La Creuse Agricole 03 mars 2010 à 11h16 | Par P. Dumont

Production animale - Faire connaître les « bonnes pratiques » de nos élevages

La Charte des Bonnes pratiques d’élevage rassemble les éleveurs désireux de s’engager dans une démarche d’harmonisation de leurs pratiques et de le faire savoir. En 2011, la Charte sera révisée.

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Bertrand Marquis et Didier Bayer, présidents des sections bovins et lait de la FRSEA, J.-Philippe Viollet, président de la FRSEA et B. Malabirade.
Bertrand Marquis et Didier Bayer, présidents des sections bovins et lait de la FRSEA, J.-Philippe Viollet, président de la FRSEA et B. Malabirade. - © D.R.

A la fin des années 90, une crise sanitaire sans précédent secoue le monde agricole. L’encéphalite spongiforme bovine, plus simplement appelé ESB met la filière élevage au pilori, l’accusant des pires agissements. En réponse à ces accusations, une démarche collective est mise en place, la Charte des Bonnes pratiques d’élevage. L’objectif est simple : accompagner les éleveurs volontaires pour une harmonisation de leurs pratiques et leur fournir un outil, un cadre, leur permettant de répondre concrètement aux attaques qu’ils subissent.

Durant les dix années qui ont suivi, la Charte a été révisée à plusieurs reprises, s’adaptant aux politiques européennes en matière d’agriculture mais aussi aux évolutions de la société et à ses attentes (traçabilité, hygiène, etc.). Cependant des constantes demeurent : les attaques récurrentes et les idées reçues sur les pratiques de l’élevage et ses incidences sur le consommateur et l’environnement. Aujourd’hui plus que jamais, il semble nécessaire de travailler ensemble et de communiquer sur le métier d’éleveur.

Une nouvelle révision de la charte est programmée pour 2011. En préalable, une évaluation de la démarche a été conduite à l’automne dernier en Limousin. Le jeudi 25 février au Safran, près de Limoges, la FRSEA a saisi cette opportunité pour remettre la démarche sur les rails et réunir le Comité de pilotage régional. Etaient présents, outre la FRSEA, structure animatrice du comité, l’ARBOVI ainsi que l’ALL, maîtres d’œuvre régionaux, Interbolim, les présidents des sections laitière et bovine… Jean-Philippe Viollet, président de la FRSEA, a ouvert le débat et accueilli Gaëlle Dupas de l’Institut de l’élevage et Bernard Malabirade, co-président de la Charte au niveau National, invités par le comité limousin pour s’interroger ensemble sur les directions à prendre dans les mois à venir.

Dix ans déjà...

Actuellement, plus de 110 000 éleveurs français sont engagés dans la Charte (72 % des éleveurs ayant plus de 20 vaches et 75 % des vaches françaises) ce qui fait de ce dispositif le plus important par son nombre d’adhérents, une véritable force pour la filière. En Limousin, même constat : 70 % des éleveurs sont chartés. L’évaluation régionale menée en 2009 montre que la charte fonctionne : Les visites d’exploitation et les formations aux techniciens sont assurées, la base de données est à jour, etc. Cependant, il faut noter que la mobilisation des professionnels autour de la Charte s’est essoufflée et que les objectifs en matière de communication n’ont pas véritablement été atteints. La plupart des questions de la salle tournent d’ailleurs autour de cette dimension : comment valoriser nos résultats, comment bien communiquer vers l’extérieur mais aussi à l’interne, vers nos éleveurs ? Les présidents de section attirent également l’attention sur le fait que la précédente version de la charte est tout juste bouclée. Dès lors, faut-il déjà parler d’une nouvelle version ?

Les évolutions à venir

Pour répondre à ces interrogations, Bernard Malabirade tient à préciser que la révision de la Charte n’est pas synonyme d’alourdissement. Au contraire, il va falloir s’interroger sur les différents points traités dans celle-ci. Sont-ils tous utiles pour tous les éleveurs ? Auquel cas, faut-il envisager leur suppression ? En outre, au vu des procès d’intention fait à l’élevage ces derniers mois, la charte constitue une preuve du sérieux de l’élevage sur laquelle s’appuyer pour communiquer.

Concernant la prochaine révision de la charte, les principaux points qui devront être intégrés à la nouvelle version touchent l’environnement. De fortes interrogations naissent sur le lien possible entre la Charte des Bonne pratiques d’élevage et la certification Haute valeur environnementale (HVE), issue du Grenelle de l’environnement. Dans le détail, les enjeux auxquels devra répondre la Charte sont au nombre de trois : l’environnement (eau, biodiversité, gaz à effets de serre, etc.), l’hygiène et la sécurité (sécurité des personnes, etc.) et le bien être animal (prise en compte de la douleur, stress, etc.). Autant de points sur lesquels il est possible de mettre en valeur des pratiques déjà existantes et dont on parle peu... voire pas !

