La Creuse Agricole 14 mai 2010 à 08h00 | Par A.M.

Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles - L’État doit prendre ses responsabilités

C'est dans un contexte agricole très difficile pour l'ensemble des productions que s'est tenu le 64e congrès de la FDSEA de la Creuse en présence du préfet de la Creuse et de Dominique Fayel, membre du bureau de la Fédération nationale bovine.

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Philippe Monteil, Thierry Jamot, secrétaire général de la FDSEA, Dominique Fayel, Hugues Moutouh, préfet, Jean-Philippe Viollet, président de la chambre d’agriculture et Stéphane Moreau, président des Jeunes agriculteurs de la Creuse.
Philippe Monteil, Thierry Jamot, secrétaire général de la FDSEA, Dominique Fayel, Hugues Moutouh, préfet, Jean-Philippe Viollet, président de la chambre d’agriculture et Stéphane Moreau, président des Jeunes agriculteurs de la Creuse. - © D.R.

Si les raisons du mécontentement des agriculteurs sont multiples, la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) aura pleinement profité de son congrès, le mardi 4 mai au lycée agricole d’Ahun, pour remettre sur la table l'ensemble des préoccupations que rencontre actuellement le monde agricole en interpellant le préfet ainsi que les élus sur les difficultés du moment. « Plus le temps passe et plus la crise s'enracine, sans aucune lisibilité pour l'avenir », ont dénoncé les agriculteurs qui ne voient aucun salut dans un proche horizon.

 

Le président de la FDSEA, Philippe Monteil, n'a pas manqué de rappeler que si les enjeux des débats actuels sont importants tant sur le plan de la réforme de la PAC que sur le projet de loi de modernisation agricole présenté par le Gouvernement, ils n'apportent pas de réponse à l'urgence des problèmes et en particulier à celui du revenu agricole.

 

« Les agriculteurs attendent des signes forts de l'État pour passer ce cap et non pas des plans de soutien composés de prêts de trésorerie qui ne sont que des emplâtres sur une jambe de bois et qui ne font qu'empirer la situation en endettant davantage les agriculteurs ».

 

« Vivre de son métier » : tel est le leitmotiv de la FDSEA. Pour cela elle entend bien peser sur les marchés et surtout corriger les circuits de commercialisation et notamment les marges dont les plus-values sont quasiment toutes absorbées par les grandes chaînes de distribution.

 

« On espère bien que la loi de modernisation corrigera ses abus intolérables pour les agriculteurs ». Mais si le revenu se réalise par des prix rémunérateurs, il n'en demeure pas moins que le handicap majeur reste bien celui des charges toujours trop importantes. « Là aussi il faut arrêter le massacre, nous sommes taxés de toutes parts et l'État doit aussi faire des efforts dans ce domaine », a martelé le président de la FDSEA avant de dénoncer les contraintes d'ordre réglementaire toujours aussi nombreuses. Administratives ou environnementales, les contraintes quotidiennes auxquelles les agriculteurs sont soumis sont de nature à nous faire perdre notre compétitivité par rapport aux autres pays de l'Union européenne.

 

« Nous en avons marre d'être harcelés quotidiennement par des contrôles en tous genres alors que l'administration lorsqu'elle commet des erreurs, personne ne la sanctionne ». Un exemple bien choisi en ce qui concerne les déclarations PAC où de nombreux dossiers étaient encore en souffrance ces derniers jours.

 

Mais ce que revendique avant tout la FDSEA, c'est que l'État et les élus s'engagent dans leurs décisions et prennent leur part de responsabilité dans les choix stratégiques. « La profession agricole ne peut pas avancer dans l'incertitude des décisions nationales ou européennes, elle attend un vrai projet politique visible, clair, net et précis » lance Philippe Monteil au préfet mais aussi aux élus, dont le représentant de la majorité actuelle ne semble réagir.

 

Dans cet inventaire des revendications, le président de la FDSEA n'a pas manqué aussi d'interpeller le représentant national Dominique Fayel, membre du bureau de la Fédération nationale bovine (FNB) et président de la FDSEA de l'Aveyron : « On attend davantage de nos organisations nationales qu'elles nous écoutent et qu'elles nous soutiennent en prenant en considération nos problèmes spécifiques... Elles doivent être aussi le moteur de l'action syndicale ».

 

La contractualisation : une solution pour les marchés ?

