La Creuse Agricole 23 septembre 2018 à 08h00 | Par Dr Boris BOUBET-Dr Didier GUERIN

Sécheresse : Les risques sanitaires induits, l’adaptation de la prévention

La chaleur et la sécheresse induisent des risques sanitaires à bien connaître pour adapter votre conduite d’élevage et ainsi limiter les conséquences sur votre cheptel.

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L’évolution de la climatologie va vous demander d’adapter vos pratiques fourragères, en optimisant les récoltes de printemps et en valorisant la repousse automnale dans les cas où elle pourra être présente.
L’évolution de la climatologie va vous demander d’adapter vos pratiques fourragères, en optimisant les récoltes de printemps et en valorisant la repousse automnale dans les cas où elle pourra être présente. - © Météo France

Les épisodes de sécheresses impactent les productions agricoles mais génèrent également des risques sanitaires. Cela demande donc d’adapter la gestion globale et le plan de prévention de votre élevage.

Apporter de l’eau en quantité et de qualité
Selon les conditions, pour un bovin adulte, le besoin quotidien d’eau varie de 50 à 100 litres, voire plus. Tout déficit en eau bue aura un impact direct sur la production : moins de lait produit, moins de kilos pour les bovins en croissance. Au-delà de la quantité, des critères de qualité sont déterminés pour l’eau d’abreuvement des ruminants. Les bovins sont très sensibles au goût, à l’odeur et à la température de l’eau, ils boivent moins si l’eau n’est pas de qualité satisfaisante. En cas de dépassement des normes physico-chimiques et bactériologiques, la production diminue et les problèmes sanitaires sont favorisés. L’été, le rapport risque/bénéfice est à étudier pour chaque ressource en eau. Les eaux stagnantes (mare, étang…) représentent les eaux les plus à risque et sont à éviter. Leur charge microbienne est élevée et augmentée lors de pollution organique avec un risque direct de pathologies comme la salmonellose ou la leptospirose. La présence de matière organique interdit la décontamination par le chlore car il induit la composition de composés toxiques, les chloramines. Les conseils en matière de pompage pour abreuver les ruminants peuvent donc être les suivants : privilégier les eaux de qualité garantie (réseau, forage, voire puits s’il a été analysé), à défaut de l’eau circulante qui apparaît limpide et ne recevant pas de sortie d’égout ou de fosse septique en amont (cf. article du 15/12/2017).

Assurer un encombrement et une couverture énergétique suffisants
Les ruminants demandent d’abord un bon fonctionnement de la panse avec un volume de la ration suffisant et un apport de fourrages fibreux en quantité adaptée au volume ruminal. Un apport insuffisant de lest entraînera, chez les adultes, une sensibilité accrue aux dysfonctionnements du rumen (acidose, alcalose, coliques hydriques…) et chez les jeunes, en particulier les veaux sous la mère, une insuffisance de développement des réservoirs gastriques (réseau, rumen, feuillet) irréversible. Une fois le lest assuré, l’apport énergétique doit assurer les besoins d’entretien et de croissance de l’animal. Toute sous-alimentation énergétique entraînera, chez le jeune, une croissance diminuée qui ne pourra être compensée et chez l’adulte (note d’état inférieure à 2,5), une insuffisance immunitaire et une atteinte de la fonction de reproduction (problèmes de fécondité ultérieure et de développement fœtal). Consultez la Chambre d’Agriculture et son réseau de conseillers pour adapter vos rations.

