La Creuse Agricole 11 décembre 2020 a 07h00 | Par A.M.

La filière bovine à la dérive ?

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Depuis longtemps, la FDSEA n’a cessé de dénoncer à plusieurs reprises la baisse des cours de la viande bovine sur les différentes catégories d’animaux et parallèlement l’augmentation permanente des charges d’exploitation. Un contexte qui en dit long sur une filière en danger.
Trouver un remède à ce mal qui empoisonne les campagnes, mais lequel ? Pas facile !
À l’initiative du président de la FDSEA Christian Arvis, contrairement à d’autres qui voulaient s’en attribuer la paternité, une réunion de concertation était organisée avec tous les acteurs de la filière viande bovine, ce mercredi 2 décembre à Ajain en présence de Madame la Préfète, de la DDT, de la DDCSPP, de la Chambre d’Agriculture, des organisations syndicales, des acteurs économiques coopératives et privés et du Conseil Départemental de la Creuse.
Mais avant d’amorcer cette concertation, la préfète Virginie Darpheuille soulignait que « face à une situation qui s’aggrave, il faut explorer toutes les pistes imaginables avec un temps d’échange pour déterminer les actions à engager ».
Au préalable, le président de la FDSEA Christian Arvis indiquait pour sa part que « cette  situation catastrophique prévisible » n’était pas nouvelle pour plusieurs raisons et ce n’est pas faute « d’avoir alerté des élus et les autorités départementales régionales et nationales depuis fort longtemps pour qu’ils réagissent en amont ».
Une problématique très complexe. Tous s’accordent à dire qu’avant de régler le problème du prix des broutards, il faut se préoccuper prioritairement de la filière du jeune bovin. « C’est elle qui va conditionner la filière du maigre » souligne le président de la FDSEA tout en précisant que « les agriculteurs sont actuellement dépités et démoralisés face à une situation qui ne cesse de se détériorer ».
La rémunération du travail reste essentielle et même capitale pour maintenir les exploitations encore viables dans les zones d’élevages, mais la crise que vivent actuellement les éleveurs reste sans aucun doute inédite.
Dans un contexte économique difficile, les exportations vers les pays tiers tels que l’Italie et l’Algérie et d’autres restent à ce jour, encore bien compliquées, d’une part en raison de la crise sanitaire sur le plan européen et d’autre part, par les excès de la réglementation en vigueur. Autant, quelques lueurs d’espoir permettent d’entrevoir le bout du tunnel avec la mise en place des États Généraux de l’Alimentation, mais force est de constater qu’elle reste à ce jour une « loi inachevée » faute de la mise en application de la prise en compte des coûts de production.
Sur le plan de consommation, elle reste stable. Avec des portions moindres dans les assiettes, le nombre croissant de consommateurs permet de maintenir le niveau global de consommation. Le changement des modes de consommation, désoriente aussi les marchés, 70 % des viandes consommées aujourd’hui sont désormais hachées. Mais ce qui inquiète notamment les éleveurs, c’est l’apparition de ces « nouveaux fermiers » comme l’indique le président Christian Arvis, qui font un tort considérable à la filière viande bovine en dénommant « steaks » leurs produits d’origines végétales.
Mais au-delà des aspects réglementaires, la restauration collective représente une part non négligeable parmi les débouchés de la viande bovine avec des approvisionnements locaux. Mais pour ce faire, la filière doit également s’organiser en conséquence. Un dossier auquel est attelé le Conseil Départemental avec la Chambre d’Agriculture comme le rappelait son représentant Nicolas Simonnet.

