La Creuse Agricole 05 octobre 2016 à 08h00 | Par P. Dumont

Itinéraire d’un contrat de génération

Il y a tout juste deux ans, la Loi d’avenir pour l’agriculture rendait le contrat de génération accessible aux exploitants agricoles. Dès lors, il devenait possible pour un exploitant de plus de 57 ans de bénéficier d’une aide financière pour l’embauche d’un jeune de 26 à 30 ans.

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M. et Mme Gillet entourent leur fils (à gauche) et Paul Boutet (à droite).
M. et Mme Gillet entourent leur fils (à gauche) et Paul Boutet (à droite). - © P. Dumont

En filigrane derrière le dispositif contrat de génération se dessine la question du renouvellement des générations en agriculture. Une question très prégnante puisqu’un exploitant de plus de 55 ans sur 2 qui projette de partir en retraite n’a pas de repreneur potentiel. Depuis l’instauration du contrat de génération, les FDSEA de Corrèze, Creuse et Haute-Vienne ont mis en place un dispositif d’appui conseil pour aider les exploitants dans la gestion des compétences. De nombreuses exploitations ont pu bénéficier de leurs conseils. C’est le cas du Gaec de l’Age Troinet à Saint-Maurice-la-Souterraine. Installés en production bovin viande naisseur-engraisseur avec 140 mères vaches sur 185 ha, M. et Mme Gillet ont accueilli leur fils dans le Gaec en 2002. Il y a quelques mois, voyant l’âge de la retraite arriver et sans repreneur connu, M. Gillet a commencé à s’interroger. « Ce qui est sûr, c’est que notre fils ne pouvait gérer l’exploitation à lui seul, c’est beaucoup trop de travail pour une seule personne, rapporte M. Gillet. Il fallait trouver une solution. Nous avons songé au salariat mais ce n’est pas facile et surtout ce n’est pas souple : si une vache vêle en dehors des heures de travail du salarié on ne peut pas faire appel à lui… ». D’autres questions se posent, notamment celle de la capacité pour l’exploitation à supporter financièrement le coût d’un salarié. Les époux Gillet se sont aussi interrogés sur la possibilité pour un jeune de reprendre l’exploitation en s’associant à leur fils. Là encore, beaucoup de questions. « Ce que l’on perd actuellement avec la baisse du prix de la viande équivaut, sur une année, au salaire d’un ouvrier agricole, calcule M. Gillet. Si le prix de la viande ne s’améliore pas (et avec la décapitalisation des laitières cela ne va pas s’arranger) est-ce raisonnable d’installer un jeune pour le plonger dans les difficultés ? Il est vraiment difficile de se projeter. » Finalement Mme Gillet entend parler du dispositif Contrat de génération et se renseigne auprès de la FDSEA de la Creuse. « C’est un éleveur que nous connaissons qui nous en a parlé. Il a été accompagné par la FDSEA 23 dans le cadre du dispositif appui conseil, explique-t-elle. J’ai aussitôt appelé la FDSEA qui m’a guidé dans les démarches. » Une idée germe alors dans la tête des membres du Gaec. Durant trois ans, ils ont en effet accueilli un apprenti en bac pro CGEA au lycée agricole d’Ahun. Paul Boutet est depuis parti travailler sur une autre exploitation pour acquérir de l’expérience avant de s’installer. Et s’ils embauchaient Paul ? « J’étais salarié dans une exploitation dans la Vienne mais le fils des exploitants souhaitait revenir s’installer sur l’exploitation, la proposition de M. Gillet est bien tombée », témoigne le jeune homme. Avec le dispositif Contrat de génération, les membres du Gaec comme Paul Boutet ont vu une opportunité : celle de passer progressivement le relais en bénéficiant d’un accompagnement et d’une aide financière et en mettant le pied à l’étrier à un jeune. « On connaît Paul depuis son enfance puisqu’il est notre voisin. Le contrat de génération est conclu sur trois ans. Cela nous permet de nous tester mutuellement, récapitule M. Gillet. Pour Paul, entre les différentes démarches et la formation préalable, il faut compter au moins un an. Il pourra travailler avec nous en parallèle et cela nous laisse le temps de préparer la transmission de mes parts. D’autant qu’il s’installe hors cadre familial. » Depuis le 1er août, Paul a donc rejoint le Gaec d’Age Troinet et la collaboration se passe bien. M. Gillet peut donc songer à sa retraite. « Ce projet, ce n’est pas évident malgré tout, il faut une réelle relation de confiance entre les deux parties. Créer une société entre personnes qui ne sont pas de la même famille et quand il est en plus question d’argent ce n’est pas évident. Si cela se passe mal, cela peut coûter plus cher qu’un divorce ! » reprend l’exploitant mi-sérieux, mi-plaisantant. Pour autant, sans recours au contrat de génération, l’exploitant reconnaît qu’aucune embauche n’aurait été possible. « C’est un bon dispositif pour celui qui cherche un repreneur », conclut M. Gillet.

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