La Creuse Agricole 10 juillet 2020 à 07h00 | Par Céline Alanord

Orage de grêle : Catastrophe naturelle ou calamité agricole ?

Vendredi 26 juin, le ciel creusois s’est gorgé de pluie pour finir par éclater en grêlons aussi gros que des balles de tennis de table. L’orage a ravagé les exploitations du sud-creuse et qui laisse les agriculteurs démunis face à l’étendue des dégâts…

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La Préfète est venue constater les dégâts chez MM. Rougier et Galland. (© Céline Alanord)  © Céline Alanord  © Céline Alanord  © Céline Alanord  © Céline Alanord  © Céline Alanord  © Céline Alanord

Après deux années de sécheresse, les agriculteurs des communes de Saint-Alpinien et Saint-Silvain-Bellegarde avaient pensé pouvoir souffler un peu. Le temps de répit aura été de courte durée : l’orage de grêle du 26 juin a décimé entre 50 % et 60 % de leurs cultures et a perforé toitures et abîmé les véhicules. Sur la propriété de la famille Rougier à Saint-Alpinien, les toits des bâtiments recouverts de panneaux photovoltaïques ont subi l’impact des grêlons de la taille d’une demi-main. Sur l’étendue de la surface de la toiture certains panneaux gondolent. Pour les autres bâtiments, ceux avec des plaques en fibrociment le constat est sans appel : « la toiture est à changer sur 60 mètres. On estime le coût entre 100 000 et 200 000 € » explique Bernard Rougier. Emmanuel Orsal, assureur en charge du dossier de l’exploitation Rougier indique « qu’une commune peut être reconnue en catastrophe naturelle et donc percevoir des aides pour l’indemnisation. Concernant les prairies les aides proviennent de la classification en calamités agricoles ». Christian Arvis, nouveau président de la FDSEA de la Creuse, soulève le problème de fond « beaucoup d’agriculteurs ne peuvent estimer les prairies. Il faut arriver à trouver un compromis ». Entre les communes, la préfecture et la Direction départementale des territoires, on se renvoie un peu la balle et la question tourne autour de celui qui va bien pouvoir indemniser les exploitants. « Il faut revoir les règles assurancielles. L’an passé le ministre de l’Agriculture a dit revoir les critères des calamités agricoles » reconnaît Magali Debatte, préfète de la Creuse. « Il faut voir l’amplitude des dégâts sur l’ensemble des exploitations pour faire remonter au CNGRA. Ensuite un calcul se fait directement sur l’exploitation » explique Pascale Gilli-Dunoyer de la DDT. On comprend alors qu’un événement climatique ne génère pas toujours une indemnisation. Les élus quant à eux sont formels « cet épisode d’orage n’est pas pris en compte dans les catastrophes naturelles ». Alors comment fait-on ? Bernard Rougier craint la suite et constate aussi qu’après la période covid, ces dégâts tombent bien mal. « Les bêtes qui devaient être vendues à Boussac sont restées ici. C’est une perte d’argent en plus. On ajoute la sécheresse, maintenant l’orage. On se retrouve à devoir constamment pleurer auprès du banquier ».

45 minutes apocalyptiques
Il aura fallu moins d’une heure pour que les cultures en blé et maïs soient saccagées. Les tunnels n’ont pas résistés et les glissements de terrain ont emportés avec eux toute la « bonne terre » : « Toute la surface a été nivelée, reste plus qu’un champ de cailloux » s’inquiète M. Galland. Les maïs ne repousseront pas, les épis de blé sont hachés, certains pieds n’existent plus. Quand Magali Debatte interroge les exploitants, un seul mot trouve écho entre tous « Attendre ». Pourquoi ne pas ressemer ? En présence de désherbant sélectif, la terre ne peut être réutilisée durant 4 mois. Les maïs qui subsistent sont entre deux pousses « s’ils avaient 6-7 feuilles ils auraient pu repartir. Là c’est peine perdue. L’orage les a mâchés et la culture n’était pas encore au stade où la repousse peut se faire. Si on devait replanter il nous faudrait compter 1 000 €/hectare » explique M. Galland. Les moyens de stockage sont aussi compromis. Les toitures étant à refaire, les agriculteurs se doivent de trouver d’autres moyens pour leurs stocks. Le problème se pose également pour l’enrubannage « nous avons été obligés de refilmer l’enrubannage ». Le débâchage sera pour eux le moment de surprise : si les silos ont pris l’humidité, la perte fourragère sera plus importante sans compter la qualité. « C’est un peu le système de la boite de conserve. Si vous l’ouvrez pour la refermer ensuite, la qualité ne sera pas la même. Il y a des choses qu’on ne mesure pas. Les orages de grêles et la sécheresse sont devenus monnaie courante. Chaque année on y a droit. Il va falloir que les autorités compétentes trouvent un consensus car les pertes s’accumulent » ajoute Christian Arvis.

Une grande partie de la récolte est perdue.
Une grande partie de la récolte est perdue. - © Céline Alanord

La grêle n’a pas épargné les vergers
Les JA ont eux aussi convié le sous-préfet d’Aubusson Maxence Den Heijer ainsi que les agents des services de la DDT, de la Chambre d’agriculture et la FDSEA de la Creuse à venir constater la puissance de l’orage de grêle qui à suivi les bords de Tardes le vendredi 26 juin. Au Chauchet, les pommiers du verger du Gaec de Jean-François Giraud, Baetrix Barre et Hugo Rouquet sont piqués, mâchés par l’impact des grêlons sur les fruits « sous les filets la perte est moindre, environ 30 % ! » explique Hugo Rouquet. Les pommiers qui étaient sans filets ont quant à eux eu moins de chance : les fruits pour la majeure partie sont à terre, ceux qui restent comment déjà par se parés d’auréoles marrons et vont pourrir « on estime la perte sans les filets à 80 % ». Les arbres fruitiers vont mettre entre 4 et 5 ans pour cicatriser ! La perte se cible non sur une perte ponctuelle mais sur une perte qui va s’étirer sur la durée. La DTT rappelle que « malheureusement les fruits n’entrent pas dans une perte de récolte indemnisable selon le CNGRA. L’indemnisation entre en compte si les arbres, considérés comme outil de production sont remplacés ». Au-delà du problème de perte s’ajoute également celui de la qualité « c’est un jeu qu’on base sur la quantité et pas sur la qualité pour les assurances » explique un agent de la DDT. Au stade actuel de récolte, les pommes ne sont pas assez sucrées pour en faire du jus et reviendrai beaucoup trop cher. « L’idée de la maison concernant nos jus, était de faire un produit fini qui était à un prix abordable pour le consommateur. Si on utilise les pommes qui sont piquées pour en faire du jus, le prix va augmenter car la production va nous coûter plus chère » explique Hugo. Michael Magnier, président JA de la Creuse a rappelé lui aussi à M. le sous-préfet « que les conditions climatiques ont depuis ces dernières années pas mal changées et qu’il serait temps d’adapter les lois et les indemnisations, qui elles, ont quelques rides à perdre » ; ajoutant « que l’impact financier pour le producteur ne va se voir qu’à la récolte ». Le sous-préfet a, semble-t-il, pris note de l’urgence de la situation. Ensemble les agents des différents services vont essayer de trouver la solution la plus avantageuse.

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