La Creuse Agricole 02 novembre 2018 à 08h00 | Par P. Dumont

« Les éleveurs doivent lever les soupçons »

La montée des mouvements animalistes dans notre société était le thème du colloque organisé par l’Adeeparc1 à Guéret le 25 octobre. Au cours de celui-ci, le philosophe Francis Wolff est revenu sur les origines de ces mouvements.

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De gauche à droite : Philippe Monteil, co-président de l’Adeeparc, Francis Wolff, professeur émérite de l’École Normale supérieure, et Jean-Philippe Viollet, co-président de l’Adeeparc.
De gauche à droite : Philippe Monteil, co-président de l’Adeeparc, Francis Wolff, professeur émérite de l’École Normale supérieure, et Jean-Philippe Viollet, co-président de l’Adeeparc. - © AM

Face aux attaques de l’élevage par les mouvements anti-viande, l’Adeeparc a décidé de réagir. Le 25 octobre, ses deux co-présidents Philippe Monteil et Jean-Philippe Viollet ont organisé un colloque sur la montée des mouvements animalistes dans la société avec pour invité d’honneur Francis Wolff, philosophe et professeur émérite de l’École Normale Supérieure. Autour de lui, plusieurs personnes, éleveur, vétérinaire, représentant des consommateurs, des bouchers, du Conseil départemental ou de la Chambre d’agriculture pour échanger sur la situation. De cette entrée en matière, plusieurs constats sont ressortis. La préoccupation grandissante des français pour le sort des animaux d’élevage et la qualité des produits ne fait aucun doute. À tel point que l’obsession de certains pour une nourriture saine porte désormais un nom : l’orthorexie. Sans aller jusque-là, l’information des consommateurs doit être améliorée et notamment l’étiquetage des produits transformés selon Jacques Robert de l’UFC Que Choisir. Pour Pascal Lerousseau, président de la Chambre d’agriculture de la Creuse, « un fossé s’est creusé entre l’éleveur et le consommateur, il faut mieux communiquer ». Et c’est bien ce à quoi s’emploient les éleveurs au travers d’actions telles que Made in Viande. Tous sont bien conscients de devoir plus et mieux communiquer. Autre constat, le monde de l’élevage est le premier garant du bien-être animal et éleveurs et vétérinaires travaillent sur la question depuis longtemps.

L’antispécisme, un mouvement bien installé
Dès lors, comment les mouvements antispécistes ont-ils émergé dans notre pays ? « Ces mouvements ne sont pas nouveaux, puisque nés dans les années 1970 aux USA, a expliqué Francis Wolff. Par contre, le monde de l’élevage n’était pas préparé à leur arrivée en France. » S’ils prennent racine aisément dans notre pays c’est, selon le philosophe, qu’ils viennent combler un vide. En effet, les mouvements de protection des animaux sont assez peu développés en France, contrairement à d’autres pays. Il y a d’autres raisons à leur développement. Assez logiquement, certaines résident dans la perte de contact de nos concitoyens avec la ruralité et à la diffusion dans les médias de nombreux scandales. D’autres raisons en revanche sont beaucoup plus profondes. La première est le recul du fait religieux. Dans les Écritures, l’homme est en effet décrit comme supérieur à l’animal car reconnaissant l’existence de Dieu. La croyance religieuse déclinant, l’homme et l’animal se retrouvent sur un pied d’égalité. « Or, ce sont bien nos préoccupations morales sur la manière dont on doit traiter les animaux qui nous rendent différents d’eux », souligne le philosophe. L’écroulement des utopies révolutionnaires laissent aussi le champ libre aux mouvements antispécistes. « Ces mouvements s’identifient aux victimes, rappelle Francis Wolff. Aujourd’hui, les dernières victimes sont les animaux. D’ailleurs, ces associations reprennent tout le vocabulaire révolutionnaire : l’asservissement, l’exploitation, … » Tout n’est cependant pas perdu pour les éleveurs. Si l’opinion publique est soucieuse du bien être animal, elle n’est pas pour autant abolitionniste. « Les éleveurs doivent montrer qu’ils respectent leurs animaux et assurent leur liberté physiologique (se nourrir), environnementale (ne pas être contraint), sanitaire (être protégé des maladies), psychologique (ne pas être soumis au stress) et comportementale (pouvoir exprimer les comportements propres à leur espèce, a détaillé Francis Wolff. Ils doivent aussi dénoncer les éventuelles dérives ». Un point de vue partagé par une flexitarienne2 présente dans la salle. « Effarée » par les dérives des mouvements animalistes, elle a enjoint les éleveurs à « ne pas tomber dans les mêmes excès » que ceux qu’ils condamnent.

1. Adeeparc : Association de Défense de l’Élevage, de l’Environnement et du Patrimoine Agricole et Rural Creusois
2. Flexitarisme : mode d’alimentation principalement végétarien, mais incluant occasionnellement de la viande ou du poisson.

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