La Creuse Agricole 20 juin 2019 à 08h00 | Par Dr Boris BOUBET-Marien Bataille

Wohlfahrtia magnifica : Le réseau d’alerte activé

Un réseau d’alerte est mis en place pour vous informer de la présence de myiases sur une zone. Pour cette année, une attention particulière est à apporter avec la menace Wohlfahrtia magnifica.

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La différenciation entre Wohlfahrtia magnifica et Lucilia sericata, mouche à myiase habituelle de notre zone peut se faire au niveau de la morphologie : Lucilia : Couleur : bleu métallique/Taille : 6 à 11 mm. Wohlfahrtia : Couleur : gris-noir, avec un abdomen avec points noirs sur abdomen blanc + Yeux rouge brique. Taille : 8 à 14 mm.
La différenciation entre Wohlfahrtia magnifica et Lucilia sericata, mouche à myiase habituelle de notre zone peut se faire au niveau de la morphologie : Lucilia : Couleur : bleu métallique/Taille : 6 à 11 mm. Wohlfahrtia : Couleur : gris-noir, avec un abdomen avec points noirs sur abdomen blanc + Yeux rouge brique. Taille : 8 à 14 mm. - © COPIL

Les myiases constituent une parasitose entraînant pertes, coûts de traitements et temps passé. La présence probable en Creuse de Wohlfahrtia magnifica demande une stratégie de lutte et de prévention réfléchie et un signalement des cas pour un meilleur recensement.

Les mouches et les facteurs favorisant les myiases
Deux mouches provoquent des myiases ovines en France : Lucilia sericata responsable des myiases classiques et Wohlfahrtia magnifica qui constitue une nouvelle menace. Leur développement dépend de la réceptivité de l’hôte, du système d’élevage, des conditions climatiques et de la situation géographique. Cette pathologie, très ancienne, s’étend pour plusieurs raisons synergiques : changement climatique entraînant le réchauffement de la planète, développement du plein air, agrandissement des troupeaux, main d’œuvre se raréfiant entraînant des difficultés de surveillance.

Lucilia sericata dans les zones laineuses
Lucilia sericata se localise plutôt dans la laine avec les larves de stade 2 et 3 à l’origine des lésions. En lacérant la peau, elles creusent des galeries. La toison montre des zones lainées humides, brunâtres et d’odeur fétide avec des centaines d’asticots. La présence d’une tache brune doit alerter, en écartant la laine, des mèches tombent et les asticots sont visibles. Les parties du corps à peau fine sont les sites de prédilection. Les zones à inspecter en période à risque sont le rectum, la vulve, le fourreau, la base des cornes, les pieds ou les plaies de tonte.

Wohlfahrtia magnifica dans les orifices et en localisation podale
Découverte en 2012 dans la Vienne, son extension s’est accélérée sur 3 départements : Vienne, Haute-Vienne et Charentes. La mouche est attirée par tout écoulement de liquides physiologiques (sang, sérosité, sécrétions vulvaires), d’où les principales localisations des lésions : vulve, nombril, plaies. Wohlfahrtia dépose directement des larves sur les zones délainées, ces asticots d’environ 1 à 1,5 cm attaquent les chairs en creusant des galeries parfois jusqu’à l’os et provoquent des lésions profondes. Les animaux les plus touchés sont les ovins, des cas sont également observés sur les bovins ou les chiens.

Un affaiblissement des animaux et des plaies profondes
Quelle que soit la mouche, les symptômes généraux sont similaires : affaiblissement, perte de poids et d’appétit. Pour Lucillia, la laine tombe, révélant parfois des plaies profondes qui peuvent se surinfecter, d’où une souffrance et des démangeaisons chez les animaux atteints qui s’isolent et répugnent à se déplacer. Pour Wohlfahrtia, le tableau clinique est dominé par des boiteries avec déformation du pied et écartement des doigts, et des écoulements vulvaires. L’évolution peut aller jusqu’à la mort suite à une propagation des lésions ou à l’infection secondaire (septicémie).

Les soins aux animaux atteints de myiases
Tondez une grande zone autour des lésions sur l’animal avant d’appliquer une solution d’insecticide à bonne concentration (attention de ne pas brûler la peau de l’animal). Le retrait manuel des asticots peut s’avérer nécessaire (destruction impérative). Consultez votre vétérinaire pour mettre en place une couverture antibiotique afin d’éviter les surinfections et pour éviter toute recontamination.

Les méthodes de lutte : de la baignade au pour-on
Afin de gérer les myiases dans un troupeau, plusieurs traitements sont disponibles :
- Les organophosphorés et les pyrèthres. Ils s’utilisent en pulvérisation, pour-on ou en bain, avec une faible rémanence. L’efficacité sur les animaux se limite à trois semaines, voire moins avec des attaques de mouches répétées et en forte pullulation. Cela entraîne une répétition des traitements (trois à quatre fois par an).
- Le dicyclanil. C’est la seule molécule ayant l’indication de traitement préventif contre les myiases. Appliquée en pour-on, cela permet de traiter facilement à l’aide d’un pistolet sur la toison, avec une faible quantité de produit. Son utilisation a permis d’apporter une sécurité dans les traitements et une tranquillité pour l’éleveur, avec une rémanence de huit à seize semaines.
- Enfin des seaux complémentés à l’ail semblent donner de bons résultats mais nécessitent un dosage suffisant tout en restant appétents pour les brebis.

Un réseau de surveillance, une centralisation des informations à GDS Creuse
Dans le cadre de la section ovine de GDS Creuse, un réseau de surveillance sanitaire regroupant les différents intervenants (éleveurs, vétérinaires, techniciens...) avec les données centralisées par GDS Creuse est constitué depuis 2013. La section ovine du 27 mai a demandé une vigilance vis à vis des myiases à Wohlfahrtia. Si vous êtes confronté ou témoin de la présence de myiases, remontez-nous l’information pour réaliser une diagnose (identification de l’asticot) qui sera réalisée à la CDAAS (GDS 87). Des demandes d’aides financières sont en cours auprès de GDS France et seuls seront éligibles les départements reconnus atteints par la myiase Wohlfahrtia.

SMS, lettre d’information, site internet pour alerter
Aujourd’hui, nous pouvons communiquer sur une zone déterminée (commune, canton...), par le biais d’outils rapides et utilisés de tous tels que les SMS, le site internet, les lettres d’information ou encore la presse (écrite ou radio). Face à une pathologie qui nécessite une attention particulière dès les premiers signes d’apparition, la mobilisation de chacun est indispensable au bon fonctionnement de ce réseau. Ainsi, dès qu’une alerte est connue sur un secteur, nous vous alertons sur la zone concernée.

Soyez acteur du concept « Le sanitaire... j’adhère ! », remontez vos observations
La stratégie de lutte est à adapter à l’élevage et prend en compte les facteurs suivants : réceptivité de l’hôte, système d’élevage, conditions climatiques et situation géographique ainsi que le choix de la molécule à utiliser, le tout associé à une surveillance accrue en période à risque et à une rapidité d’action en cas de problème. Si vous êtes confronté, ou si vous connaissez la présence de myiases à Wohlfahrtia sur un secteur, faîtes-nous remonter l’information afin de confirmer et d’avertir vos collègues sur la zone.

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