Après un large tour d'horizon d'une activité syndicale très dense au cours de l'année passée, le secrétaire général Thierry Jamot a présenté le rapport moral axé sur la contractualisation intégrée dans la loi de modernisation agricole. Rappelant le contexte d'instabilité des marchés et de la volatilité des prix, Thierry Jamot a indiqué « qu'il était aujourd'hui indispensable de mettre en œuvre, des outils de stabilisation des marchés en renforçant le dispositif contractuel pour favoriser la stabilisation des prix, et garantir une meilleure visibilité sur nos débouchés et obtenir des prix rémunérateurs ». Le principe d'un contrat écrit entre producteurs et l'aval de la filière est l'une des conditions sine qua non pour garder des débouchés aux productions agricoles, tout en étant encadrée dans un schéma législatif. Si la contractualisation a pour objet de développer la transparence dans les relations commerciales entre les producteurs et les acheteurs, « elle ne pourrait se faire que dans le cadre d'une négociation collective interprofessionnelle ». Mais au-delà de cette notion de contractualisation, le gouvernement s'est également engagé à assurer des conditions de transparence réelle des négociations commerciales dans la formation des prix et des marges des produits alimentaires. À ce titre la FDSEA a demandé à maintes reprises, la création d'un observatoire des prix des marges afin que la répartition de la valeur ajoutée se fasse de la manière la plus équitable entre les différents maillons de la filière.

 

Faire des propositions Empêché pour des raisons personnelles, Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la Fédération nationale bovine a été remplacé au dernier moment par son collègue Dominique Fayel. Loin de méconnaître la complexité des dossiers agricoles, d'autant plus dans un département très actif, Dominique Fayel aura donné le ton d'un syndicaliste convaincu.

 

Reprenant les différents points abordés, il a largement évoqué le contexte dans lequel agriculture évolue dans cette crise d'ampleur internationale, avec ses conséquences sur le secteur de la viande bovine. « L'Espagne et l'Italie réduisent leurs achats extérieurs. L'abatteur qui pèse plus de 51 % des parts de marché, n'influence pas les prix, il les fait ! » a expliqué Dominique Fayel.

 

« Face à cette situation, l'État n'a pas d'autre choix que d'engager des mesures de régulation en favorisant d'une part le stockage et d'autre part l'exportation vers des pays tiers pour dégager le marché », tout en sachant que la commission européenne sera amenée à intervenir de moins en moins sur la régulation des marchés. « Face à ce constat et à la frilosité des dirigeants politiques, il n'y a pas d'autres choix que de faire monter la pression syndicale », a-t-il ajouté avant d'engager la FDSEA à être présente sur tous les dossiers comme elle l'a toujours été et de conclure que « les agriculteurs se tourneront vers ceux qui feront des propositions ».

Gérard D'Aubigny.
Gérard D'Aubigny. - © D.R.

« Les charges ne cessent d'augmenter et l'espoir baisse dans toutes les productions »

 

Intervention de Gérard d'Aubigny, délégué cantonal d'Evaux-les-Bains. Je voudrais reprendre les termes de Philippe Monteil le jour du congrès national à Auxerre : « La FNSEA fait-elle du syndicalisme ou du spectacle ? ». Les réflexions que nous font le plus souvent les agriculteurs sont : « Mais que fait la FNSEA ? » et « quand va-t-elle défendre notre revenu ? ». Les charges ne cessent d'augmenter et l'espoir baisse dans toutes les productions. Le nombre des exploitations en difficulté explose. Nous voulons des orientations claires avec des prix rémunérateurs qui permettent de sortir un revenu décent pour faire vivre nos familles.

 

Par manque de trésorerie après trois années de crise, les agriculteurs limitent certaines dépenses comme les engrais, les phytos, le matériel. L'impasse de certains intrants va réduire les rendements, le matériel vieillit mais il faudra un jour le remplacer.

 

Je demande à tous les agriculteurs qui ont des responsabilités dans les OPA, administrateurs ou présidents, de ne pas augmenter les charges pour leurs congénères : on ne peut pas continuer à scier la branche qui nous porte. Par ailleurs, de même que la taxe professionnelle a été supprimée, il serait bon que la taxe foncière soit sinon abolie, du moins réduite. Je voudrais rappeler aussi aux responsables régionaux et à ceux de la FNB que la réforme de la PAC va coûter cher à certains agriculteurs de cantons comme le mien, qui sont à la fois naisseurs engraisseurs et producteurs de céréales : l'espoir du fameux livre blanc est vain.

