La Creuse Agricole 23 mai 2010 à 10h36 | Par Guillem Boyer

Photovoltaïque - Un marché porteur… et tout ce qui en découle

Des précautions à prendre avant de s'engager.

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282 m2 de panneaux photovoltaïques sur la toiture d’un des bâtiments agricoles du Gaec Velleine.
282 m2 de panneaux photovoltaïques sur la toiture d’un des bâtiments agricoles du Gaec Velleine. - © D.R.

La journée européenne du solaire fut organisée jeudi 6 mai sur l'exploitation du Gaec de Marcel Velleine et son fils Jean-Marc, à Saint-Hilaire-le-Château. Sous une pluie fine et un ciel gris, les participants ont pu rencontrer ces éleveurs, pionniers de l'installation photovoltaïque (PV) en Creuse, ainsi que les membres du comité technique photovoltaïque (CTP) du département. L'occasion de trouver des renseignements sur ce procédé de production d'énergie. Il permet de dégager un revenu complémentaire, dans le cadre d'une activité commerciale (SARL, etc.), en revendant l'énergie à EDF (ou une entreprise locale de distribution dans certains cas).

 

Impôt sur la fortune…

Installé depuis 2002 en Groupement agricole d'exploitation en commun (Gaec) avec son père Marcel*, Jean-Marc Velleine souhaitait investir dans le PV. Il a d'abord posé des panneaux solaires sur le toit de la maison familiale. Autre concrétisation de cette volonté, le Gaec signe en août 2009 le contrat pour la pose de 282 m2 de panneaux photovoltaïques sur la toiture d'un de ses bâtiments agricoles. Investissement : 200 000 euros, avec retour sur investissement actualisé (annuités, assurance, location du compteur et tenue de la comptabilité) estimé à 10,8 ans. Le raccordement au réseau électrique par ERDF devait se faire dans les tous prochains jours.

 

Pour faire du PV, il faut déjà s’y retrouver dans la jungle des propositions qui ne manquent pas de parvenir chez les agriculteurs. Car les énergies renouvelables sont le nouveau marché porteur que se sont trouvés les spéculateurs ayant de l’argent à placer, toujours à l'affût. Votée juste après les élections présidentielles de 2007, la loi Tepa, plus connue sous le nom de « paquet fiscal », permet des réductions d'impôt sur le revenu et/ou sur l'impôt sur la fortune (ISF) et des exonérations de l'ISF pour les personnes investissant dans les PME. Comme le rachat de l'électricité par EDF, à un coût a priori intéressant (il sera revu en 2012), est garanti pendant 20 ans, l'investissement vaut le coup. Et hop : toute personne disposant d'argent à placer s'y précipite. L'année 2009 fut donc celle du PV, devenu tout à la fois la solution aux problèmes écologiques et à la baisse des revenus agricoles !

Des pionniers du photovoltaïque agricole en Creuse : Marcel Velleine et son fils Jean-Marc, du Gaec Velleine de Saint-Hilaire-le-Château.
Des pionniers du photovoltaïque agricole en Creuse : Marcel Velleine et son fils Jean-Marc, du Gaec Velleine de Saint-Hilaire-le-Château. - © D.R.

…Ou sur les agriculteurs ?

En 2010, cela s'est calmé. Surtout avec les nouveaux arrêtés fixant les tarifs de rachat de l'électricité à un prix moindre. En Limousin, il ne resterait plus que deux sociétés photovoltaïques solides sur la dizaine qui étaient actives l'an passé. Certaines n'avaient pas d'investisseurs et se sont effondrées faute d'avoir pu trouver un nombre assez important de projets. « Nous avons refusé de fournir des listes d'agriculteurs intéressés aux sociétés », explique Renaud Selles, technicien bâtiment à la chambre d'agriculture et membre du CTP.

 

Pour monter un projet PV viable, selon Arnaud Schreiner, technicien énergie à la chambre d'agriculture du Limousin, il ne faut pas forcément beaucoup de panneaux. Partir avec une surface inférieure à 36 KWc semble raisonnable. Au-delà, les frais de raccordement au réseau sont augmentés grandement. Ne pas trop dépenser pour ne pas se retrouver en difficulté, surtout dans le contexte actuel. Des installateurs proposent des garanties de production sur 25 ans, avec 90 % de rendement à 10 ans et 83 % à 25 ans.

 

En Creuse, 70 permis de construire en PV sont déposés et une trentaine de pose de panneaux sur des bâtiments existants sont programmés. Mais pour ce qui est des projets ficelés, installés, près à fonctionner, ils ne se comptent encore que sur les doigts d'une main. Le département se situe dans la moyenne. La Corrèze voisine a elle vu une explosion des projets… Et nombreux sont ceux qui se retrouvent le bec dans l'eau après s'être adressés à des sociétés qui ont disparu…

 

* Production bovin viande naisseur engraisseur - 112 hectares et 80 mères vaches.

Serge Corazza.
Serge Corazza. - © D.R.

