La Creuse Agricole 08 janvier 2020 à 07h00 | Par David Bessenay

Les Cuma et le défi de l’emploi

Depuis que les Cuma ont été reconnues groupement d’employeurs, le sujet de l’emploi est devenu prioritaire pour les coopératives de matériel. La fédération régionale des Cuma organisait le 5 décembre à Précieux (Loire) une journée complète d’échanges et de travail consacrée à l’emploi partagé.

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Les intervenants de la table ronde : Thomas Odin (Cuma La Valcherie, Loire), Pierre Monier (Cuma des 3L, Cantal), Éric Lafon (président FPCuma Cantal), Annie Mariot (coordinatrice de la FPCuma Cantal), Élodie Pucheu (chargée de mission, FRCuma Occitanie), Luc Pierron (président du service remplacement et du groupement d’employeurs Rhône).
Les intervenants de la table ronde : Thomas Odin (Cuma La Valcherie, Loire), Pierre Monier (Cuma des 3L, Cantal), Éric Lafon (président FPCuma Cantal), Annie Mariot (coordinatrice de la FPCuma Cantal), Élodie Pucheu (chargée de mission, FRCuma Occitanie), Luc Pierron (président du service remplacement et du groupement d’employeurs Rhône). - © DB

« Quand nous avons formé la Cuma Auvergne-Rhône-Alpes, la problématique de l’emploi était au cœur de notre projet politique », se souvient Daniel Petitjean, devenu depuis le président de la nouvelle organisation. Et de préciser les objectifs de l’échelon régional : « aider les Cuma à faire émerger des emplois mais sans être là pour faire le travail de suivi. Demain, si on veut exister face aux ETA (entreprises de travaux agricoles), il faut amener de l’emploi dans nos structures », insistait-il en introduction de cette journée « Label Cuma » consacrée à l’emploi partagé, organisé dans la Loire au lycée de Précieux (Campus Agronova).

Un besoin vital
Cet appel au salariat semble une évidence et surtout une nécessité pour pallier l’évolution de la démographie agricole, l’augmentation des surfaces des exploitations et soulager des agriculteurs débordés. Les témoignages ont été unanimes dans ce sens, à l’image de celui d’Alexandre Bardonnet, président des Cuma de la Loire : « Les agriculteurs n’ont plus de temps, si on ne se met pas à l’emploi, les Cuma et les exploitations pourraient disparaître. » Jérôme Arnaud, secrétaire général de la FRCuma et président de la Cuma du Puy-de-Dôme relevait que « la possibilité de devenir groupement d’employeurs pour une Cuma avait été une réelle opportunité ». Reste pour certaines à franchir le pas. Pour d’autres, c’est déjà fait…

