La Creuse Agricole 25 novembre 2020 a 07h00 | Par A.M.

Plaidoyer pour la souveraineté alimentaire territoriale

L’Institut des hautes études de l’Agriculture, Planet A, organisait le 5 novembre, un webinaire sur le thème « Souveraineté économique et solidaire : la nécessité de repenser les territoires ». Au-delà de la relocalisation d’une partie de la production, les intervenants se sont accordés sur la signature (toute symbolique) d’un pacte entre l’agriculture et la société.

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Cette table ronde virtuelle a notamment fait intervenir Jean
Rottner, Président du Conseil Régional Grand-Est, Roland Theis, Secrétaire d’État à la Justice et aux Affaires européennes du Land de Sarre (Allemagne), Sébastien Windsor, Président des Chambres d’agriculture.
Cette table ronde virtuelle a notamment fait intervenir Jean Rottner, Président du Conseil Régional Grand-Est, Roland Theis, Secrétaire d’État à la Justice et aux Affaires européennes du Land de Sarre (Allemagne), Sébastien Windsor, Président des Chambres d’agriculture. - © Capture d'écran Youtube

« Il faut engager l’agriculture et les agriculteurs vers la transition agroécologique, vers une agriculture plus verte, plus juste, qui tienne compte des territoires, des spécificités et des attentes de nos concitoyens (…) et ainsi regagner notre souveraineté agroalimentaire », a indiqué en introduction des débats, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. Mais cette stratégie nécessite de repenser l’organisation territoriale de l’agriculture car beaucoup de régions semblent s’être spécialisées dans certains types de production au fil des ans. Au point qu’une bonne partie du territoire national dépend aujourd’hui des importations. La France achète ainsi près de la moitié de ses fruits et légumes à l’étranger important entre 40 % et 50 % des tomates, concombres et courgettes, 39 % des poires, plus de 40 % des pêches et nectarines et presque ¾ du raisin de table. « La région Grand-Est importe 75 % du porc et 87 % des fruits que ses habitants consomment », a souligné Sébastien Windsor, président de l’Assemblée permanente des chambres d’Agriculture (APCA). Pour lui, les Français commencent à prendre conscience que leur acte d’achat influence l’alimentation et les territoires. Sinon, « les circuits courts et les drives fermiers n’auraient pas eu autant d’engouement pendant la crise du Covid », a-t-il justifié.

« Remettre l’agriculteur au cœur de projet »
L’un des nombreux enjeux est de pérenniser ce rapprochement entre société et agriculture et d’aller chercher la valeur ajoutée chez le consommateur, a en substance plaidé Jean Rottner, président du Conseil régional Grand-Est. Militant pour une troisième voie entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle, il veut « embarquer le consommateur » sur la dimension travail de l’agriculteur : « Il faut lui prouver que cette valeur environnement est importante et qu’elle mérite d’être rémunérée pour l’agriculteur, en remettant ce dernier au cœur de la chaîne de valeurs », a-t-il ajouté. La rémunération et l’attractivité du métier sont des données essentielles pour maintenir une agriculture dynamique en France. « La transmission des exploitations et le renouvellement des générations sont tout aussi importants : le défi démographique est capital », a martelé le député Dominique Potier, (PS- Meurthe-et-Moselle) et directeur de l'observatoire de l’agriculture et du monde rural de la Fondation Jean-Jaurès. A ce titre, l’exemple de la Sarre est évocateur : des 26 000 exploitations que ce Land comptait en 1960, il n’en reste aujourd’hui plus que 1 000 « dont 400 vivent normalement », a expliqué Roland Thies, secrétaire d’État aux affaires européennes et juridiques de la Sarre (Allemagne). D’où la nécessité de « remettre l’agriculteur au cœur de projet », de développer la contractualisation pour lui « assurer un revenu décent » de « protéger le foncier », et de « travailler sur la cohérence avec nos importations », a estimé Sébastien Windsor. « Reste à savoir quel prix le consommateur est prêt à mettre dans l’alimentation », a questionné Roland Thies. Certes les projets alimentaires territoriaux qui bénéficient d’une enveloppe de 80 millions d’euros jusqu’en 2023 (lire encadré) peuvent constituer un élément clé pour relocaliser et ancrer des productions. Ils ne sont qu’un des longs maillons de cette souveraineté alimentaire encore émergente.

Revoir ce webinaire :

 

Les projets alimentaires territoriaux

Les projets alimentaires territoriaux (PAT) ont pour objectif de relocaliser l'agriculture et l'alimentation dans les territoires en soutenant l'installation d'agriculteurs, les circuits courts ou les produits locaux dans les cantines. Issus de la Loi d'Avenir pour l'agriculture qui encourage leur développement depuis 2014, ils sont élaborés de manière collective à l’initiative des acteurs d'un territoire (collectivités, entreprises agricoles et agroalimentaires, artisans, citoyens etc.). L’objectif initial, prévu dans le projet de loi de Finances 2019, était de réaliser 500 PAT en 2020. A la fin du mois d’août 2020, seuls 41 PAT avaient été validés par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.

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