La Creuse Agricole 20 avril 2016 à 08h00 | Par Sophie Chatenet

Les cinq premières années, un baptême du feu ?

En partenariat avec l'Inra, le réseau Jeunes agriculteurs a recueilli les témoignages de porteurs de projets installés à l'échelle du Massif central. Entre épanouissement, embûches, espoirs et désillusions, les différentes trajectoires sont riches d'enseignements.

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Nicolas Perret est agriculteur en polyculture-élevage à Brugeas dans l'Allier.
Nicolas Perret est agriculteur en polyculture-élevage à Brugeas dans l'Allier. - © S. Chatenet

Comment les agriculteurs vivent les cinq années suivant leur installation ? Les choix et les envies couchés sur le papier à travers le projet qu'ils ont construit avec les différents partenaires de l'installation se sont-ils révélés en phase avec la réalité ou bien en complet décalage ? De quelle manière ont-ils fait évoluer leur système ? Quels freins, quelles réussites mettent-ils en avant ? Comment jugent-ils leur situation cinq ans après avoir sauté le pas ?
C'est pour répondre à cet ensemble de questions, et bien plus encore, que le réseau Jeunes agriculteurs a lancé, il y a deux ans, un travail d'enquête assez approfondi en partenariat avec l'Inra (UMR Metafort du centre de Clermont-Theix).
Trente-et-un porteurs de projets installés dans le Massif central ont été rencontrés dans ce cadre. L'échantillon a été raisonné de manière à capter à la fois la diversité des porteurs de projets (cadre familial ou non, aidé ou non, sexe, pluriactifs ou pas...) et à la fois la diversité des situations d'exploitation (sociétaire ou pas et types de productions, difficultés rencontrées et situations plus ou moins satisfaisantes à dire d'expert).
« Le syndicat Jeunes Agriculteurs s'interroge sur la capacité de l'accompagnement national à préparer les porteurs projets à faire face à des aléas tant humains, qu'économiques ou techniques. Nous avons initié cette étude pour mieux comprendre ces aléas et leurs impacts sur les évolutions des trajectoires des systèmes de production au cours des cinq années suivant l'installation », explique Benoît Julhes, président des JA Auvergne.

Une démarche inédite
Cécile Fiorelli chercheuse à l'INRA décrit la démarche : « Pour cette étude, nous avons analysé à la fois des données concernant la trajectoire socioprofessionnelle des agriculteurs (ce qu'ils faisaient avant de s'installer, là où ils habitaient, pourquoi ils se sont installés, comment ils se sont installés, comment ils ont configuré leur projet), l'évolution du système d'activités du ménage (l'évolution de la composition du ménage et des activités professionnelles de ses membres), les évolutions marquantes du système de production, avant et après l'installation officielle (les types de production, les façons de produire, de commercialiser, l'évolution des outils de production (bâtiments, équipement, surfaces) ».

L'expérience du terrain
Fort de tous les témoignages recueillis, analysés puis synthétisés, l'étude a par exemple mis en évidence que pour de nombreux porteurs de projet rencontrés, l'appropriation de l'outil de travail et des processus de production pose des difficultés techniques. Les installés apprennent à leurs dépends à maîtriser leurs productions, avec les atouts et contraintes de leur structure, de leurs terrains, ainsi que leur commercialisation. « Ce résultat abonde les recherches en cours sur les questions d'apprentissage du métier d'agriculteur, de transmission des savoirs entre agriculteurs ainsi que sur les expérimentations de nouvelles modalités d'accompagnement à l'installation davantage centrées sur l'acquisition de compétences par l'expérience (les stages, le parrainage, les espaces-test, les pépinières...) », précise Cécile Fiorelli.

La question du temps libre
L'étude a également démontré que si le travail n'est, au moment de l'installation, pas un problème, ni une question, pour celui qui s'installe, cinq ans après l'installation, il n'en est pas de même : sa quantité et la difficulté à se dégager du temps libre sont évoquées comme première raison d'insatisfaction, « ce résultat interpelle la façon dont la recherche peut travailler avec l'enseignement et le développement agricoles pour expérimenter différentes modalités de sensibilisation à la question du travail en amont de l'installation ainsi que des modalités d'accompagnement pour aider les agriculteurs à améliorer leurs situations après les premières années d'installation », insiste la chercheuse.

Pour aller plus loin, la note de synthèse de l'étude est téléchargeable : www.sinstaller-en-massif-central.com

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