La Creuse Agricole 26 janvier 2023 a 07h00 | Par Dr Boris BOUBET GDS Creuse – www.gdscreuse.fr

Mieux connaître la cryptosporidiose pour mieux la gérer

La cryptosporidiose du veau constitue un type de diarrhée néonatale très répandu, avec des moyens de traitement limités et dont la gestion passe par la mise en place d’un plan de prévention global au niveau du troupeau.

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Les cryptosporidies sont des parasites présents dans tous les élevages et rarement responsables seules des épisodes de diarrhée néonatale.
Les cryptosporidies sont des parasites présents dans tous les élevages et rarement responsables seules des épisodes de diarrhée néonatale. - © GDS Creuse

Les cryptosporidies sont des parasites protozoaires apparentés aux coccidies, affectant de nombreuses espèces animales et l’Homme (zoonose).

Un cycle parasitaire efficace entraînant une épidémiologie explosive
On trouve cinq espèces différentes chez le bovin mais Cryptosporidium parvum est considérée comme l’espèce la plus pathogène chez le veau. La mise en évidence de son implication dans les diarrhées néonatales est relativement récente puisque le premier cas attribué aux cryptosporidies date de 1971. Elles se caractérisent par un cycle de développement avec tous les stades chez un seul hôte. Les veaux se contaminent en ingérant (transmission oro-fécale) des parasites excrétés dans les fèces de congénères infectés. Les oocystes (dénomination des « œufs » de protozoaires) ingérés contiennent chacun 4 sporozoïtes (formes infectantes du parasite) qui sont libérés dans la lumière intestinale et se fixent sur les microvillosités (« bordure en brosse ») intestinales. La brièveté du cycle (2 à 7 jours), associée à son efficacité (le coefficient multiplicatif entre parasites ingérés et parasites rejetés est très élevé) explique l’aspect explosif de l’infection dans les élevages. Les veaux avec une diarrhée cryptosporidienne excrètent pendant 1 à 12 jours plusieurs millions de parasites par gramme de fèces, sachant que moins de 20 oocystes ingérés suffisent souvent à déclencher de la clinique !

Une présence fréquente, des symptômes entre 4 jours et 3 semaines
Entre 4 et 21 jours d’âge, la plupart des veaux sont confrontés aux cryptosporidies. Dans 80 % des cas, l’immunité se met en place sans épisode diarrhéique. Si d’autres agents sont impliqués (salmonelles, colibacilles, rotavirus ou coronavirus), la diarrhée peut commencer dès 4 jours, ce qui correspond à la durée moyenne du cycle des cryptosporidies. En l’absence de co-infection mais avec une pression parasitaire très élevée, les premiers veaux touchés dans un élevage présentent de la diarrhée vers 8 à 10 jours d’âge. Lorsque la saison de vêlage avance et que la concentration en cryptosporidies augmente dans l’environnement, l’âge de l’apparition diminue. La clinique est provoquée par la destruction des villosités intestinales, on parle de diarrhée par maldigestion/malabsorption, ce qui explique une durée de convalescence pouvant atteindre quatre à six semaines, le temps de la régénération de la muqueuse intestinale.

Une mise en place progressive de l’immunité
Les veaux ayant présenté un épisode clinique ou les veaux plus âgés sont moins sensibles à la maladie. Cela s’explique par la mise en place d’une immunité locale au niveau de l’intestin. Il en est de même pour les veaux ayant eu une quantité de colostrum élevée (au moins 200 gr d’anticorps). Les veaux ayant été traités de manière préventive vont développer une immunité plus faible et risquent de développer la maladie après 3 semaines, mais avec une clinique atténuée. Même s’il n’existe pas de vaccin à ce jour, ces éléments laissent à penser qu’une vaccination des mères est une piste de recherche intéressante.

L’analyse, indispensable pour bien traiter et adapter la prévention
Rien ne ressemble plus à une diarrhée de veau qu’une autre diarrhée. Certains éléments permettent d’orienter vers une cause plutôt qu’une autre (âge à l’apparition de la diarrhée, déshydratation, mortalité, aspect des fèces…) mais aucun signe spécifique ne permet de connaître avec certitude l’agent responsable. Être sûr du diagnostic demande une analyse de fèces pour connaître le ou les agents en cause et mettre en place une lutte efficace. Les kits rapides peuvent être un outil complémentaire au diagnostic même s’ils n’offrent pas de dénombrement précis.

