La Creuse Agricole 21 mai 2020 à 07h00 | Par Dr Didier GUERIN GDS Creuse - www.gdscreuse.fr

Les causes de l’infécondité : Quelques maladies, beaucoup de gestion du troupeau

La maîtrise rationnelle de la reproduction nécessite une approche méthodique adaptée à l’élevage allaitant pour un retour sur investissement pouvant être très conséquent.

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Une note d’état supérieure à 2,5, une luminosité suffisante, de la stabulation libre, la présence du taureau… constituent autant d’éléments favorables à la reprise de la cyclicité chez la vache après le vêlage. Une observation stricte de ses vaches du vêlage à deux mois après la saillie ou l’insémination s’avère cruciale pour une bonne gestion de la reproduction de son troupeau.
Une note d’état supérieure à 2,5, une luminosité suffisante, de la stabulation libre, la présence du taureau… constituent autant d’éléments favorables à la reprise de la cyclicité chez la vache après le vêlage. Une observation stricte de ses vaches du vêlage à deux mois après la saillie ou l’insémination s’avère cruciale pour une bonne gestion de la reproduction de son troupeau. - © GDS Creuse

L’infécondité en élevage allaitant constitue une source de pertes économiques conséquente d’où la nécessité de la réalisation d’un bilan annuel de reproduction et son analyse (cf. article du 06/05/2020). Avec des femelles potentiellement fertiles, trois causes principales risquent d’entraîner une mauvaise fécondité du troupeau : le retard de la mise à la reproduction, l’infertilité des mâles et la non-observation des chaleurs dans le cas d’insémination artificielle. Ces facteurs peuvent être globalement imputés à la conduite de la reproduction. Dans d’autres circonstances, la non-fécondation résulte de troubles propres aux femelles. On parle alors plus spécifiquement d’infertilité.

Une mise à la reproduction rapide à assurer chez la génisse…
Le développement des primipares au moment du vêlage va influer sur le taux de dystocies et donc sur les mortalités néonatales et la vitalité du veau (anoxie, transfert immunitaire insuffisant…). Lors de croissance insuffisante, les cas d’infantilisme du bassin sont nombreux. L’âge au vêlage des génisses est le plus souvent de 36 mois en élevage allaitant. Il peut être ramené à 30 mois (notamment pour les élevages avec 2 périodes de vêlage, printemps-automne) voire 24 mois (en particulier en race limousine). Il est parfois observé plus tardif (4 ans) ! Quel que soit l’âge, un vêlage facile nécessite un poids au vêlage suffisant. Les difficultés au vêlage augmentent lorsque le poids du veau excède 8 à 9 % de celui de la mère après mise-bas. Pour un veau de 50 kg, le poids minimum de la génisse après vêlage doit être de 555 à 625 kg, soit 640 à 710 kg avant vêlage. L’analyse des vêlages des primipares est un critère d’analyse primordial. Seront appréciés l’âge moyen au premier vêlage, l’étalement des vêlages (pour un lot de génisses mis à la reproduction, 60 % des mises-bas doivent se réaliser sur 1 mois, 90 % sur deux mois) et les difficultés au vêlage en comparaison des multipares.

… comme chez la vache
Chez les multipares, pour que l’IVV d’un an soit respecté, la vache doit être fécondée dans les trois mois qui suivent son vêlage. Or, la vache allaitante se caractérise par un anœstrus physiologique long (de l’ordre de 8 semaines) dû à l’allaitement du veau. Une attention particulière sera portée sur l’IVV 1er-2e vêlage : plus de 60 % des femelles ont un intervalle de plus de 380 jours entre les deux premiers vêlages. La présence du mâle dans le lot de femelles stimule l’activité hypothalamo-hypophysaire. Un plus grand nombre de vaches cyclées est observé si le taureau est présent dans le troupeau. La stabulation libre favorise l’exercice physique et a donc un effet favorable sur la reproduction. De bonnes conditions d’éclairement ont un effet bénéfique sur l’activité ovarienne (1/20ème de surface couverte avec un matériau translucide).

Une fertilité des mâles à surveiller de manière étroite
La spermatogénèse est impactée par une élévation de la température. Une maladie infectieuse qui se traduit par une hyperthermie importante entraine un risque de stérilité pendant au moins 6 semaines. Les agents concernés sont très nombreux mais peu fréquents dans la pratique quotidienne. Aux causes infectieuses, s’ajoute l’infertilité consécutive à un manque de libido ou à une incapacité à effectuer le saut : lombalgies, lésions articulaires. Un nombre de femelles supérieur à 25/30 par taureau, surtout s’il est jeune et a une croissance médiocre, est également un facteur d’infécondité par absence de saillie ou par diminution de la qualité du sperme. Cela demande une attention particulière accordée à la surveillance de la fertilité des mâles. En cas de retour en chaleur de plusieurs vaches dans un lot donné, l’éleveur sollicitera un examen du taureau.