 

Il faut ajouter aussi le ras-le-bol que nous éprouvons face aux réglementations environnementales et leurs contraintes excessives. On constate des contradictions entre l'Onema et la police de l'eau de la DDT sur la politique de l'eau. De plus, les contrôles sont très mal vécus par des agriculteurs en souffrance.

 

Mais ne baissons pas les bras, on peut terminer sur une note d'optimisme : l'opinion générale commence à comprendre les problèmes des agriculteurs et nous est plus favorable qu'il y a quelques années. De même le monde politique commence à prendre conscience que l'on ne peut pas totalement brader une agriculture nourricière pour le pays.

 

A propos de l’aide à la production de lait en zone de montagne

 

Intervention de Philippe Baraton, délégué cantonal du Grand-Bourg. Je pose le problème par rapport aux déclarations des surfaces PAC 2010. Dans le formulaire des demandes d'aides, les agriculteurs doivent cocher les aides qu'ils sollicitent. Pour ce qui concerne « l'aide à la production de lait en zone de montagne » elle concerne aussi les producteurs en zone de Piémont, mais à la façon dont c'est formulé et vu le manque de précision, je crains que de nombreux producteurs de lait oublient de cocher cette case.

 

Alors pour éviter cette erreur, j'invite tous les producteurs de lait en zone de Piémont à cocher cette case, s'ils ne veulent pas passer à coté de cette aide et je demande aussi, que la direction départementale des territoires (DDT) communique rapidement, pour n'évincer aucun producteur de lait dans la zone concernée.

Eric Giry.
Eric Giry. - © D.R.

« Nous n'admettons pas l'attitude des responsables nationaux »

 

Intervention d’Eric Giry, délégué cantonal de Bonnat. Je parle au nom du canton de Bonnat qui a déjà réalisé de nombreuses actions syndicales l'an passé. Je voudrais simplement rappeler à nos organisations professionnelles agricoles qu'elles sont financées par nos impôts et nos cotisations et pour cela, nous demandons d'avoir des services de qualité et compétents avec des coûts moindres car nous ne pourrons pas toujours payer. Mais ce que nous n'admettons pas c'est l'attitude des responsables nationaux comme le président de la FNSEA Jean-Michel Lemetayer qui était à Paris avec 10 000 céréaliers la semaine dernière, alors que nous, nous étions 20 000 éleveurs à Clermont-Ferrand pour défendre l'avenir de l'élevage et il n'est pas venu. Nous disons également « stop » aux règles administratives qui changent d'une année sur l'autre, comme la cartographie des déclarations PAC avec le système « Lambert 93 » qui cette année nous rabote des bouts de parcelles. A ce rythme il ne nous restera pas grand-chose à déclarer !

 

« Aujourd’hui ils se paient notre tête, mais demain ils seront à notre place... »

 

Intervention de Jacques Roussillat, vice-président des anciens. Je souhaite intervenir sur plusieurs points qui me tiennent à cœur et qui concernent tous les anciens.

 

Plusieurs départements diffusent une revue à l'attention des anciens (Regards d'aînés) payée par une cotisation personnelle et une subvention de la MSA. Cette dernière nous a, en Creuse, refusé toute participation !

 

Je tiens à rappeler qu'en Creuse, nous ne sommes pas moins de 10 000 retraités. Pour les élections à la MSA les listes ont été établies en concertation entre les représentants de la MSA et de la FDSEA et un accord a été conclu prévoyant notamment que le président des anciens siègerait au comité départemental afin de mieux nous défendre. La MSA n'a pas respecté cet accord et la FDSEA n'a pas osé en rappeler les termes.

 

Le dernier point que je souhaite évoquer concerne le voyage annuel que nous organisons avec les animatrices de la fédé. L'an dernier, nous sommes allés voir Saumur, visiter une champignoneraie et des caves. Afin de nous aider à financer ce voyage et permettre à un plus grand nombre d'y participer nous avons demandé une participation à la MSA, à Groupama, et au Crédit agricole, les trois caisses auxquelles nous avons cotisé et donc fait vivre pendant quelques décennies. Or aucune n'a eu la politesse de nous répondre même par la négative, ou bien les 55 centimes représentant le coût en vigueur d'un timbre allait-il faire exploser les budgets, aussi cette année nous joindrons à notre demande une enveloppe affranchie pour la réponse.

