La Creuse Agricole 06 septembre 2010 à 09h05 | Par Guillem Boyer

Production animale - L’inquiétude des producteurs de lait

Les éleveurs sont toujours dans une situation difficile. Ils attendent les répercussions de l’accord trouvé par l’interprofession, le 18 août dernier.

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Guus Klein dans la stabulation qu’il a rénovée pour y mettre des logettes et des cornadis.
Guus Klein dans la stabulation qu’il a rénovée pour y mettre des logettes et des cornadis. - © D.R.

Fin août, les négociations sur le prix du lait ont pris fin avec l’annonce d’une hausse de 10 % du prix payé au producteur sur l’année 2010. En Creuse, certains professionnels sont satisfaits de cet accord. D’autres non. Mais tous disent leur inquiétude pour l’avenir.

 

Alexandre Boisgontier est agriculteur au Grand-Bourg. Il est installé depuis 2002 en Gaec avec sa mère. Ils ont 95 vaches mères et 97 hectares de Surface agricole utile (SAU). Leur quota est de 570 000 litres par an, qu’ils vendent à Chavegrand, et 45 000 l en vente directe (crème fraîche vendue en commerces de proximité et à la ferme). Avec tous les investissements qu’ils ont accomplis pour moderniser la ferme, « cela tire dur ». « Je pense que 320 /330 euros pour 1 000 litres, ce serait pas mal », dit celui qui a vendu son lait 303,5 euros en juillet 2010 (mois où les prix sont plus élevés que la moyenne de l’année, en général). Il parvient à dégager 1 000 euros par mois pour lui, actuellement. Il reste optimiste, d’autant plus qu’il trouve que cet accord est mieux que rien. Mais la mutation de la filière lait lui fait un peu peur. Notamment la fin des quotas.

 

Isabelle et David Rimoux, originaires de la Loire, sont éleveurs à Bétête. Ils ont 65 vaches Prim’Holstein et un quota de 450 000 litres. Ils ont une SAU de 100 hectares, dont 15 ha d’ensilage maïs et 15 de céréales. Ils achètent des tourteaux (30 ou 40 t/an), des minéraux et de la paille Bio (60 t). L’accord de l’interprofession ne les a pas convaincus. Selon eux, « la situation est catastrophique ». Ils sont, pour un an encore, en conversion agriculture biologique. Ainsi, leurs charges ont augmenté pour respecter le cahier des charges Bio, mais le Groupement des laiteries coopératives (Glac) leur achètera leur lait au tarif conventionnel pendant encore un an, comme c’est la règle. Installés depuis cinq ans hors cadre familial, ils sont au moment où les aides pour les installations et les réductions d’impôts prennent fin. Sauf qu’ils n’ont pas fini de payer les mises aux normes et les investissements qu’ils ont dû faire après avoir repris l’exploitation. Ils ont plus de 80 % de taux d’endettement. Cela fait plus d’un an qu’ils ne se sont pas versés de salaires. Heureusement, la vente directe de viande de montbéliarde (race qui a une meilleure valorisation viande) leur rapporte un revenu. La solution : « On stoppe les investissements et le renouvellement du matériel, jusqu’à nouvel ordre », explique David Rimoux. Ils espèrent 320 euros par mille litres, comme prix de base, à court terme, après avoir touché 285 euros en moyenne en 2009, et 309 euros de prix de base en juillet 2010. Dans un an, ils espèrent voir leur situation s’améliorer, en vendant du lait bio (435 euros/1 000 l en 2009 comme prix moyen).

 

Marc Houben, de Saint-Moreil, vend son lait au Glac : 310 euros/1 000 l comme prix de base en juillet 2010, et 319 euros avec les primes qualités. Il a 60 ha de SAU et 35 laitières Prim’Holstein, qui produisent en moyenne 8 000 litres par an chacune. Son quota est de 210 000 l et 45 000 l en vente directe (fromage vendu à la ferme). Pour lui aussi, la vente directe est un moyen de sauver l’exploitation. « Jusqu’en 2008, j’avais une marge. Aujourd’hui, c’est dur », explique celui qui est installé depuis 1982. L’accord FNPL-Atla* est un minimum selon lui. L’indexation sur les prix allemands, notamment, l’interroge, vu le prix du lait souvent plus bas en Allemagne.