La dernière interrogation concerne le financement, les visites des techniciens des OPAV sur les exploitations chartées n’étant désormais plus prises en charge. Parmi les pistes évoquées, la sollicitation des collectivités territoriales sur le financement d’appui technique plutôt que de visites. En outre, le fait de mettre en œuvre une nouvelle version de la charte devrait conduire à l’attribution d’une nouvelle enveloppe. Le financement de l’animation devrait quant à lui toujours être pris en charge. Les prochains mois seront donc décisifs pour la Charte des Bonnes pratiques d’élevage.

Bernard Malabirade.
Bernard Malabirade. - © D.R.

Trois questions à Bernard Malabirade, co-président national de la Charte

 

La Charte des Bonnes pratiques d’élevage a plus de dix ans. Elle a été mise en place dans un certain contexte avec des objectifs tels que l’optimisation des pratiques et une meilleure communication. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Lorsque nous avons mis en œuvre la Charte, nous avons veillé à ce que ce soit un dispositif accessible au plus grand nombre. Ce devait être en quelque sorte un code de déontologie pour les professionnels de l’élevage. Nous voulions une Charte compréhensible, simple et pédagogique mais aussi adaptable dans le temps afin qu’elle suive l’évolution de la société.

La Charte a été créée en réponse à une crise sanitaire sans précédent. Nous devions nous doter d’outils nous permettant de communiquer sur nos pratiques et surtout nous permettant de prouver nos dires. Depuis, il n’y a pas eu de problème sanitaire semblable à celui de l’ESB ce qui explique que nous avons fait relativement peu de communication finalement.

 

Que diriez-vous aujourd’hui à un éleveur non charté pour le convaincre de s’engager dans la démarche ?

Le monde de l’élevage subit des attaques répétées depuis quelques temps, il faut se défendre, prouver que notre façon de travailler est la bonne. Pour cela, il est nécessaire de s’engager. Ensuite il sera simple de démontrer ce que l’on avance.

 

Quel bilan faites-vous de la réunion du comité de pilotage ?

J’étais venu en Limousin il y a quelques années et j’avais ressenti beaucoup de scepticisme par rapport à la Charte. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, je trouve le comité de pilotage enthousiaste et motivé. Certes, il y a des problèmes, notamment financiers et je déplore le manque de soutien des pouvoirs publics mais il faut continuer sur cette voie.

« Nous n’en tirons pas beaucoup d’avantages sur le plan de la communication »

Questions à Bertrand Marquis, co-président Bovins viande de la la Charte Limousin côté Bovins viande, Didier Bayer, co-président de la Charte Limousin côté Bovins lait et Pascal Lerousseau, exploitant et éleveur témoin.

 

En tant qu’éleveur bovin viande/producteur de lait, quels ont été pour vous les bénéfices de la signature de la Charte ?

BM. La Charte nous a permis progressivement d’évoluer dans nos méthodes de travail, dans l’organisation générale de l’exploitation. Dans le travail d’élevage proprement dit en revanche, je ne pense pas que cela ait changé beaucoup de choses sur la rigueur du métier, les éleveurs sont consciencieux avec ou sans la Charte.

PL. Cela a permis une harmonisation des pratiques au niveau départemental. Nous nous sommes améliorés notamment sur le plan de l’environnement.

DB. Nous sommes tous les trois chartés depuis le départ ou presque. Aujourd’hui la signature de la Charte est quasiment incontournable pour la mise en marché mais nous n’en tirons pas beaucoup d’avantages sur le plan de la communication.

 

Pour le consommateur ?

PL. Malheureusement, nous n’avons pas su valoriser notre démarche et communiquer. Le consommateur n’a rien vu et il me semble qu’il est plutôt perdu dans la profusion de tous ces labels.

BM. La communication n’a pas été une priorité ces dernières années avec tous les problèmes qui nous sont tombés dessus alors que justement c’était une occasion de travailler sur ce point.

 

Quels sont vos souhaits par rapport à la Charte dans les mois à venir ?

BM. Il faut que la Charte soit révisée pour être conforme aux nouvelles mesures environnementales et ainsi éviter de créer un second outil pour cet aspect seul. D’autre part, un problème va se poser, celui du financement des visites d’exploitation.

PL. Il faut communiquer davantage et que la Charte nous permette de répondre concrètement aux attaques que nous subissons actuellement.

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