 

Voyez chers amis, à travers ces trois illustrations, l'estime qui nous est portée par tous ces gens censés nous défendre. Aujourd'hui ils se paient notre tête mais ils semblent tous oublier que demain ils seront à notre place. Merci.

Le préfet de la Creuse, Hugues Moutouh.
Le préfet de la Creuse, Hugues Moutouh. - © D.R.

Préfet. Son discours optimiste n’aura pas permis d’apaiser les esprits. Les agriculteurs attendent des actes.

« Marquer le chemin de l’avenir de l’agriculture creusoise »

 

Dans un contexte aussi difficile, l'intervention du préfet de la Creuse Hugues Moutouh n'aura pas permis d'apaiser les esprits malgré un discours résolument optimiste affichant même, une certaine bonne volonté. Le préfet considère que le congrès de la FDSEA reste un moment important voire essentiel d'un point de vue économique, social et politique avec un dialogue franc et parfois plein de vigueur. Il a réaffirmé que « la France a besoin de ses agriculteurs, tout comme la société française, ne serait-ce que pour mettre en valeur les espaces ruraux et nourrir la population ».

 

Parallèlement, si les mentalités évoluent, la société n'est pas toujours prête à comprendre toutes les contraintes qui s'imposent aux agriculteurs : « Quand le citoyen voit à la télé les images et entend les revendications, il est parfois sceptique, surtout quand d'autres secteurs économiques peuvent être également touchés par la crise ». Marginalisés, non, les agriculteurs ne le sont pas, puisqu'ils sont les principaux acteurs sur des questions d'avenir et notamment celle de l'alimentation.

 

La crise perdure depuis plusieurs années, toutes les productions sont aujourd'hui touchées. Pour ne citer que l'exemple du porc, la réunion du 19 avril dernier à Limoges aura rassemblé la plupart des acteurs de la filière à l'échelle nationale, confirmant un constat sans appel. Parmi les solutions proposées, il a rappelé les principales, à savoir : « Promouvoir et généraliser le label Viande porcine française, travailler avec l'appui de l'observatoire des prix et des marges pour arriver à une répartition équitable de la valeur ajoutée en tenant compte des coûts de production, définir des modes de contractualisation adaptés à la filière et enfin améliorer la gouvernance au sein de la filière. Mais cet exemple vaut aussi pour toutes les filières agricoles ».

 

Définissant le rôle des pouvoirs publics dans ce contexte d'incertitude et d'instabilité des prix et des productions, le préfet a souligné la nécessité d'agir avec les tous les acteurs. Rappelant les orientations fixées par le chef de l'État, 3 outils ont été mobilisés. « Le premier porte sur le bilan de santé de la PAC. Ainsi le Limousin et en particulier la Creuse recevra à la fin de cette année au titre des aides PAC avec le 1er et le 2ème piliers, une hausse de 7,8 % des aides par rapport à l'année précédente soit une augmentation de 8,3 millions d'euros. Le second outil porte sur la crise conjoncturelle des filières avec un plan d'aide exceptionnelle composé de prêts de trésorerie pour un encours total de 10,26 millions d'euros en Creuse indépendamment des autres dispositifs de type FAC ou des mesures d'allègement des cotisations sociales... Le troisième outil repose sur le projet de loi de modernisation agricole. Un texte bâti autour de trois axes et qui comprend, l'alimentation, la préservation des terres agricoles et le renforcement de la compétitivité des exploitations agricoles avec notamment un point important consacré à la contractualisation et la répartition équitable des marges ». À ce titre le préfet a organisé à une première table ronde le 15 avril dernier avec les acteurs en amont de la filière et ce travail sera poursuivi avec les industriels puis ensuite les distributeurs. Pour Hugues Moutouh, « la Creuse doit prendre la parole sur ce sujet essentiel pour son avenir mais elle doit aussi formuler ses propositions au niveau national et même au niveau communautaire ».

 

En conclusion, le préfet n'a pas manqué de rappeler que « l'État est au service des creusois » et qu'il utilisera tous les moyens qu'il a à sa disposition pour « marquer le chemin de l'avenir de l'agriculture creusoise ».

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