Un contexte européen très difficile
Pour alimenter le débat, Pascale Gilli Dunoyer, représentante de la DDT, indiquait au cours de la présentation d’un diaporama, que les importations de viande extérieure sont quasiment nulles en France pour l’année 2020. Elles représentent à peine 10 300 t en équivalent carcasse, alors que nos exportations sur le plan européen approchent 1,17 million de têtes en 2019 pour les bovins vivants et 277 000 t en équivalent carcasse à destination de l’Allemagne, l’Irlande, la Pologne et l’Italie.
Pour ce qui concerne la filière creusoise, la Celmar, indique pour sa part que la coopérative commercialise plus de 17 000 broutards par an dont 4 000 à 5 000 broutards sont répartis auprès de ses propres engraisseurs. Pour Christophe Dufour « les Italiens n’importent plus en raison d’un contexte économique tout aussi difficile qu’en France ».
Mais au-delà des difficultés conjoncturelles, d’autres sujets étaient aussi évoqués comme la vaccination contre la FCO. Un sujet récurrent dont tous s’accordent à dire que ces contraintes sanitaires impactent directement le marché italien et que ce vaccin n’a plus de raison d’être pour rétablir un équilibre des prix a souligné le président de la Celmar. Une autre problématique tout aussi prégnante était évoquée avec le transport des animaux vivants dont les Hollandais préfèrent aujourd’hui des animaux en carcasse plutôt que vivants.
L’accent était aussi mis sur la qualité des broutards soulignait le président de la Celmar Christophe Dufour, « nous avons aussi des mauvais broutards, et les éleveurs doivent en prendre conscience, car cela ne nous aide pas pour la commercialisation de nos animaux auprès des engraisseurs italiens. ».
Quant à CCBE, la coopérative commercialise 20 000 animaux maigres par an à l’export dont 80 % sont destinés à l’Italie. « Les exportations sont aujourd’hui quasiment à l’arrêt », souligne son président Jean-François Aucouturier. « On ne peut se substituer aux mécanismes de marché » précise-t-il, « mais on peut par contre, demander moins de contraintes administratives pour nos exportations ».
Dans un contexte internationalisé, les conséquences géopolitiques impactent fortement les marchés et pour certains la fermeture des frontières comme la Turquie. Ces débouchés sont aujourd’hui inexistants en raison des relations diplomatiques entre la France et la Turquie.
Des marchés qui se ferment pour certains, et qui peuvent aussi s’ouvrir pour d’autres vers des pays tiers, mais avec certaines catégories d’animaux plus légers. Des marchés à reconquérir et à développer tout en veillant à ne pas être en concurrence avec d’autres pays producteurs, comme la Pologne.

Le cheptel creusois à la baisse
La réalité des chiffres démontre que le cheptel creusois a perdu de nombreux bovins. Une baisse de 15 000 naissances a été enregistrée en l’espace de 3 ans, ce qui place l’effectif départemental à 175 000 vaches mères à ce jour précise le président de la Chambre d’Agriculture Pascal Lerousseau.
Donc, une réelle inquiétude pour l’ensemble des acteurs de la filière, ce qui n’empêche pas pour autant de développer certains marchés avec de nouveaux débouchés sur des pays tiers. Même analyse des responsables des marchés aux cadrans d’Ussel et de Chénérailles. Mais pour Gilbert Mazeaud, « nous sommes face à une dégradation qualitative de nos animaux » indique-t-il « mais quoi dire aux acheteurs que nous avons en face de nous ? On observe un décrochage manifeste chez les éleveurs, c’est flagrant. Nous avons la nécessité, pour ne pas dire l’obligation de nous ressaisir à la production pour faire des animaux de qualité pour nos clients » insiste-t-il.
Même analyse auprès des négociants privés. « Il n’y a que l’Italie qui fixe le prix des broutards », « on frise la catastrophe avec les Italiens et en particulier avec les délais de paiement qui s’allongent de mois en mois. Nous n’avons pas le choix et nous devons continuer de travailler avec eux, sinon ils iront s’approvisionner en Espagne ou ailleurs... »
Parmi les pistes recherchées, la consommation locale reste l’un des axes qu’il faut continuer d’explorer avec notamment le plan alimentaire territorial, pour obliger les collectivités à s’approvisionner sur les marchés locaux. Une démarche déjà engagée par le Conseil Départemental avec la Chambre d’Agriculture.
Une réunion de concertation qui n’aura sans doute pas abouti aux résultats escomptés, mais qui aura tout de même permis de jeter les bases d’une réflexion élargie, mais sans solution miracle. Pour le président Christian Arvis, un plan de bataille est engagé, « il doit être maintenant, organisé pour établir une véritable stratégie départementale ». Pour y parvenir, plusieurs pistes de réflexion sont désormais sur la table en travaillant sur un véritable plan de relance de la filière bovine ; sur la valorisation et une meilleure préparation des broutards, sur la réduction des charges des éleveurs, mais aussi des opérateurs, la montée en gamme des animaux, sur la contractualisation, sur des prix d’intervention garantis, sur la restauration collective et les circuits courts, ou encore sur une année blanche sur le plan bancaire et social par une prise en charge par l’État des prêts et des cotisations sociales.

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