Bien préparer son projet pour ne pas avoir de surprises

 

De l'avis de Renaud Selles et Arnaud Schreiner, des chambres d'agriculture de la Creuse et du Limousin, l'année 2009 fut celle d'une d'explosion du photovoltaïque (PV). On en a parlé partout… et nombre d'éleveurs y ont vu le moyen de pallier la baisse de leurs revenus. Le comité technique photovoltaïque (CTP) a donc voulu mettre le holà. Il s'est créé l'an passé dans le but de conseiller, informer et surtout d'encadrer les projets. Car les agriculteurs couraient un risque : celui de se faire filouter par des entreprises intéressées par la marge bénéficiaire du PV… et pas du tout par la qualité des prestations fournies aux paysans. « Les investisseurs soutenus par les financiers sont là pour placer leur argent… Ils se moquent de l'élevage », estime carrément François Auriche, représentant des Jeunes agriculteurs au CTP.

 

Pente et faîtage

Serge Corazza, en Gaec avec son fils Dorian à Saint-Germain-Beaupré, est très intéressé par la construction d'un bâtiment avec panneaux solaires. Une prestation « gratuite » proposée par la société Eurotrades. Dans ce projet, la société aurait la propriété pendant trente ans du bâtiment, mais laisserait l'éleveur en jouir pour son activité agricole (bail emphytéotique). Elle vendrait l'électricité pour son compte à EDF. « Cela limiterait l'investissement sur un bâtiment et permettrait d'investir ailleurs », explique l'éleveur, qui a dû réduire ses charges, en engrais notamment, avec la « catastrophique » baisse de revenus depuis deux ans. « Mais il ne faut pas qu'il y ait de vices cachés », prévient-il. Dans son cas, de nombreux problèmes se posent. Premièrement, le château à proximité de chez lui. Restauré pour une forte somme, Serge Corazza doit éviter que son bâtiment ne « dégrade » la vue depuis celui-ci, car il se trouve à moins de 500 mètres. Second problème : après l'annonce, par décret, de la baisse du tarif de rachat d'électricité, en janvier dernier, Eurotrades a fait passer les frais de dossier de 700 euros à 1 900 euros. « Quant au bardage, ils ne prennent plus en charge que le pant long nord et les 2 pignons, si c'est un bardage plein ; s'il est à claire-voie, le bardage reste à la charge de l'agriculteur », annonce Serge Corazza.

 

Ensuite, Renaud Selles fait remarquer que la société peut aussi modifier la forme du bâtiment en projet. « La pente de la toiture peut passer de 25 à 42 %, le faîtage augmentant alors jusqu'à 12 mètres de haut, pour garder une largeur équivalente, explique-t-il. Cela permet d'augmenter la production électrique, donc la rentabilité. » Le revers de la médaille ? « On passe alors de 1,5 fois le volume recommandé pour un bâtiment agricole, à 5 fois le volume recommandé. » Une catastrophe pour l'élevage, avec de possibles répercussions sanitaires.

 

Serge Corazza se demande s'il verra la couleur d'un bâtiment agricole avec panneaux photovoltaïques, adéquat à son activité, sur son exploitation. « On n'a pas l'esprit de spéculation, contrairement à d'autres. On est en crise. On est pris pour des pigeons. C'est la finance qui nous dirige », lâche-t-il, dépité.

 

Pour ceux qui souhaitent se lancer dans les énergies renouvelables, bien ficeler juridiquement son projet est, en bref, plus que recommandé…

G.B.

Des membres du comité technique photovoltaïque : Pascal Bichon-Morel (juriste de la FDSEA), Renaud Selles (chambre d'agriculture de la Creuse), Arnaud Schreiner (chambre d'agriculture du Limousin) et François Auriche (JA).
Des membres du comité technique photovoltaïque : Pascal Bichon-Morel (juriste de la FDSEA), Renaud Selles (chambre d'agriculture de la Creuse), Arnaud Schreiner (chambre d'agriculture du Limousin) et François Auriche (JA). - © D.R.

Nouveaux décrets : Eurotrades a pris ses dispositions

 

Julie Schlosmacher, chargée du marketing à Eurotrades, explique l'augmentation des frais de dossier par la baisse des tarifs de rachat d'électricité. « On a demandé un effort aux géomètres, et aussi aux agriculteurs. » A propos du remboursement de ces frais de dossier, « si un agriculteur abandonne le projet car il n'a plus envie, il ne sera pas remboursé, car ce n'est pas Eurotrades qui abandonne. Si le client a engagé les frais, si le permis de construire est déposé puis refusé, alors nous remboursons la moitié. »

 

La jeune femme affirme que sa société a « énormément de projets en Limousin. Des clients viennent nous voir chaque jour ». De plus, les commerciaux prospectent, par exemple, « quand ils voient un terrain avec des animaux dehors, ils s'arrêtent voir l'éleveur ». La société propose des hangars « standard ». Julie Schlosmacher confirme que, suite au nouveau décret, le bardage du quatrième côté et du portail n'est plus offert. Quant à la modification du degré des pentes et de la hauteur des bâtiments, elle ne peut affirmer ou confirmer l'information.

 

Sur son site web, Eurotrades appuie sur la « bonne côte auprès des banques » dont elle dispose. Elle affirme aussi avoir le soutien d'« un grand groupe financier (fonds propres 96 millions d'euros) déjà spécialisé dans les éoliennes ». Mais on ne saura pas de qui il s'agit. ESI, la filiale investissement d’Eurotrades, a signé des accords de partenariat avec des filiales de CIC et du Crédit agricole. Quant aux résultats financiers, nulle doute que si la société attire des investisseurs si solides, c'est qu'il doivent être au rendez-vous !

G.B.

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