La Creuse Agricole 27 janvier 2013 à 08h00 | Par A.M.

Interview - La parole aux candidats

À l’approche des prochaines élections à la Chambre d’Agriculture, la Creuse Agricole et Rurale a souhaité connaître la position des candidats du premier collège de la liste FDSEA / JA sur les questions d’actualité que se posent les agriculteurs. Voici leurs réponses.

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- © La Creuse agricole et rurale

Quels types de soutiens financiers faudrait-il pour conforter et moderniser les exploitations creusoises?
Jean-Pierre Chapy : Lors de la réforme de la PAC à mi-parcours, il y a eu un rééquilibrage des aides en faveur des systèmes herbagers, mais bien insuffisant à mes yeux.
Ce rééquilibrage a pénalisé les exploitations naisseurs-engraisseurs de notre département et ceci était bien notre crainte. Dès qu’il y avait quelques hectares de céréales et de maïs, on a repris d’une main ce que l’on donnait de l’autre.
Donc dans la future PAC, si l’on veut garder les éleveurs et leur assurer un revenu, il nous faut garder et conforter :
-le recouplage des aides (PMTVA, prime à la brebis) ;
-les ICHN ;
-aider les surfaces en céréales et en maïs autoconsommés dans les zones à handicap naturel comme les nôtres ;
-aller plus loin dans la contractualisation, aussi bien avec l’amont (prix des aliments) qu’avec l’aval (indexer les prix de vente sur les coûts de production) ;
-aider les exploitations à devenir le plus autonomes possible (plus de retournement de prairies pour être plus productif) ;
-supprimer les contraintes administratives de limitation de retournement des prairies.

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À votre avis, peut-on alléger le parcours à l’installation?
Myriam Lardy : Le parcours à l’installation doit être adapté à chaque projet, qui doit être avant tout mûrement réfléchi. Chaque jeune devrait avoir des formations scolaires beaucoup plus professionnelles, pour mieux appréhender toutes les facettes du métier et débuter dans les meilleures conditions.
Je pense également qu’il faut desserrer l’étau concernant les démarches administratives. Alors que logiquement on devrait se focaliser uniquement sur notre projet, ces contraintes ne peuvent que nous embarrasser dans notre réflexion.

- © La Creuse agricole et rurale

L’environnement prend une place de plus en plus importante dans les activités agricoles. Mais peut-on encore dissocier l’acte de production de l’acte environnemental?
Joël Bialoux : Dois-je prendre mon bâton de pèlerin pour rabâcher que c’est une nécessité pour notre agriculture? Ou alors dois-je prendre le temps de plus réfléchir la question?
Après mûres réflexions, il m’est apparu que pour répondre le plus justement possible à cette problématique, il fallait déjà comprendre ce que voulait dire le terme «acte environnemental». En effet, ce terme environnement prend plusieurs sens selon le contexte dans lequel on l’aborde.
Prenons la définition primaire : l’environnement, c’est tout d’abord le monde qui nous entoure, ce qui nous environne : le sol, l’eau, les plantes, l’air, etc. Tous les outils de base de l’agriculture pour produire en somme… dans ce cas, leur prise en compte est indissociable de l’acte de production et n’a jamais été complétement dissociée depuis que l’agriculture existe. Notamment en Creuse, où l’on a su ainsi préserver le paysage agricole que nous connaissons actuellement.
L’environnement avec cette dimension locale est facilement, voir naturellement accepté et pris en compte dans l’acte de production réalisé par les agriculteurs.
Le tissu rural, le maillage bocagé, la qualité de vie, un environnement sain et non pollué… font que les agriculteurs peuvent être fiers de leur métier et leur permet de s’intégrer dans la société environnementale d’aujourd’hui.
Prenons maintenant l’angle auquel la plupart des gens du monde agricole ou non, pense lorsqu’est abordé le terme «environnement» : il s’agit alors de l’acte citoyen, politique, très souvent accompagné d’une règlementation. Dans ce cas, la prise en compte de l’environnement avec un objectif ou une dimension nationale voir de plus en plus européenne est difficile à comprendre localement pour les agriculteurs et donc à accepter (exemple : loi sur l’eau, agrandissement des zones vulnérables, etc…). C’est cet environnement qui est souvent débattu et qui peut sembler aller à l’encontre de l’acte de production. Car il s’agit d’un acte dont la dimension est d’ordre du service public. Mais qui doit commander ce service public? Est-ce uniquement des technocrates de Bruxelles, des néo ruraux, des «écolos de base» qui ne connaissent pas la vie de nos campagnes, ou bien alors doit-on travailler en relation avec les gens de terrain que nous sommes. Ce n’est qu’ensemble et en ayant une répartition équitable entre les agriculteurs, les politiques, l’administration, des associations environnementales dites recevables et ouvertes que nous construirons la société environnementale de demain. Beaucoup trop de comités(tout azimut) se créent sans assez tenir compte de la représentativité du monde agricole.
Pour être plus global face à cet acte à dimension de service public, le bénéfice n’est pas forcément direct pour les agriculteurs, mais indirectement, il semble nécessaire pour pérenniser une certaine qualité de vie(eau, air…) pour l’ensemble des citoyens.
Prenons l’exemple des zones humides. Pour l’exploitation, il s’agit de terres peu productives dont les bénéfices directs sont de façon générale inférieurs aux coûts de gestion qu’elles nécessitent. Pourtant, d’un point de vue de la société, leur préservation est un enjeu majeur car il s’agit de terres qui ont de très nombreux rôles dans la gestion qualitative et quantitative de l’eau.
Mais la société doit également comprendre que nous avons besoin financièrement pour réaliser cet acte citoyen.
Cette même société doit aussi comprendre que nos compagnes vivront demain si nous continuons à avoir un acte de production(signe de travail et de vie rurale).
Comme certains agriculteurs le disent, nous ne sommes pas uniquement des jardiniers de la nature sinon nos campagnes se désertifieront de plus en plus.
Alors avec ce cadre de la future PAC qui s’annonce plus verte que jamais, j’espère que l’agriculture creusoise qui a toujours mieux su préserver ses ressources que d’autres territoires saura s’adapter aux nouvelles demandes qui lui seront faites mais en respectant l’acte de production(le plus varié et large possible) pour que la Creuse puisse vivre demain.

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