La Creuse Agricole 27 avril 2007 à 00h00 | Par Jouany CHATOUX

Info ou intox - Proposition ou provocation - Des pelleteuses dans les tourbières du Plateau de Millevaches ?

Cela fait désormais une quinzaine d’années que les agriculteurs du plateau de Millevaches bénéficient de mesures agro-environnementales sur des milieux spécifiques comme les tourbières et les landes sèches.

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Des outils, tels que l’ OGAF Environnement du Plateau de Millevaches datant de 1992, les Contrats Territoriaux d’Exploitation de 2000 ou plus récemment les Contrats d’Agriculture Durable, eurent beaucoup de succès. En effet, ces initiatives correspondaient à une attente des agriculteurs, elles les ont notamment sensibilisés à l’immense patrimoine écologique sur lequel ils exercent leurs activités. Ainsi, toutes ces mesures furent bénéfiques: plusieurs milliers d’hectares abandonnés furent réintégrés au sein exploitations agricoles de ce territoire. De telle sorte que ces bonnes pratiques agricoles furent valorisées et reconnues par le réseau européen Natura 2000, ce qui prouve bien que l’on peut allier production et environnement. Pour exemple, le site Natura 2000 de la Vallée de la Gioune avec ses 972 hectares dont 80 % font partie de la surface agricole. A noter au passage, une première en France, que les Jeunes Agriculteurs de Creuse ont été nommés après avoir réalisé le document d’objectifs, comme structure animatrice pour ce site. Il convient de souligner qu’un nombre important des agriculteurs du site avaient souscrit à ces démarches agro-environnementales. Le résultat est pertinent: le site Natura 2000 est l’un des plus riches du Limousin avec la présence de 15 habitats d’intérêt communautaire, on y trouve également une eau de très bonne qualité (les notes IBGN sur 20 oscillent entre 17 et 19). La population de truites fario de souches sauvages en fait également l’un des ruisseaux référence en Limousin. Dans ce sens, il est indéniable de constater que l’agriculture peut aussi être créatrice et conservatrice de biodiversité ! Il faut, dans le même sens, noter que d’autres avantages découlent de la remise en pâture des tourbières : c’est en pâturant ces milieux que les vaches et les brebis limousines ont redonné vie aux tourbières. En effet, ces dernières sont redevenues ces formidables éponges naturelles qui stocke, filtre et relarguent d’énormes quantités d’eau. Celles-ci accueillent également bon nombre d’espèces rares ou d’intérêt communautaire (la drosera : plante carnivore, …). Sous l’impulsion des Jeunes Agriculteurs de Creuse, des extensions de périmètre ont été demandées et obtenues. Cela montre la réelle attente des agriculteurs, notamment vis-à-vis de la mise en place des nouvelles mesures agro-environnementales territorialisées. Malheureusement, au jour d’aujourd’hui la seule proposition faite correspond à un retour de quinze années en arrière ! En effet, le budget ridicule prévu pour ces nouvelles mesures signifie une baisse des aides financières et techniques pour gérer ces milieux difficiles et fragiles. En ajoutant une notion de surfaces peu productives pour les prairies naturelles, les tourbières et les landes sèches, on obtient une diminution importante des surfaces engagés par les agriculteurs au niveau des MAE territorialisées en site Natura 2000. De ce fait, l’Etat français pourrait se retrouver en porte à faux vis-à-vis de l’Union Européenne pour non respect de la directive habitats (non maintien de la biodiversité) entraînant de lourdes sanctions financières.
La zone d’élevage du Massif Central joue un rôle primordial contre le réchauffement climatique : elle stocke une grande partie du carbone français dans ses sols riches en matière organique. Il est bon de souligner que les tourbières, qui représentent 0,8 % de la surface de la terre, stockent entre 30 et 50 % du carbone mondial. Ainsi, les tourbières, les zones humides et les prairies naturelles représentent une capacité de stockage de plusieurs centaines de milliers d’hectares pour le carbone dans le Massif Central (cf. rapport Greengrass). Les agriculteurs doivent donc se trouver au centre d’un projet de société alliant production et environnement car les deux vont de paire : nous devons mettre en place le fameux concept « Gagnant-Gagnant » à l’échelle de notre territoire. En effet, la société est gagnante car l’agriculteur, tout en produisant une viande et des produits de qualité sur ces terroirs, garantit une eau de qualité, une biodiversité remarquable, un stockage de carbone accru. L’agriculteur est lui aussi gagnant car la société rémunère son travail à sa juste valeur. Les agriculteurs de nos territoires ont ici et maintenant une chance unique de se retrouver en phase avec les attentes de la société. Pour cela il est primordial de poursuivre cette démarche agro-environnementale. Ils ne doivent pas être les laissés pour compte d’une agriculture qui se veut être durable mais au contraire être aidés au même titre que les agriculteurs qui produisent les matières premières pour les biocarburants. Il serait dangereux de laisser mourir les éleveurs du Massif Central car c’est l’équilibre écologique qui en subirait les premiers impacts néfastes. Pour que le Massif Central ne meure pas, il y a deux solutions s’offrent à nous : obtenir une reconnaissance, qu’elle soit financière mais aussi morale, du travail fourni par les agriculteurs ; ou bien solution plus radicale, sortir les pelleteuses et les sacs d’azote afin d’intensifier la production pour pallier à ce manque d’aides ! Maintenant, si l’Etat Français, les régions, les parcs naturels régionaux et les agences de l’eau concernées (solidarité aval-amont notamment en matière de ressources en eau) ne sont pas capables de mettre en place une politique valorisante de l’herbe, les éleveurs n’auront en dernier recours que la possibilité de se retourner vers les grandes multinationales qui investissent des millions notamment en matière de stockage du carbone (crédits carbone)afin de trouver une caution pour continuer leurs activités. Les agriculteurs ont eux aussi le droit à une rémunération équitable lorsqu’ils stockent du carbone, lorsqu’ils maintiennent de la biodiversité, lorsqu’ils transmettent une bonne qualité d’eau et lorsqu’ils fournissent des produits de qualité. Alors réfléchissons ensemble davantage : pelleteuse et azote dans les tourbières ou rémunération équitable?

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