Se faire aider au démarrage
La directrice de la FRCuma, Caroline Debroux, et son équipe, avaient préparé une table ronde sur les clefs de la réussite des projets d’emploi partagé en Cuma. Des témoignages de ces six intervenants que retenir ? Des idées fortes et transversales. La première est le besoin d’appui, forcément nécessaire au démarrage du projet, notamment à travers le Dina (Dispositif national d’accompagnement). Il a permis aux agriculteurs de se mettre autour de la table pour lever les difficultés. « Si on s’était contenté de parler entre nous, explique Thomas Odin, président de la Cuma de la Vacherie dans la Loire, on aurait pensé qu’il était impossible d’organiser un calendrier entre nous ». Finalement, la Cuma ligérienne a bien embauché un salarié qui répond à des demandes, variées et complémentaires dans le temps, de ses adhérents : libérer des week-ends ou prendre des congés pour certains éleveurs, une aide pendant les mises bas pour d’autres ou encore des journées pendant les gros travaux aux champs en saison. Au final, le salarié s’organise entre semaines courtes (24 heures) et longues (48 heures) pour faire un total de 1 067 heures à l’année. Si cet exemple est récent, certains territoires ont été pionniers à l’image de la Cuma des 3L dans le Cantal qui a créé dès 1999 un groupement d’employeurs pour embaucher un puis deux salariés. À ce jour, elle emploie un profil plutôt mécanicien et qui œuvre à mi-temps sur l’entretien du matériel et à mi-temps sur les exploitations. « Au départ, se souvient Pierre Monier, on a mis 2 000 euros sur de l’immatériel, juste pour savoir si c’était possible. Ce n’est pas facile à faire passer aux adhérents. » Au-delà de cet engagement financier, l’emploi implique une organisation précise au sein de la Cuma et concrètement, un engagement bénévole de certains administrateurs. Souvent, ils sont deux à se charger du salarié : l’un sur le plan administratif et comptable, l’autre pour l’organisation du calendrier. Pierre Monier reconnaissait que les premiers mois pouvaient être un peu « lourds à gérer » au niveau administratif. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Relations humaines
Devenir employeur inquiète bon nombre d’agriculteurs, car au-delà du volet administratif et financier, il faut gérer l’aspect humain. La qualité principale de l’employeur, selon Pierre Monier, « c’est d’accepter les différences, les habitudes de travail de l’employé. » Et son président départemental, Éric Lafon, de surenchérir : « Il ne faut pas croire qu’il fera moins bien que nous. Au contraire, parfois c’est mieux ! » Cela suppose une réflexion partagée sur les missions qui lui seront confiées, par exemple : « Est-ce que je lui délègue le tracteur ou pas ? Que faire du salarié quand il pleut ? » Cela suppose aussi assurément de lui donner des responsabilités, de l’accompagner, « de le faire évoluer aussi pour pouvoir au bout du compte le fidéliser », note Élodie Pucheu, spécialiste de l’emploi à la FRCuma occitane. Thomas Odin, qui a lui-même été salarié en début de carrière, a vu les deux côtés. « Il y a des choses que je n’ai pas aimées du tout, notamment le manque de convivialité. J’ai quitté le monde de l’entreprise justement pour trouver un environnement plus sympa en agriculture », poursuit cet hors cadre familial. « Notre métier est fait d’imprévus, si vous n’avez pas une relation amicale avec votre salarié, il n’aura pas envie de les gérer… » L’affaire se complique du fait de la multiplication des patrons dans les groupements d’employeurs. Pierre Monnier et sa coopérative ont instauré un « pot » mensuel au cours duquel ils échangent librement. « Et quand dans le groupe, certains sont mécontents, je leur donne plus de responsabilités dans la gestion du personnel… ».
Enfin, il faut aussi évacuer rapidement la frustration du salaire. Pour certains agriculteurs, c’est compliqué d’accepter qu’un salarié gagne plus qu’eux... Mais un bon salarié rapporte aussi de l’argent à son employeur !
Au bout du compte, la gestion humaine du personnel peut s’avérer complexe. « On ne sait pas forcément faire, reconnaît Éric Lafon, n’hésitons pas à nous former. »

Difficulté à trouver de la main-d’œuvre
Une fois que la décision d’embaucher est prise, les Cuma ne sont pas au bout de leurs peines. Il faut trouver la perle trop rare. « On a eu un seul candidat qui correspondait vraiment au profil ». La phrase de Pierre Monier résume à elle seule la difficulté à recruter. Le président du Cantal insiste : « Trouver de la main d’œuvre doit être la bataille de tout le réseau. Il faut aller les chercher dans les MFR, les lycées agricoles mais aussi hors du monde paysan. Nous rejoindre, c’est quand même travailler dans un milieu sain. Ce n’est plus l’ouvrier agricole de jadis. » Les Cuma doivent faire face à la concurrence des concessionnaires mais aussi plus généralement avec le manque d’attractivité des métiers de l’agriculture. « Il faut casser cette image, insiste Luc Pierron, président du service remplacement dans le Rhône, montrer qu’on ne cherche pas des « pousse-brouettes » mais des professionnels confirmés, des gens qui réfléchissent. » Annie Mariot de la FDCuma du Cantal insiste : « il faut nous faire connaître et faire connaître nos besoins en main-d’œuvre ». Dans le Cantal, les débouchés potentiels sont estimés à une cinquantaine d’emplois par les responsables. Pour quel métier ? Si ceux de chauffeur et de mécanicien sont prédominants, il existe parfois des besoins plus spécifiques « pour le déchiquetage par exemple », illustre Annie Mariot. Et les besoins ne concernent pas que des fonctions techniques : « pourquoi ne pas aussi confier du travail administratif dans les Cuma ou directement sur les exploitations ? » suggère Alexandre Bardonnet.

Relations avec les autres structures de l’emploi
Bien entendu, l’emploi en agriculture n’a pas démarré avec les Cuma. « Il y a longtemps qu’il se développe avec d’autres structures : service de remplacement, groupement d’employeurs », rappelait Luc Pierron. Et d’insister sur le travail en bonne intelligence à mener : « il faut faire collaborer les structures existantes, avoir une meilleure concertation. On ne va pas se piquer les salariés les uns les autres. » Un vœu partagé par Richard Tisseur, président du groupement d’employeurs « Agri emploi 42 » basé à Saint-Priest-en-Jarez. La directrice Caroline Debroux, appelait, elle, de ses vœux, une meilleure coordination entre les différentes structures de l’emploi « afin de remplir les formations proposées ».
Au sortir de cette table-ronde, tous les acteurs invitaient à « dédramatiser l’embauche » et passer outre l’appréhension compréhensible au départ. « Être employeur, ça s’apprend ! »

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