne ! Et lorsque Stéphane Le Foll se déplace dans notre région, il ne daigne même plus venir en Creuse ! À croire que le monde agricole et l’indépendance alimentaire ne sont plus aujourd’hui des enjeux nationaux ! Pire que tout, nous ne sommes même plus consultés sur des mesures qui impactent pourtant directement la profession ! Par exemple, nous avons appris dernièrement que le barrage de Chat-Cros venait d’être démoli, pour la modique somme de 3,7 millions d’Euros… Et dans le même temps, on constate que l’eau fait défaut aux agriculteurs ! On marche sur la tête ! Autant d’incompétence et de dédain ne peuvent générer que de la colère. » Et Jean-Philippe Viollet prévient : « Nous attirons l’attention de la classe politique… car en parlant de têtes, certaines pourraient bien tomber prochainement si on continue à se moquer de nous de la sorte ! »

Une administration à la traîne !
Alors même, que depuis début août, les éleveurs se voient dans l’obligation d’abreuver leurs animaux aux champs, Pascal Lerousseau renchérit en pestant contre le manque de réactivité de l’administration « qui n’a pas permis de mettre en place le dispositif de reconnaissance des calamités agricoles en temps et en heure… Et si au moins les aides de la PAC étaient versées ! », rajoute-t-il. « Après avoir annoncé un paiement en juin, puis en juillet, force est de constater qu’à ce jour, 75 % des exploitations ont touché le solde des aides découplées mais n’ont pas touché le solde des aides couplées ni le solde des aides du 2e pilier (ICHN et MAEC*). Et pire encore ! 25 % des exploitations n’ont encore touché aucun solde ! En plus, pour ceux qui ont eu des versements, ceux-ci se trouvent malheureusement dans l’incapacité de faire des prévisions car ils n’ont aucune visibilité sur l’affectation des montants payés !
Maintenant, on nous annonce qu’un acompte (correspondant à l’addition de 90 % des aides couplées + 90 % de l’ABA*) doit être versé au 15 octobre et qu’un autre (correspondant à 90 % de l’ICHN*) devrait être versé à la fin du mois d’octobre... Tout ceci devient de plus en plus illisible et c’est à se demander si la classe politique a bien pris la mesure de ce qui est en train de se passer dans les campagnes… Ils feraient bien de se méfier car à force de ne pas respecter les engagements pris, nous ne pourrons empêcher les excès ! »
« Et pour ceux qui n’ont encore rien perçu, il est regrettable, que ce soit ceux, justement qui en aient le plus besoin ! car nombre de dossiers non réglés concernent les jeunes qui viennent de s’installer ou encore des exploitations en phase de transformations » précise Jean-Marie Colon.

Des demandes précises
Face à ce contexte,  la Chambre d’Agriculture a formulé plusieurs demandes à l’administration, à savoir :
- Le déclenchement immédiat du dispositif des calamités agricoles ;
- Le versement sans délais des soldes 2015 pour la totalité des agriculteurs creusois ;
- La clarification sur le site Télépac du calcul des montants des aides et le détail des sommes versées ;
- L’envoi à chaque exploitant d’un document récapitulatif des montants de chaque aide 2015 avec le détail des calculs et les modalités de versement correspondantes ;
- une date limite pour le versement des aides du 2e pilier
Les élus agricoles espèrent qu’ils seront, cette fois, entendus et préviennent avec force :
« Les politiques ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas et il ne pourront pas, non plus, se dédouaner éternellement ! S’ils ne tiennent pas leurs engagements, nous saurons les mettre face à leurs responsabilités ! »
* ndlr

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