Une infertilité des femelles à causes multiples
Les insuffisances ou déséquilibres nutritionnels ont des répercussions directes sur le fonctionnement de l’appareil sexuel mais également des effets indirects par le biais des conditions de vêlage. De plus, les maladies infectieuses de l’appareil génital entraînent des lésions qui retardent ou empêchent la fécondation. Les mortalités embryonnaires interrompent la gestation à son début (avant deux mois) et les avortements à différents stades plus tardifs.

L’observation du taureau concerne l’état général (note état, appareil locomoteur, « masculinité »), le comportement sexuel (évaluation libido), l’examen de l’appareil génital et, en dernière étape, l’examen du sperme.
L’observation du taureau concerne l’état général (note état, appareil locomoteur, « masculinité »), le comportement sexuel (évaluation libido), l’examen de l’appareil génital et, en dernière étape, l’examen du sperme. - © GDS Creuse

Un fort impact de l’alimentation
L’appareil sexuel est très sensible à un déficit énergétique marqué. Une sous-alimentation énergétique modérée n’a pas d’effet notable sur la reproduction si les animaux sont au départ en bon état. La perte de poids ne doit pas dépasser 8 à 9 % du poids initial (vêlage compris). En période de lactation, la perte de poids ne doit pas excéder 15 à 20 kg. Aucune sous-alimentation n’est à tolérer pour les femelles en mauvais état et les génisses au premier veau. À l’inverse, une suralimentation peut causer l’infertilité en favorisant des retards d’involution utérine. Une note d’état supérieure à 2,5 et inférieure à 4 (note d’état de 0 à 5) à n’importe quel stade physiologique est le meilleur atout de bonne fécondité ultérieure. En l’absence de complémentation, les déséquilibres sont la règle avec les fourrages conservés : déficits azoté, vitaminique (vitamine A) et minéraux (macroéléments, cas particulier du sel, oligoéléments). Ces carences sont susceptibles de favoriser des métrites et des troubles fonctionnels de l’appareil sexuel en général.

De possibles maladies infectieuses entraînant des lésions de l’appareil génital
Des vaginites, assez rares aujourd’hui, peuvent être provoquées par des maladies vénériennes comme la campylobactériose ou la vulvovaginite infectieuse pustuleuse. Elles s’accompagnent d’infertilité. Les taureaux transmettant la maladie, il convient de les examiner. Pour les métrites, on distingue les métrites puerpérales, apparaissant immédiatement après des vêlages difficiles, s’accompagnant de symptômes généraux graves (hyperthermie, inappétence, parfois péritonites) et des métrites chroniques, ce sont des inflammations subaiguës de l’utérus avec des mucosités et quelques éléments purulents observables lorsqu’ils sont rejetés sur la vulve, mais souvent inapparents. Elles sont tardives (4 semaines après le vêlage) et n’entraînent pas d’altération de l’état général. Elles sont des complications des rétentions placentaires, mais on constate, chez des vaches ayant bien délivré, des endométrites consécutives aux autres problématiques pouvant être intervenues lors de la préparation, du déroulement ou de l’immédiat post-partum. 70 % des problèmes d’infécondité chez la vache sont dus à des métrites subaiguës. Toute introduction du bras dans le vagin, même sur un vêlage facile, multiplie par deux le risque de métrites chroniques.

Des mortalités embryonnaires couramment rencontrées…
Les mortalités embryonnaires se produisent chez environ 10 % des vaches ayant été fécondées, elles présentent alors des retours en chaleur 30 à 50 jours plus tard. Les mortalités précoces (avant le 16e jour) frappent environ 20 % des embryons. Les causes sont mal connues mais l’une des conséquences est l’élimination d’un grand nombre d’anomalies génétiques. Dans le cas de mortalité embryonnaire précoce, les retours en chaleurs sont réguliers. La relative banalité du phénomène explique que, quel que soit le mode de fécondation, la réussite à la première mise à la reproduction doit être considérée comme bonne entre 60 et 70 %.

… et des avortements qui doivent être rares
En moyenne, 2 % des vaches allaitantes avortent après le deuxième mois de gestation. Des avortements en série peuvent être provoqués par des processus infectieux généraux (cf. article du 20/09/2019 sur le kit de diagnostic avortements proposé par GDS Creuse). Avec des foins humides, des ensilages d’herbe mal conservés, des concentrés fabriqués avec des tourteaux contaminés de moisissures, de l’ammoniac mal incorporé à la paille, les intoxications par les mycotoxines ou par l’azote soluble en excès ont des effets abortifs. L’utilisation de certains médicaments est contre-indiquée chez la vache en gestation : prostaglandines et corticoïdes en particulier. Enfin, certaines plantes comme les colchiques sont aussi abortives.


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