La Creuse Agricole 25 septembre 2019 à 07h00 | Par C.Rolle

« N’ayez pas peur de pousser la porte de votre agence »

Jean-François Giraud, président du Crédit Agricole Centre France (CACF)

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Le président Jean-François Giraud met en garde contre la décapitalisation qui « fragilise le futur des exploitations ».
Le président Jean-François Giraud met en garde contre la décapitalisation qui « fragilise le futur des exploitations ». - © C. Rolle-Auvergne agricole

Alors que le monde agricole est confronté depuis de longs mois à la sécheresse, le président du Crédit Agricole Centre France, Jean-François Giraud, invite les agriculteurs à ne pas déprécier leur capital productif et se tourner plutôt vers leur conseiller agricole pour trouver des solutions à leurs difficultés de trésorerie. Entretien.

À l’occasion du Space à Rennes, le Crédit Agricole a présenté ses résultats pour le début de l’année 2019 et fait état d’une forte reprise d’activité avec notamment une augmentation des réalisations de prêts. Constatez-vous cette même progression dans les cinq départements du Crédit Agricole Centre France ?
Effectivement nous sommes dans cette perspective de progression du marché. Nous observons toujours un léger ralentissement de nos activités au mois d’août mais globalement, depuis le début d’année, nous constatons une augmentation de nos prêts pour investissement dans le matériel mais aussi pour l’installation. Nous nous attendions à une baisse des installations or aujourd’hui elles progressent, en particulier dans le Puy-de-Dôme et la Corrèze. C’est une dynamique encourageante qui, je l’espère, se maintiendra d’ici la fin de l’année mais qui toutefois reste suspendue aux conséquences des aléas climatiques que nous vivons depuis de longs mois et qui persistent. Notons que les cinq départements qui composent le CACF enregistrent tous des pertes de fourrages avec des productions inférieures à 70 %...

En effet, deux sécheresses ponctuées d’une canicule frappent violemment l’agriculture. Quelle est la situation de vos ressortissants ?
À cet instant, nous ne constatons pas davantage de trésoreries dégradées. Il semble cependant que les agriculteurs puisent dans leur épargne et commencent à vendre du capital productif. Les éleveurs vendent davantage d’animaux qu’ils ne l’auraient fait en temps normal. C’est une situation que nous surveillons de près car en décapitalisant ils se mettent en fragilité pour le futur.

Quel type d’accompagnement leur proposez-vous ?
Face aux calamités à répétition, il est important que les agriculteurs maintiennent leur capital productif ; je le répète : la décapitalisation met en danger leurs exploitations. J’invite donc vivement les agriculteurs à ne pas baisser les bras et à rencontrer leur conseiller. Il ne faut pas avoir peur de pousser dès maintenant la porte de son agence du Crédit Agricole plutôt que de subir et se présenter quand la situation est devenue trop dégradée. 
Le CACF a reconduit son dispositif d’accompagnement pour l’achat de fourrage. Nous proposons aux éleveurs des prêts à moyen terme à 0,95 %. Également très impactés par la situation climatique, les producteurs de grandes cultures peuvent bénéficier d’un prêt moyen terme plafonné à 350 €/ha, pour par exemple, redémarrer la campagne. Nous accompagnons aussi toutes les productions (apiculture, maraîchage…). Chaque traitement est au cas par cas entre l’agriculteur et son conseiller.
Nous ne laisserons personne sur le bord du chemin. Plus que l’image de banque qui lui colle à la peau, le Crédit Agricole est capable d’amener beaucoup d’humanité et de compréhension. Nous sommes une coopérative, mutualiste dont l’objectif est d’accompagner et soutenir au mieux ses ressortissants agriculteurs d’autant plus dans ces périodes de crise.

Les systèmes assurantiels et l’épargne de précaution n’ont pas le vent en poupe auprès des agriculteurs. Comment l’expliquez-vous ?
C’est un fait, peu d’agriculteurs sont assurés. Le coût constitue en partie un réel obstacle. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons entamé, au plan national, des discussions avec le ministère pour tenter de refonder le système et d’obtenir la mise en place d’une sur assurance. Nous faisons le forcing sur ce sujet. Alors que les aléas climatiques sont de plus en plus violents et que les fonds calamités atteignent aujourd’hui leurs limites, nous devons absolument mettre en place d’autres solutions assurantielles plus accessibles aux exploitants agricoles.

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