La Creuse Agricole 26 mars 2018 à 08h00 | Par A.M.

Une filière laitière en marche, mais pas à n’importe quel prix

La 74e Assemblée Générale de la FNPL s’est terminée le 15 mars à Vannes (Morbihan), en présence du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Stéphane Travert. L’occasion pour les éleveurs d’interpeller le ministre sur leurs inquiétudes, notamment au sujet des accords de libre-échange, mais aussi sur leur espoir de retrouver de la valeur.

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Jérémy Decerle, président de JA, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, et Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture.
Jérémy Decerle, président de JA, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, et Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture. - © Actuagri

La dernière journée du congrès de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait (FNPL) s’est déroulée à Vannes, dans le Morbihan, le 15 mars. La première partie de la matinée a été consacrée à deux tables rondes, sur les thèmes du retour de valeur et du marché. Puis, Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, ainsi que Jérémy Decerle, président des Jeunes Agriculteurs (JA), ont clôturé la séquence, avec des discours faisant largement écho aux questions abordées au cours des deux journées de travail. Le retour de la valeur au producteur est l’une des principales préoccupations de la filière laitière et plus généralement du monde agricole. Comme a commencé par le rappeler Marie-Thérèse Bonneau, première vice-présidente de la FNPL : « la défense du revenu est notre ligne ». Lors des États Généraux de l’Alimentation (EGA), les différents acteurs de la chaîne semblaient être tombé d’accord sur ce principe indispensable. De même, durant la première table ronde, les différents invités, notamment de la grande distribution, semblaient se retrouver dans cette idée. Marie-Thérèse Bonneau l’a souligné avec une pointe d’ironie : « vu ce que j’entends ce devrait être super simple, puisqu’on partage tous les mêmes convictions ».

Rééquilibrer le rapport de force
Pourtant, comme l’a rappelé Jérémy Decerle, président de JA, les négociations commerciales ont été ressenties comme une « trahison » par une partie du monde agricole ; « nous avons encore eu droit au même jeu auquel nous assistons chaque année entre industriels et distributeurs », poursuit-il. Invité lors du premier débat, Jean-François Huet, en charge des partenariats et des alliances locales chez Leclerc, a rappelé qu’une tentative d’augmenter les prix fournisseurs avait déjà été faite, sans pour autant que cela ne redescende aux producteurs. « Il ne s’agit pas de générer une inflation si cela ne redescend pas aux agriculteurs », prévient-il. Sur ce thème, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, a interpellé le ministre de l’Agriculture : « le projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales et la juste répartition de la valeur ne met aucune automaticité de retour de valeur au producteur ». La FNPL souhaite une loi « qui ne laisse pas de place aux interprétations ». « C’est bien le sens du principe de « cascade », prévu dans le projet de loi, lui répond Stéphane Travert, qui permet justement de prendre en compte tout au long de la chaîne, les différents indicateurs ». Le ministre encourage aussi les producteurs à se regrouper pour rééquilibrer le rapport de forces.

Chercher de la valeur à l’international
Toujours sur le thème des EGA, Michel Nalet, directeur de la communication du groupe Lactalis, a déploré que les discutions aient peu porté sur le marché international. 40 % du lait produit en France est exporté. « Nos concurrents européens se concentrent sur le développement international, s’il y a la volonté, on a la capacité de se développer sur ce marché », assure-t-il. « Avec l’émergence d’une classe moyenne dans les pays en développement, on a de nouveaux marchés et la capacité à aller y chercher de la valeur », appuie Damien Lacombe, de la coopérative Sodiaal. Mais le marché international inquiète aussi les producteurs laitiers avec la multiplication des accords de libre-échange. Après l’accord avec le Mercosur, et celui du CETA, les craintes de la FNPL se dirigent vers le futur traité Australie-Nouvelle Zélande. « Je ne veux pas d’un Mercosur bis avec ce nouveau traité, je le dis très fermement », a lancé Thierry Roquefeuil à l’adresse du ministre. « Sur ce sujet, il ne faut ni se mentir, ni faire preuve de naïveté », lui répond Stéphane Travert. Le ministre a mis en avant les opportunités d’exportations qui s’ouvrent aux producteurs français avec ces accords, tout en restant franc sur les risques encourus : « ce monde fantasmé dans lequel on peut vendre mais dans lequel on refuse d’acheter n’existe pas ». « Il s’agit de conclure des accords équilibrés en étant des partenaires exigeants », promet-il. Stéphane Travert a cependant assuré que la position du gouvernement sur l’accord avec l’Océanie était « exclusivement défensive, pour protéger nos filières dans les discutions ».

Un ministre « mobilisé » pour les agriculteurs
Au sujet de la gestion des stocks de poudre de lait qui pèsent sur le marché, le président de la FNPL, Thierry Roquefeuil, demande à la Commission européenne de « clairement assumer son rôle dans la gestion des marchés et ne pas être hermétique aux solutions qui lui sont proposées ». Le ministre s’est dit « mobilisé » sur ce problème. Tout comme sur la question des retraites agricoles. « La problématique sera pleinement prise en compte dans le cadre de la réforme envisagée », a-t-il garanti. « Mais il ne faut pas tomber dans un piège démagogique où on fait des promesses non soutenables », modère Stéphane Travert. Il a aussi tenu à rassurer les agriculteurs sur la PAC, assurant que simplification ne signifierait pas renationalisation. À l’issue du congrès, Thierry Roquefeuil a déclaré avoir apprécié voir le ministre prendre certains engagements pour protéger la filière. Cependant les producteurs ne sont pas prêts à accepter n’importe quelles conditions.

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