Des moyens de traitement limités
L’arsenal thérapeutique vis à vis de la cryptosporidiose est limité. De nombreuses molécules ont été testées et très peu se sont montrées efficaces. Actuellement, deux molécules bénéficient d’une AMM avec cette indication, le lactate d’halofuginone (Halocur®) et plus récemment la paromomycine (Gabbrovet Multi®). Étant donné le caractère mixte de ces infections, le plus souvent, le vétérinaire complète sa prescription avec de la réhydratation, des pansements digestifs voire un traitement antibiotique. Un traitement à base de charbon activé associé à un mélange d’acides organiques a démontré une diminution de 67 % de l’excrétion avec une amélioration clinique des animaux traités.

Une prévention d’abord sanitaire
Les cryptosporidies sont présentes dans probablement tous les élevages et la clinique se rencontre chez ceux qui présentent une protection immunitaire insuffisante et/ou des facteurs favorables de dynamique de contamination. En conséquence, la prophylaxie sera d’abord sanitaire avec :
• Pour l’insuffisance immunitaire, le dosage des anticorps sur un échantillon de veaux et la gestion du parasitisme et éventuellement le dosage des oligoéléments sur les mères, les animaux carencés en sélénium étant plus sensibles.
• Pour réduire la pression infectieuse, la gestion des points d’eau, l’hygiène autour du vêlage, la propreté des litières, le curage régulier, l’allotement des veaux, l’isolement des malades, la remise en lot des vaches non-vêlées dans des zones propres ou désinfectées…

Une résistance forte et prolongée dans le milieu extérieur
Les cryptosporidies sont des parasites particulièrement résistants dans le milieu extérieur où elles peuvent survivre plus de 6 mois. Les désinfectants usuels sont inefficaces aux doses classiques. En pratique, pour une bonne désinfection, les bâtiments d’élevage doivent être entièrement curés, nettoyés puis désinfectés à l’eau chaude (plus de 60 °C) ou traités avec un produit efficace (Prophyl S® ou Kenocox®) avec un temps de contact de plusieurs heures. Cela concerne les sols et les murs jusqu’à un mètre de haut, ainsi que tout le matériel en contact avec les veaux (seaux, sondes…). La désinfection des bâtiments est prise en charge à 50 % par GDS Creuse pour ses adhérents. Un vide sanitaire de 15 jours minimum est conseillé et les animaux ne doivent en aucun cas être réintroduits moins de 24 heures après le traitement. Désinfecter est indispensable mais insuffisant seul pour juguler l’infection. Si elle réduit significativement la pression d’infection du milieu extérieur, il faut également gérer la recontamination à partir des animaux porteurs sains. Des pédiluves seront installés à l’entrée de chaque bâtiment d’élevage.
En conclusion, une pathologie nécessitant une prévention de troupeau avec le plan diarrhées

GDS Creuse à votre disposition
La cryptosporidiose représente le type de pathologie pour lequel la résolution de la problématique est nécessairement globale. Les cryptosporidies sont des parasites présents dans tous les élevages. Seules les insuffisances immunitaires et/ou les facteurs favorisants de contamination permettent leur développement entraînant des signes cliniques sur les animaux. En cas de diagnostic de cryptosporidiose dans votre élevage, la première phase consiste en une association de mesures sanitaires et médicales afin de limiter son impact. Dans une seconde phase, une réflexion est nécessaire pour recenser les facteurs de risques et les solutions à mettre en place afin de réaliser une prévention efficace et durable. Cela peut se faire dans le cadre du Bilan Sanitaire d’Élevage avec votre vétérinaire traitant et avec la mise en place du plan diarrhée de GDS Creuse (voir GDS Creuse Mémo 2023 ou www.gdscreuse.fr, dossier santé du veau dans l’onglet « Actions – Bovins »). Pour tout renseignement complémentaire, contactez votre vétérinaire ou venez nous rencontrer lors de nos Journées Portes Ouvertes le 11 mars 2023.

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