 

Guus Klein a 70 vaches Prim’Holstein (production de 9 000 litres/an) à Noth, où il est installé depuis 2004. Il est collecté par Chavegrand. Il a une SAU de 110 ha, dont 10 de céréales et 25 de maïs ensilage. Pour décrire la baisse du revenu, il explique qu’en 2005, « nous avons gagné plus d’argent avec 450 000 l de quota qu’en 2010 avec 600 000 l. Nous avons fait des investissements (salle de traite, logettes), la mise aux normes », et les traites sont lourdes désormais. Cette année, il n’y aura pas d’investissements : il parle plus de survie. Installé depuis décembre 1997, Michel Mourton vend au Glac (quota de 295 000 l de lait par an). Il a 45 montbéliardes sur 70 hectares, aux Mars. Il a été payé à 308 euros comme prix de base en juillet (318 euros avec les primes qualités). Après de gros investissements (mise aux normes, nouveaux bâtiments), il cherche surtout à limiter la casse. Il tire 500 à 700 euros de revenus par mois de son activité.

 

* Atla : union de la FNCL et de la Fnil, les transformateurs.

Jean-Claude Chavegrand devant la laiterie familiale, à Maison-Feyne.
Jean-Claude Chavegrand devant la laiterie familiale, à Maison-Feyne. - © D.R.

Transformateurs. Jean-Claude Chavegrand explique qu’il ne pourra augmenter le prix d’achat du lait que si d’autres facteurs sont favorables.


« Les GMS doivent augmenter leur prix d’achat »

 

La SAS SE Chavegrand, basée à Maison-Feyne, travaille 50 millions de litres de lait par an pour produire des pâtes molles. Elle se fournit auprès d’une centaine d’éleveurs, dont une soixantaine du département. Cela fait 17 millions de litres de lait creusois qui transitent dans les cuves de la fromagerie. Selon Jean-Claude Chavegrand, le problème, en ce qui concerne le prix du lait, est que les GMS, ses clients, ne veulent pas acheter ses produits plus chers. « Nous ne pouvons appliquer l’accord tant que nos clients n’auront pas accepté cette hausse. » Fin août, le président nous expliquait que plus de la moitié de ses clients n’avaient pas encore dit oui à une hausse.

 

« Même à 310 euros /1 000 l, nous travaillons à perte, dit-il. Alors 331 euros… » Jean-Claude Chavegrand explique en effet que les charges de l’entreprise ont augmenté. Elle achète de la matière grasse pour produire ses pâtes molles. Or, les prix se sont envolés par rapport à l’an passé. Le président de la SAS dit qu’il va se battre pour atteindre les 300 euros en prix moyen d’achat pondéré pour 1 000 l. Mais il pense plus raisonnablement à 295 euros (281 euros en 2009). « L’accord a un intérêt pour tout le monde, pense-t-il. Mais les GMS jouent la montre. » Les commerciaux de la SE Chavegrand harcèlent les GMS actuellement… qui visiblement observent le marché (prix du lait, prix de la poudre et du beurre, attitude des conccurents) avant de prendre leur décision.

 

G.B.

Marché libre et transparence

 

Certains éleveurs regrettent qu’il n’y ait pas de compétition entre les laiteries pour obtenir leurs laits. L’un d’eux cite le cas d’un éleveur qui a souhaité changer de laiterie, et qui n’a finalement pas pu, car sa laiterie initiale avait menacé l’autre laiterie de débaucher ses éleveurs si elle faisait cela. Des éleveurs doutent aussi de la concurrence réelle que se font les GMS concernant les prix de vente en magasin. « Nous, notre comptabilité est transparente, dit un autre. Mais on ne peut pas voir combien une laiterie gagne par litre. »

 

Le principal problème pour les éleveurs : depuis quelques années, avec la dérégulation, les laiteries peuvent se fournir en lait de multiples manières. Plusieurs sont excédentaires en lait. Elles ont tout loisir d’imposer leur volonté face aux éleveurs. Ceux-ci sont menacés de ne plus pouvoir être collecté, s’ils refusent les conditions imposées.

 

G.B.

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