La Creuse Agricole 05 août 2020 à 07h00 | Par Estelle Malaurie

Le ministre de l’agriculture en Corrèze

Deux semaines après sa nomination, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a choisi la Corrèze pour son quatrième déplacement à la rencontre des agriculteurs. Il a rappelé les actions entreprises par le Gouvernement et évoqué principalement les défis du prix et des débouchés.

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Chez Sébastien et Sandrine Soursac à Sioniac.
Chez Sébastien et Sandrine Soursac à Sioniac. - © Estelle Malaurie/Pascale Dumont

« Un défi immense, c’est celui du prix ». À l’issue de la première des deux visites prévues le jeudi 23 juillet lors de sa venue en Corrèze, Julien Denormandie, nouveau ministre de l’Agriculture, a entamé sa conférence de presse sur cet objectif. « Aujourd’hui nos agriculteurs ne sont pas payés à la hauteur des coûts qu’ils dépensent et surtout à la hauteur du travail qu’ils réalisent et ça, ça ne peut pas durer éternellement. Le Gouvernement a passé une loi avec les parlementaires ; on sait que si ça a avancé dans certains domaines ça reste pour beaucoup trop long dans d’autres. Il faut accélérer. »
Revenant sur les États généraux de l’alimentation, il annonce que le gouvernement compte entamer des négociations sur la problématique des prix dans les prochaines semaines, et notamment en concertation avec les filières. « Il faut jouer sur les négociations avec la grande distribution mais aussi il faut que collégialement on achète français. » Et parmi les solutions, les circuits courts. « On va se battre sur les circuits courts, c’est un élément du plan de relance ; et en même temps, sans aucun dogmatisme, il faut continuer à aider nos filières à l’exportation. »
Autres pistes de travail, l’agribashing et les installations. « Comme on n’arrête pas l’agribashing, de caricaturer, les idées préconçues, on ne donne pas forcément envie de s’installer. Pour les installations, il y a encore les questions de foncier, de transmission... c’est encore plus difficile. C’est un vrai combat de rendre ce métier-là plus attractif et mieux rémunéré. Il faut soutenir et aider tous ceux qui veulent venir dans cette dynamique. »
Enfin, parmi les défis, « faire changer le comportement des consommateurs. J’ai une conviction profonde : l’alimentation française est celle qui prend le plus soin de vous, sauf qu’on ne le dit pas suffisamment et que ce n’est pas suffisamment compris : quand vous achetez un poulet brésilien ou un poulet français ce n’est pas la même qualité nutritive. La beauté de notre agriculture française c’est qu’elle donne un cadre nutritif, le meilleur qui soit et le meilleur au monde. Il faut en être fier ! […] Il faut arrêter cette course infernale et mortifère vers le bas dans les prix et il faut cet engagement citoyen pour payer au juste prix les choses. L’approche, ce n’est pas que la négociation commerciale, c’est aussi avec le consommateur. »

Échanges avec les responsables professionnels

En aparté de la visite, les responsables professionnels agricoles corréziens ont pu échanger avec le ministre sur de nombreuses problématiques. Daniel Couderc, président de la FDSEA19, a lancé et présenté les sujets de revendication de la profession. En voici quelques-uns.

Impacts et enseignements de la crise covid‑19
La crise covid‑19 a modifié les habitudes de consommation. Cependant les statistiques de consommation pendant le confinement ne sont pas le reflet des différentes communications médiatisées ni celui des annonces sur la montée en gamme. « Nous avons la certitude que nous devons poursuivre la production de produits d’excellence, toutefois nous devons également conserver les marchés de produits de grande consommation et ne pas céder la place au marché d’importation », explique Daniel Couderc. Certains secteurs ont enregistré des hausses de consommation (par exemple viande bovine en steak haché frais et surgelé, le porc grâce au jambon cuit, charcuterie et plats cuisinés, les œufs...) – attention toutefois au prix payé aux producteurs qui reste insuffisant par rapport à leurs coûts de production – et d’autres un bilan très négatif (par exemple le veau, le chevreau de Pâques, le canard à rôtir, les fromages AOC...). De fait la profession demande d’avoir un métier rémunérateur : il est urgent de faire appliquer la loi EGAlim et d’intégrer les coûts de production afin de rémunérer les productions à leur juste niveau de prix. Les indicateurs de coût de production dans les contrats doivent être respectés. La valorisation des produits agricoles et une promotion effective du « manger français »

L’eau en productions végétales
Le problème de l’eau devient crucial pour le département. « L’eau est un facteur indispensable pour toutes les installations en fruits », énonce le président de la Chambre d’agriculture Tony Cornelissen. « les nouvelles plantations seront assurées dès lorsqu’il y a de l’eau. Le dérèglement climatique et le réchauffement provoquent des sécheresses récurrentes. Il faut trouver des moyens de sorte à avoir des retenues suffisantes. »
Les demandes : faciliter les procédures. L’État doit faciliter les procédures d’instruction des projets collectifs et individuels de recherche de ressources en eau (forages, retenues collinaires,...) Il est impératif d’axer les financements vers la recherche, le développement, les outils numériques et la robotique.

Le renouvellement des générations
Sur le département l’âge moyen d’un agriculteur est de plus de 50 ans. Trouver un repreneur reste difficile. Garantir le renouvellement des générations en Corrèze c’est pérenniser l’agriculture départementale pour assurer pleinement son rôle nourricier et développer l’autonomie alimentaire nationale et faire vivre la ruralité. La délégation JA 19 menée par leur président Yannick Breuil souhaiterait pour attirer les porteurs de projet, accueillir des futurs porteurs de projets sur les exploitations à reprendre et découvrir le potentiel du territoire.

Stopper l’agribashing
La protection des personnes qui entreprennent et de leurs bien doit être assurée. On dénombre de multiples cas de vandalisme pour lesquels les responsables ne sont toujours pas pénalisés. La lutte contre l’agribashing et la désinformation permanente doit être une priorité pour encourager, valoriser et faire la promotion des personnes qui investissent dans de vrais projets économiques et qui contribuent à la création d’emploi et à la richesse du territoire.
Sur ces deux derniers sujets, la profession demande à rendre le métier attractif par la rentabilité du métier grâce aux négociations commerciales, à la structuration des filières et l’application des EGA + réduire les charges opérationnelles et miser sur les performances structurelles ; favoriser l’accès au foncier ; soutenir l’investissement ; assouplir les démarches d’installation. Accélérer les procédures. Miser sur un parcours de formation solide, couplé avec l’apprentissage pour allier théorie et pratique, et garantir un socle de connaissances solide dès le début de la vie professionnelle de l’agriculteur. Se mobiliser autour de l’emploi et le salariat en agriculture avec des politiques incitatives. Cibler des candidats motivés avec un vrai projet d’entreprise, réaliste, pragmatique et solide. Une des pistes pourraient être de miser sur la solidarité européenne, sur la base de partenariat avec des ministères/ambassades, pour mettre aux étrangers de venir travailler sur notre territoire.

Les retraites
Les demandes consistent à réparer les oublis et les injustices de cette loi sur les retraites. Proposer une retraite adaptée et revalorisée pour les conjoint(e)set les aides familiaux. Le financement de la mesure doit figurer dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2021 comme discuté en fin d’année au Parlement. En effet au cours des débats, le gouvernement s’est engagé à financer ces revalorisations par la solidarité nationale.

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