La Creuse Agricole 22 décembre 2018 à 08h00 | Par A.M.

Quand la colère monte

Interview de Thierry Jamot, président de la FDSEA de la Creuse.

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Le 10 décembre dernier, les forces de l'ordre ont très rapidement fait usage des fumigènes et lacrymogènes.
Le 10 décembre dernier, les forces de l'ordre ont très rapidement fait usage des fumigènes et lacrymogènes. - © AM

À la lecture de l’interview de Madame la préfète dans la presse locale du 12 décembre dernier, le président de la FDSEA Thierry Jamot, a tenu à réagir face à certains propos jugés inexacts, voire mensongers au sujet de l’action syndicale menée conjointement par la FDSEA et JA de la Creuse, le 10 décembre 2018.

Qu’avez-vous pensé de la réaction de Madame la préfète suite à votre action syndicale ?
Je crois que Madame la préfète a largement sous-estimé la gravité de la situation des agriculteurs creusois. Elle n’a pas su mesurer précisément l’ampleur du désarroi qui affecte aujourd’hui le monde agricole. Mais de là à faire intervenir les forces de l’ordre comme elle l’a fait, je trouve ça scandaleux. Œufs contre gaz lacrymogènes, tirs de flashball et grenades fumigènes, le contraste est frappant.

Cette manifestation a pris une tournure qui n’était pas prévue ?
En effet, en ce qui nous concerne, nous étions dans un état d’esprit constructif et de dialogue avec les autorités pour justement débattre de nos difficultés et trouver des solutions à certains problèmes plus spécifiques, comme le versement des aides, dont les MAE bio, non soldées depuis 2016, et le dossier sécheresse. Pour réponse, nous avons eu une belle démonstration d’une fin de non-recevoir et d’un gazage en bonne et due forme.

Le dialogue est donc rompu avec la préfète ?
Jusqu’à présent oui. Autant le député Jean-Baptiste Moreau et son suppléant ont eu le courage de venir jusqu’à nous, même si dans le feu de l’action certain propos ont été un peu virulents, mais l’on peut dire qu’il y a eu des échanges certes musclés. Quant à la préfète, la représentante de l’État, elle n’a pas eu ce même courage, elle a préféré ignorer les agriculteurs, comme son gouvernement.

Elle évoque les désordres internes à la FDSEA qu’en pensez-vous ?
Depuis quand une préfète se mêle de notre organisation interne ? Je crois que ses préoccupations devraient être davantage concentrées sur les difficultés des creusois et de ces agriculteurs. Maintenant de là à être « l’élément perturbateur à ce rendez-vous manqué » comme elle le prétend, elle fait fausse route. Notre organisation n’est pas composée seulement d’un président, c’est avant tout une équipe.

Comment jugez-vous cette réplique policière ?
Moi, ce qui m’a surpris, c’est la rapidité avec laquelle cette réplique par les forces de l’ordre a eu lieu. Jeter des œufs, en soi, n’est pas un crime. Elle a fait allusion à des barres de fer et  a des projectiles incendiaires… Comment se fait-il que certains casseurs aient pu se joindre aux manifestants sans être inquiétés et écartés par les forces de l’ordre ? Pourquoi aucun agent de police n’a fait dévier la circulation des automobiles en centre-ville ? Je crois simplement qu’elle avait envie de « casser » de l’agriculteur. Mais, de là à dire qu’elle n’a jamais vu un tel degré de violence, je crois qu’elle n’a jamais entendu parler du « Comité de Guéret » ! Mais, je reste intimement convaincu que cette montée en violence, elle y a largement contribué pour échapper au dialogue.

Suite aux manifestations des agriculteurs qui se sont déroulées le lundi 10 décembre 2018 à Guéret et qui ont été violemment réprimées par les forces de l’ordre, les différents syndicats agricoles ainsi que les élus de la Chambre d’Agriculture de la Creuse dénoncent l’analyse de cet événement réalisée par Magali Debatte, Préfète de la Creuse.

