La Creuse Agricole 05 octobre 2019 à 07h00 | Par A.M.

Le monde agricole reconnaissant rend hommage à Jacques Chirac

Le 26 septembre, Jacques Chirac est décédé à l’âge de 86 ans. L’ancien président de la République a largement marqué le monde agricole qui lui a rendu de nombreux hommages.

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Jacques Chirac, un président ancré dans le terroir et les territoires, c’est sans doute l’image que gardera de lui le monde agricole dont il était proche. « Jacques Chirac a toujours porté les agriculteurs dans son cœur », s’est émue Christiane Lambert, le 26 septembre, suite au décès de l’ancien président à l’âge de 86 ans. Une histoire d’amour marquée par ses 15 ans en tant que député de la Corrèze, mais aussi par son mandat de ministre de l’Agriculture de 1972 à 1974 dans le gouvernement de Pierre Messmer. À ce poste, il gagne la sympathie des agriculteurs. Il est d’ailleurs l’instigateur de la politique d’aide à l’agriculture de montagne (ISM qui est aujourd’hui devenue l’ICHN). En tant que Premier ministre sous François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, il conserve cette sympathie et confirme son ancrage dans le terroir. C’est d’ailleurs sous son gouvernement que François Guillaume, président de la FNSEA de 1979 à 1986, exerce la fonction de ministre de l’Agriculture de 1986 à 1988. Ses deux mandats de président de la République de 1995 à 2007, n’ont pas éloigné Jacques Chirac du monde agricole. En 1995 il avait même fait de la pomme le symbole de sa campagne pour l’élection présidentielle. Fervent défenseur de l’Europe, il exprimera notamment son engagement européen en soutenant la PAC.

Une relation spéciale avec le monde agricole
Fidèle à ses racines corréziennes et à son engagement rural, il est un inconditionnel du Salon de l’Agriculture, l’occasion pour lui de dialoguer avec le monde agricole. Ce bon vivant y exprime également son amour pour les produits et plats du terroir. En 40 ans, il n’a manqué ce rendez-vous qu’en 1979 en raison d’un accident de voiture. En 2005, lors de sa visite, il avait d’ailleurs marqué les esprits en s’écriant à propos des vaches : « Ce ne sont pas des bovins, ce sont des chefs-d’œuvre ! ». « Une phrase restée célèbre et qui en dit long sur cette relation spéciale avec le monde agricole », souligne l’APCA. Une sympathie tissée au fil des années qui a perduré jusqu’à son dernier mandat. « Vous allez terminer votre mandat à l’Élysée et le monde agricole ne sait pas comment vous remercier ». Ces mots prononcés en 2007 par Jean-Michel Lemétayer en sont la preuve. Depuis le 26 septembre, le monde agricole « reconnaissant », selon la FNSEA, ne manque pas de rendre hommage « avec respect et attachement » à cet homme que la présidente de la FNSEA qualifie de « sincère, battant et énergique ». Les chambres d’agriculture saluent ainsi la mémoire de ce défenseur de l’agriculture et de la ruralité. Dans ce flot d’hommages qui ne tarit pas, Didier Guillaume, l’actuel ministre de l’Agriculture, retient et salue « sa proximité, son lien et son amour pour la ruralité, l’agriculture et les agriculteurs ».

Jacques Chirac, le Président des campagnes

Jacques Chirac nous a quittés après une longue période de silence que la maladie imposait. Il est parti lentement, doucement, au contraire d’une vie où la vitesse était de mise. Il est parti comme le Président des Français, de tous les Français bien sûr – et l’hommage populaire est impressionnant – mais aussi comme le Président aimé et respecté par les agriculteurs.
L’ancien Président, que rien ne prédestinait à avoir une telle relation avec le monde agricole, avait tant de facettes connues et méconnues qu’il pouvait entrer dans chaque maison, dans chaque famille, comme un proche, comme un ami. C’est avec ce regard bienveillant et cette chaleur relationnelle qu’il a su entrer dans chaque ferme.
L’adepte du terroir, le promoteur du « mangez des pommes », le passionné de repas pantagruéliques ne pouvait rester en dehors de l’affection des paysans français. Pour des raisons objectives tout d’abord, n’a-t-il pas fait preuve entre 1972 et 1974, lorsqu’il était ministre de l’Agriculture, d’un allant, d’une considération et d’un activisme exceptionnels afin de soutenir les campagnes et de donner les impulsions nécessaires au développement de notre agriculture ! Un exemple parmi bien d’autres, il a initié les débuts d’une politique agricole dédiée à la montagne et à l’installation des jeunes agriculteurs, montrant ainsi son attachement à des territoires vivants irrigués par la dynamique agricole.
Dans le sillon de son destin qui a pris une dimension internationale, l’agriculture ne l’a jamais quitté et sa main n’a pas tremblé dans les négociations de l’OMC. Rappelons-nous aussi de ses combats contre vents et marées pour défendre un budget de la PAC fort ! Il avait compris l’importance pour l’Europe de la PAC et l’importance pour la France d’un secteur agricole capable de garantir la sécurité alimentaire, mailler les territoires, apporter des devises à l’économie et faire rayonner la France à l’international.
Il pouvait s’éloigner de la France physiquement et garder le cœur à l’agriculture. « Le Grand » comme on l’appelle en Corrèze, n’était pas un Président comme les autres, il aimait la tête de veau et la bière… à lui seul, c’était une interprofession du bien vivre, du bien boire et du bien manger.
De façon plus affective mais tout aussi importante, l’ancien Président a créé un lien unique avec le monde paysan, en témoignent ses campagnes électorales en Corrèze où il connaissait chacun et chacune, où il comprenait les problèmes et les espoirs des fermes, où il arpentait routes et chemins comme on peut croquer la vie, à pleines dents. Même son jardin secret, il le cultivait dans cette terre rude. Nous n’avons su que récemment qu’il avait créé et financé un centre hyper performant pour le handicap sans jamais en avoir fait la publicité. Chirac, ce n’est pas qu’un coup de fourchette, c’est aussi des coups du cœur tout en pudeur. Dur avec les forts, tendre avec les faibles, dès qu’il s’éloignait des sujets politiques, il s’éloignait de tout cynisme !
Les paysans et Chirac, c’était un lien solide, un soutien, un encouragement sans cesse renouvelé qui donnait du cœur à l’ouvrage aux paysans pour surmonter les moments difficiles, les crises, les transitions permanentes. Souvenons-nous de son dernier passage au Salon de l’Agriculture, lorsqu’il s’est retrouvé en hauteur surplombant ainsi tout le hall de l’élevage : les fourches se sont levées et les applaudissements ont fusé de toutes parts laissant ainsi l’émotion prendre sa part pour « notre » Chirac !

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA

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