La Creuse Agricole 18 décembre 2019 à 07h00 | Par Mélodie Comte

L’adaptation au changement climatique, c’est aujourd’hui !

Lancé en 2015, le projet AP3C s’attache à mesurer et élaborer des solutions pour répondre aux conséquences du changement climatique sur les exploitations du Massif central.

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Le projet de recherche et développement AP3C (Adap­tations des Pratiques Culturales au Changement Climatique), porté par le Service interdépartemental des chambres d’agriculture (Sidam) en partenariat avec onze chambres d’agriculture du Massif central, est en cours de réalisation depuis 2015. L’observation des évolutions météorologiques des trente-cinq dernières années met en lumière les effets du changement climatique dans le territoire. Ainsi, depuis 1980, la température moyenne annuelle a augmenté de 0,4 °C tous les 10 ans. La pluviométrie moyenne annuelle n’évolue guère, cependant l’évapotranspiration a considérablement progressé avec 25 mm supplémentaires perdus tous les dix ans.
Les projections faites par AP3C jusqu’en 2050 montrent que le climat devrait devenir progressivement plus sec, surtout à certaines périodes habituellement humides. De ces premières scénarisations, d’autres ont émergé notamment les impacts sur la production agricole. La semaine dernière, l’ensemble des acteurs du projet se sont réunis à Lempdes pour évoquer les premières pistes d’adaptation pour les fermes du Massif central.

Le printemps, période charnière de la récolte de l’herbe
« Nous aurons une date de mise à l’herbe plus précoce mais avec une variabilité interannuelle très marquée », souligne Stéphane Violleau, conseiller à la Chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme. En effet, sur le département du Puy-de-Dôme, les modèles prédictifs prévoient une pluviométrie stable mais plus concentrée. « Les épisodes Cévenol vont remonter sur le département. » Malgré tout, l’augmentation des températures moyennes va accentuer l’évapotranspiration tant en été qu’au printemps. « Les conditions seront sans doute plus favorables pour un retour au pâturage plus précoce mais encore faudra-t-il être réactif. » Concernant les premières récoltes, les éleveurs devront là-aussi s’attendre à sortir les engins plus tôt dans la saison. « La date des premières fauches sera plus précoce de dix voire douze jours. » Ainsi en 2050, les premiers foins seront réalisés entre la fin mai et le début du mois de juin. Le printemps sera donc plus que jamais la période clé des  récoltes de l’herbe. « Il ne faudra plus gaspiller l’herbe à la pâture. Les chaînes de récoltes devront aussi s’adapter pour être très réactives. » Car si la production d’herbe semble se maintenir au printemps, il ne faudra plus compter sur elle durant l’été. Trop chaude et trop sèche, la saison estivale ne permettra plus de réaliser du surplus de fourrages. Là aussi, Stéphane Violleau recommande d’anticiper : « Les éleveurs doivent repenser le rôle et la place des stocks sur leurs exploitations. Les bonnes années, ils auront tout intérêt à stocker leurs fourrages plutôt que de les vendre. »

Maïs et céréales à la peine
Se pose ensuite la question du maïs ensilage. La demi-montagne ne sera pas épargnée par la hausse des températures provoquant un avancement du stade de récolte de plus de 25 jours. Cette précocité est déjà plus ou moins observable. « Il y a 20 ans, le Sommet de l’Élevage marquait le début des ensilages. Aujourd’hui, il marque la fin ! » Date de semis plus précoces, optimisation de la fertilisation, irrigation, implantation de dérobés… sont les adaptations possibles. Le choix des variétés sera également repensé surtout pour faire face à une période critique. « Les risques d’échaudage vont considérablement augmenter en plaine », souligne le conseiller. Le constat est d’ailleurs identique concernant les céréales à paille. Là aussi, la solution unique n’existe pas et les pistes d’adaptation ressemblent à « un inventaire à la Prévert ».

Et l’élevage ?
À partir de ces éléments, les cinquante-deux experts d’AP3C ont réalisé moult scénarisations, filière par filière (bovins viande, bovins lait, céréalière et ovins lait) sur des exploitations « types ». Ainsi dans un système bovin lait type Cantal-Aveyron, les scénarios impliquent une modification de l’offre alimentaire (achats de compensateurs, irrigation…) et une évolution de la conduite du troupeau (diminution du cheptel, achat génisses…). Ces simulations ont été basées sur le prix du lait de 2018.
Dans un premier temps, les chiffres montrent une perte de plus de 20 % du revenu de l’éleveur s’il n’adapte pas ses pratiques. En cause, notamment, les diminutions de rendement du maïs et des céréales, compensées par des achats. Afin de sécuriser son autonomie alimentaire, ce même éleveur pourrait investir dans l’irrigation sur 11 ha et implanter des dérobés. Là encore, son revenu disponible chute de 30 % du fait de l’investissement que représente l’irrigation. S’il choisit plutôt l’option de diminuer son troupeau et d’augmenter ses surfaces, son revenu diminuera de seulement 10 %. Attention cependant, cette prédiction n’a pas évalué le besoin de main d’œuvre supplémentaire consécutif à la restructuration foncière. Alors que faut-il retenir ? La solution miracle à l’adaptation au changement climatique n’existe pas... Et la conjoncture laitière à l’horizon 2050 sera déterminante au maintien des exploitations.

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