Limiter les insuffisances azotées et vitaminiques, une complémentation en vitamines AD3E indispensable lors de sécheresse
L’apport de fourrages permet de répondre aux besoins en lest, éventuellement avec un complément énergétique (céréale, mélasse). Par contre, les couvertures azotée et vitaminique peuvent être insuffisantes. L’azote est nécessaire pour assurer les productions de lait et de viande et pour la synthèse des éléments de défense et de fonctionnement (hormones, enzymes, immunoglobulines…). Une ration restreinte de 45 % en besoin protéique entraîne des veaux chétifs avec un déficit immunitaire. Une alimentation à base de fourrage sec apportera de manière insuffisante les vitamines liposolubles (AD3E). Étant donné que le besoin connaît un pic autour du vêlage et au moment de la mise à la reproduction, environ 2 mois après le vêlage, l’apport des vitamines AD3E se fera 2 mois avant le vêlage et autour du vêlage. Il sera apporté 5 millions d’unité de vitamine A par cure, soit sous forme poudre ou liquide par voie orale à raison d’un million d’unité de vitamine A par jour pendant 5 jours (10 ml d’une solution pure d’AD3E par jour pendant 5 jours) distribué dans l’eau de boisson ou sur les aliments, soit sous forme injectable à raison de 5 millions de vitamine A par injection (10 ml d’une solution injectable d’AD3E). Cela représente un coût inférieur à 1 euro H.T. par vache et par cure. Vu le rapport coût/apport pour l’animal, cette mesure s’avère indispensable lors de sécheresse.

Complémenter de manière plus importante en minéraux : macroéléments, oligoéléments… sans oublier le sel
La minéralisation est également impactée par la sécheresse : les fourrages sont moins bien pourvus et l’ingestion de terre (pâturage au ras du sol) entraine la présence de minéraux en excès (fer, manganèse…) antagonistes de certains oligoéléments d’où la nécessité de renforcer la complémentation. Pour les macroéléments (phosphore, calcium, magnésium), l’apport est à réaliser pour les animaux avec fourrages conservés (foin, paille…). Pour les oligoéléments, la période autour de la mise-bas (deux mois avant, deux mois après) est primordiale. La complémentation sera donc mise en place dès deux mois avant la mise-bas sous forme d’aliment minéral ou de bloc à lécher. Un apport spécifique en sélénium et en iode sera à effectuer. Enfin, il ne sera pas oublié l’apport systématique en sel (chlorure de sodium) avec une pierre de sel à disposition de tous les animaux toute l’année. En cas d’absence de sel depuis plusieurs semaines, la remise à disposition sera progressive pour éviter une intoxication au sel par surconsommation dans les premiers jours.

Faire attention aux intoxications alimentaires, notamment les glands en cette saison
Avec la sécheresse, les ruminants peuvent consommer des plantes qu’ils n’auraient pas mangées en situation normale avec plus de 240 plantes impliquées dans les intoxications. On peut citer les photosensibilisations liées au millepertuis, les hématuries dues à la fougère grand aigle ou les troubles nerveux liés à l’ingestion de séneçon ou de morelle noire. L’intoxication la plus fréquente est due aux glands. Les années de sécheresse, les chênes produisent plus de glands qui tombent souvent plus tôt. La toxicité étant due aux tanins qui disparaissent avec la dessication, le risque est maximal en début d’automne et diminue quand les glands se dessèchent. On observe une toxicité immédiate, avec des troubles digestifs, mais surtout une atteinte rénale et hépatique plus insidieuse qui va conduire à terme à la mort de l’animal. La mise à disposition de fourrage limite le risque, mais certains bovins dans un lot deviennent « acccro » et ne mangent plus que cela.

Surveiller les infestations parasitaires en strongles puis en grande douve
Pour les strongles, la sécheresse constitue un frein à leur développement : moins d’herbe à pâturer donc moins de possibilité de contamination, plus de destruction de larves. La situation reste cependant à surveiller, en fonction de la clinique et des résultats d’analyse.
Pour la grande douve ou le paramphistome, le risque d’infestation est augmenté du fait d’un séjour prolongé sur les zones humides lié à la raréfaction de l’herbe. Un diagnostic précis avec coprologie et sérologie Fasciola s’impose en début d’hiver.

Adapter de manière spécifique votre conduite d’élevage
Les épisodes de sécheresse entraînent de graves difficultés pour la mise en place d’un plan fourrager cohérent avec des répercussions d’ordre sanitaire. Dans chaque élevage, une réflexion sur sa production fourragère est nécessaire, prenant également en compte l’éventuelle repousse d’herbe automnale et le pâturage en arrière-saison. Une identification des risques sanitaires est à réaliser avec la mise en place d’actions correctives à court et moyen termes en fonction des possibilités.

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