La Creuse Agricole 27 juin 2016 à 08h00 | Par Sophie Chatenet

La contractualisation, un remède incomplet

La Société française d’économie rurale (Sfer) a invité dernièrement à Clermont-Ferrand, des scientifiques et des responsables professionnels… à s’exprimer sur la libéralisation des marchés laitiers en Europe.

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- © Jérôme Chabanne

En 2015, l’agriculture européenne aura été marquée par l’abandon des quotas laitiers. Un peu plus d’un an après le basculement dans cette nouvelle ère, la Société française d’économie rurale a souhaité donner la parole aux acteurs de la filière (opérateurs économiques, acteurs publics, acteurs du développement), mais aussi aux chercheurs pour comprendre les effets de la déréglementation et avancer des pistes d’action pour garantir un avenir à la production en France et en Europe.
La libéralisation des marchés laitiers a donné lieu assez logiquement à la libéralisation des prix (fin des restitutions à l’exportation ; baisse des prix d’interventions de 289 euros/1 000 L équivalent lait jusqu’en 2004 à 217 euros/1 000 L aujourd’hui) puis à la libéralisation des volumes (fin du régime des quotas instauré en 1984). La surproduction a donc pour cause première la fin des quotas.
Si dans ces simulations, la direction générale agricole de la Commission européenne avaient bien anticipé une hausse de la production de l’ordre 1,5 millions à 2 millions de tonnes/an, elle avait minimisé son ampleur, puisqu’en réalité, « entre 2013 et 2015, la production mondiale a cru de 5 millions de tonnes/an. D’où un surplus annuel de 1,5 million de tonnes », a rappelé Sophie Helaine de la DG Agri, lors d’un colloque organisé la semaine dernière sur le campus de Vetagro Sup par la Sfer.

Problème structurel
Co-auteur d’une étude sur les mesures contre les déséquilibres de marché, Aurélie Trouvé d’Agro-Paris Tech, a estimé que les forts investissements menés en Europe du Nord constituaient un indicateur prévisible de la brusque augmentation des volumes. Pour elle, le déséquilibre structurel du secteur laitier est inhérent à la filière, « il n’est pas lié à des facteurs exogènes comme en 2009 ». Est-ce une raison pour baisser les bras en se disant que le ver est dans le fruit ?
Loin de là, le marché français a des atouts pour rebondir comme l’ont rappelé Christophe Perrot et Gérard You de l’Institut de l’élevage : « Le marché intérieur français est le premier d’Europe en termes de chiffre d’affaires, alors que les Allemands sont 20 % plus nombreux. C’est un marché captif, valorisant mais mature. Aujourd’hui entre les AOP et le Bio, 15 % du lait français est ainsi différencié ».

Des contrats perfectibles
Par ailleurs, la contractualisation à « la française » a permis d’amortir le choc de la fin des quotas. « Les contrats garantissent une maîtrise des volumes par les entreprises qui ajustent leur collecte en fonction de leurs débouchés mais ils ne donnent aucune visibilité aux producteurs sur les prix », a résumé François Champanhet du CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux). Existants mais imparfaits, les contrats méritent donc d’être améliorés.
Les auteurs de l’étude sur les mesures contre les déséquilibres de marché ainsi que le député européen Michel Dantin ont avancé quelques pistes comme la création d’association d’organisation de producteurs territoriales structurées par bassin afin de faire jouer la concurrence. Ce modèle existe notamment en Bavière.

Dynamique territoriale contre stratégie d’entreprises
Problème, les entreprises défendent un modèle structuré verticalement où la dynamique d’entreprises prime sur la dimension territoriale…
Mais la contractualisation est-elle le seul outil dont doit s’emparer la filière ? Le président de la FNPL, Thierry Roquefeuille, n’en est pas convaincu : « La contractualisation est un outil, ce n’est pas une politique. L’Europe a besoin d’une réelle politique laitière ». Une politique jusqu’à présent très en deçà des objectifs, selon Aurélie Trouvé : « Les outils européens sont inefficaces. Les niveaux d’intervention publique sont trop bas sans parler de l’encouragement à la surproduction qu’ils peuvent provoquer ». Une position partagée par Michel Dantin qui sent poindre une évolution des positions dans l’hémicycle européen : « Face à l’ampleur de la crise, les députés réclament davantage de régulation ». La France, l’Allemagne et la Pologne ont d’ores et déjà annoncé une position commune en faveur d’outils de réductions/stabilisation des volumes. Reste à concrétiser cette intention.

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