Lettre ouverte à Madame la Préfète de la Creuse

Suite à la manifestation organisée le lundi 10 décembre dernier par les syndicats FDSEA 23 et JA 23, vous avez formulé, par voie de presse, que vous n’aviez jamais vu une telle violence se dérouler et qu’elle était sans doute relative aux tensions et enjeux internes au sein du monde agricole.
Cette analyse, aussi imparfaite que mensongère, nous interroge… Nous tenons donc à rétablir quelques vérités.
Tout d’abord, vous soulignez la violence qui s’est exprimée dans les rangs des agriculteurs et le manque de contrôle en interne des manifestants. Votre analyse ne stipule pas que leur démarche initiale n’était nullement agressive et ne présentait aucun trouble à l’ordre public ! En effet, ces mêmes manifestants, non armés (il est important de le préciser) souhaitaient simplement que vous veniez à leur rencontre afin de vous transmettre leurs revendications et attentes vis à vis du Gouvernement.
Pourtant c’est avec une forte délégation de forces mobiles que vous les avez accueillis ! Ces mêmes forces mobiles qui ont reçu l’ordre de charger à grand renfort de gaz lacrymogènes et de flashball pour répondre à l’envoi de quelques œufs, bien inoffensifs, qui avaient été lancés par des manifestants sur leurs effectifs…
Le bilan est d’ailleurs clair, comme vous ne pouvez l’ignorer, les blessés sont tous dans les rangs des agriculteurs !
Nous vous posons donc la question, Madame la Préfète, puisque vous aimez faire des analyses… Au regard du réel déroulé des faits, de quel côté situez-vous la violence ? Oserez-vous encore dire que vous n’avez fait que suivre les consignes du ministre de l’Intérieur et que cela justifiait un tel déchaînement de la part des forces de l’ordre ? Pensez-vous que, face à une telle agression, les manifestants, quels qu’ils soient et même les plus pacifistes ne cherchent pas à répliquer ? Notre analyse à nous, c’est que si vous aviez souhaité un affrontement et que les choses dégénèrent, vous ne vous y seriez pas prise autrement !
Les différents syndicats agricoles qui représentent l’ensemble des agriculteurs du département vous ont plusieurs fois alertée sur la situation catastrophique que le secteur affronte actuellement. Suite aux différentes crises multifactorielles que nous subissons sans relâche, nombre d’entre nous n’ont plus de trésorerie, nos capacités de production sont grandement mises à mal et, à cause de la sécheresse de cet été, une majorité d’entre nous ne sait même pas comment il sera possible de continuer à alimenter nos bêtes d’ici peu !
Tous les syndicats agricoles vous ont demandé à maintes reprises de prendre en considération l’extrême gravité du contexte dans lequel nous nous trouvons et de faire remonter nos attentes aux plus hautes instances afin de débloquer des aides d’urgence !
À ce jour, nous ne pouvons que déplorer qu’aucune proposition sérieuse n’ait été formulée ! Plus grave encore, vous savez pertinemment que certains facteurs aggravants incombent directement à l’État Français ! Nous voulons parler ici de la gestion du paiement des aides de la PAC qui cumulent pour certaines plusieurs années de retard et qui ont mis beaucoup d’agriculteurs dans le rouge !
Sachez, Madame la Préfète, que les agriculteurs ne sont ni des terroristes, ni des extrémistes et que leur colère exprime simplement l’état de stress et de désarroi dans lequel ils se trouvent ainsi que leurs légitimes interrogations face à l’abandon exprimé par le Gouvernement à leur égard.
Maintenant afin de dédouaner l’État de ses défaillances, vous justifiez l’importante mobilisation des agriculteurs, par le fait de tensions syndicales et d’enjeux relatifs aux prochaines échéances électives des Chambres d’agriculture…
Cet argument fallacieux est typiquement représentatif du mépris que vous exprimez pour le monde agricole !
Sachez, Madame la Préfète, que devant le niveau de détresse qui explose actuellement, tous les agriculteurs sont unis, et ce quelles que soient leurs convictions syndicales, politiques ou autres !
Nous vous le rappelons d’ailleurs : sans un geste fort et sans délai de la part du Gouvernement, vous aurez à répondre des conséquences humaines dramatiques qui ne manqueront malheureusement pas de se révéler dans les mois à venir ! Et il vous sera alors difficile de justifier des manquements de l’État en faisant porter le chapeau à d’autres !
Toutefois, afin d’éviter ce sombre avenir, nous tenons à vous affirmer, d’une même voix, Madame la Préfète, que tant que la cause agricole ne sera pas entendue, reconnue et soutenue, vous continuerez à nous trouver sur votre chemin ! Nous vous assurons que nous ne lâcherons rien car c’est notre devoir !
Il est grandement temps que vous et le Gouvernement fassiez le vôtre !

Thierry JAMOT
Président FDSEA 23
Mickael MAGNIER
Président JA 23
Pierre COURET
Président MODEF 23
Pascal LEROUSSEAU
Président Chambre d’Agriculture de la Creuse

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