La Creuse Agricole 06 mars 2019 à 08h00 | Par Alison Pelotier

La nouvelle grille des prix Sodiaal contestée par les producteurs

Sodiaal a décidé de mettre en place une nouvelle grille de paiement du lait avec un prix de base unique national depuis le 1er janvier 2019. La FRPL Sud-Est, section lait de la FRSEA Aura, annonce des pertes pour les producteurs, notamment pour ceux répondant aux critères de qualité.

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Sodiaal a mis en place une nouvelle grille des prix du lait depuis janvier 2019 à partir d’un prix de base unique national pour tous les producteurs.
Sodiaal a mis en place une nouvelle grille des prix du lait depuis janvier 2019 à partir d’un prix de base unique national pour tous les producteurs. - © Apasec

Une seule grille des prix du lait au lieu de trois. Les interprofessions laitières du Sud-Est, du Sud-Ouest et d’Auvergne-Limousin sont désormais toutes placées à la même enseigne. Avant la décision prise de manière unilatérale par le conseil d’administration de Sodiaal en fin d’année, les trois bassins de productions bénéficiaient d’une grille des prix chacun, adaptée à leurs spécificités territoriales.

Un prix de base unique pour 2019
À titre d’exemple, les exploitations de l’ancien Criel Auvergne-Limousin étaient incitées par leur propre grille à produire de la qualité avec une prime « qualité fromagère » propre à la valorisation du lait sur leur territoire. « Avec l’harmonisation des grilles en une seule grille générale Grand-Sud, cette prime a disparu », déplore Yannick Girin, responsable lait de Jeunes Agriculteurs (JA) Auvergne-Rhône-Alpes. La FRPL Sud-Est a regardé attentivement l’impact chiffré du changement de grille pour les producteurs répondant à des critères de qualité du lait. Les pertes, affirme-t-elle, iraient jusqu’à 14 €/1 000 l pour certains producteurs, notamment dans le Massif central. Un chiffre contesté par la coopérative. La volonté, affirme-t-on chez Sodiaal, c’est avant tout d’établir un prix de base unique pour 2019 afin d’être plus « lisible » aux yeux de tous ses sociétaires. « Dans le Sud, le choix a été fait de travailler sur les primes qualité. Le prix de base était un peu plus bas que dans d’autres régions Sodiaal, mais les primes supérieures venaient compenser cette différence, et l’écart était assez important entre les 25 % des producteurs avec les meilleurs résultats qualité, et les 25 % inférieurs. Nous avons revalorisé le prix de base de 3,52 € pour le Sud-Est et de 7,69 € pour le Massif central », explique Jean-Michel Javelle, président du conseil d’administration de Sodiaal Sud-Est, représentant des producteurs. « Nous avons aussi mis en place de nouvelles primes à la démarche La Route du Lait et aux résultats du contrôle laitier qui n’existaient pas auparavant », ajoute-t-il.

Des changements incompris
Des changements qui ne semblent pas convaincre Éric Richard, membre du conseil d’administration de la FNPL, producteur de lait à Javaugues, en Haute-Loire. « Nous avons des territoires de lait très différents. On ne peut pas l’ignorer. Lorsqu’on produit du lait pour la raclette Richemont, il nous faut de la matière. Ce n’est pas possible de comparer un lait de montagne à un lait de plaine. Nous avons des exigences différentes », témoigne-t-il. « Les critères d’attribution de la prime qualité globale de 6 €/1 000 l ont été revus. On ne va pas se casser la tête à faire de la qualité, si au final, on n’y gagne pas plus », ajoute-t-il. « Nous avons aussi du mal à comprendre ce choix, d’autant plus que dans le Grand-Sud se trouvent beaucoup d’entreprises et usines à forte valeur ajoutée », reprend Yannick Girin. Réponse de la coopérative : « J’entends que de très bons producteurs soient déçus par un système moins incitatif à la qualité mais nous tenons à ce qu’il y ait une certaine équité entre tous les sociétaires. Nous sommes ouverts à la discussion sur les seuils, sur la segmentation, si l’interprofession le souhaite. Nous ferons un point au mois de mars et selon les retours des producteurs nous pourrons, soit revoir le prix de base soit revaloriser la prime qualité globale », indique Jean-Michel Javelle.

Quelles relations avec les producteurs ?
De leur côté, les producteurs souhaitent avancer main dans la main avec la coopérative à condition de pouvoir participer aux échanges en interprofession « sans se retrouver au pied du mur, une fois les décisions prises ». « Seuls les administrateurs ont pris part aux échanges, les adhérents ont été informés de cette nouvelle grille une fois les dés jetés. Nous ne sommes pas contre l’harmonisation des grilles mais nous aurions juste voulu la construire ensemble, en discuter en interprofession. Ce qui n’a pas été le cas. C’est la goutte qui a fait déborder le vase, nous donnant l’impression d’être le dernier wagon du train », témoigne Yannick Girin. Début janvier, alors que la nouvelle grille avait poussé à interrompre tous les travaux interprofessionnels dans les bassins Sud-Est, JA du Sud avait annoncé la volonté de créer une organisation de producteurs commerciale (OPC) au sein même de la coopérative « si les relations avec Sodiaal n’avançaient pas ». Celle-ci négocierait et gérerait les volumes de lait avec un mandat pour les revendre ensuite à Sodiaal. Yannick Girin affirme « que les réflexions sont toujours en cours » et attend une possible réunion fin février avec les administrateurs régionaux pour y voir plus clair.

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