La Creuse Agricole 19 août 2009 à 14h22 | Par Guillem Boyer

Energies renouvelables - Bientôt de l'électricité par méthanisation

Au Chauchet, l'EARL de la Salle devrait être parmi les tout premiers en France à mettre en place cette technique déjà beaucoup plus répandue outre-Rhin.

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Jean-François Giraud est un des premiers agriculteurs de France à installer la méthanisation dans son exploitation.
Jean-François Giraud est un des premiers agriculteurs de France à installer la méthanisation dans son exploitation. - © D.R.

Il y a quelques semaines, la presse s'est de nouveau fait écho d'une polémique récurrente : la pollution due aux vaches. Les bovins seraient un important émetteur de gaz à effet de serre, de méthane (par les haleines et aussi le fumier) et donc seraient responsables, avec d’autres, du réchauffement climatique.

Afin de diminuer la quantité de gaz à effet de serre émis, certaines techniques de retraitement du fumier ont vu le jour, qui permettent de réduire les émissions de méthane et de produire de l'électricité. Au Chauchet, dans l'Est creusois, l'EARL de la Salle a en cours un projet d'installation de cette technique.

Dans le champ situé en face de la ferme et des habitations, les vaches laitières de Jean-François Giraud et Béatrix Barré paissent tranquillement. Elles ignorent que bientôt leur fumier se transformera en électricité grâce à la technique de la méthanisation. La base de cette technique est donc la récupération des fumiers des ruminants pour valoriser le biogaz qui en est issu. Ici, il s'agira du fumier des bovins de l'EARL et de celui des fermes voisines, avec lesquelles Jean-Fraçois Giraud dit entretenir « un environnement d'entraide important ».

Nécessité et vertu

« On extrait le gaz des fumiers en le brassant et en le chauffant, explique Jean-François Giraud, membre de l'EARL. Le gaz est envoyé dans un moteur qui va entraîner une génératrice. » Électricité et chaleur seront ainsi produites. L'électricité sera vendue à EDF. La chaleur va permettre le chauffage de l'habitation, de la salle de traite, de l'eau des vaches, le séchage des foins et aussi du lieu-dit où se trouve la ferme, à Cherchaud, au Chauchet.

Ce choix d'élever une unité de méthanisation dans l'exploitation s'est fait par nécessité. En 2004, l'EARL ayant face à elle la contrainte de la mise aux normes de l'élevage (fosse de stockage étanche, fumière étanche), « nous avons recherché la possibilité de faire mettre aux normes sans que cela ne soit qu'un coût... », explique Jean-François Giraud. Ils découvrent cette production, déjà assez courante en Allemagne, où plusieurs milliers d'exploitations sont équipées.

Le procédé a aussi d'autres avantages qu'économiques, comme de rendre moins odorants les effluents de l'exploitation. Les associés font appel au cabinet d'études Aria, à Toulouse, pour connaître la faisabilité du projet. « Ce n'est pas facile de faire quelque chose de nouveau en France », explique, souriant, l'agriculteur. En 2004, il n'y avait que deux installations de méthanisation à la ferme en France… Il y en avait six l'an passé. Cinq longues années que le projet est lancé… Jean-François Giraud impute cette lenteur aux manques d'habitudes des pouvoirs publics à traiter ce type de projets. « Les personnes que nous avons rencontrées à l'Ademe , à la région, au conseil général, à la préfecture étaient intéressées et réceptives..., admet-il, mais dès que nous entrions dans le détail de la réglementation, il y a un grand nombre de carences.»

Le dossier, aujourd'hui bouclé ou presque, a mis quatre ans à se faire. « Mais le ministère de l'agriculture cherche à promouvoir ces installations, explique Jean-François Giraud. Il devrait y en avoir plusieurs dizaines de créées dans les prochaines années… avec des délais plus courts ! ».

500 000 kilowatts heure par an

Le financement est aujourd'hui calé. Le coût total de l'installation est de 645 000 euros hors taxe. Les subventions sont venues du Conseil général (18 000 euros), du conseil régional (36 000 euros), de l'Ademe (1) (47 000 euros), du Ministère de l'agriculture (83 000 euros) et bientôt du Feder (2) (78 000 euros). Jean-François Giraud explique que les travaux devraient commencer en septembre et durer entre quatre et six mois. Il espère une mise en route en décembre 2009. « Ce serait la bonne période, notamment pour le stockage de la matière organique. Les animaux sont à l'étable. » Des sociétés allemandes devraient intervenir pour le transport et l'installation du matériel.

Quand l'unité marchera, elle devrait produire entre 450 000 et 500 000 kilowatts heure par an, pour 3 000 à 5 000 m3 de matière organique traitée, annonce l'agriculteur. Il explique qu'EDF a obligation de les racheter pendant 15 ans, avec réindexation du prix, qui sera de 15 centimes par kilowatt heure, au départ.

Basée à côté de la ferme, l'installation consistera en deux grosses cuves partiellement enterrées, coiffées de bâches pour conserver le méthane. Deux tuyaux relieront les fosses au moteur situé dans une cabane à proximité des cuves. L'électricité une fois produite partira dans le réseau électrique EDF. « Nous facturerons à EDF l'électricité produite. » Autre avantage, l'installation ne demandera que peu d'entretiens.

Le produit sera plus facilement assimilable, sans odeurs, bref, plus pratique pour l'épandage. Enthousiaste, Jean-François Giraud a encore le projet de récupérer les tontes de pelouse des Sictom (3) environnants. « Nous allons participer à une réduction des gaz à effet de serre équivalent à la pollution générée par 111 Français, produire en électricité la consommation de 160 foyers », s'exalte aussi l'agriculteur creusois. Lui et son associée espèrent que ces longs et coûteux efforts pour l'environnement lui seront bénéfiques, en terme économique, et pour la notoriété des produits de son verger (pommes, jus et confitures).

(1) Agence de développement et de la maîtrise de l'énergie.

(2) Fonds européen de développement économique et régional

(3) Syndicat intercommunal traitement ordures ménagères.

Les deux grosses cuves seront placées à proximité de l’étable.
Les deux grosses cuves seront placées à proximité de l’étable. - © D.R.

L'exploitation

L'EARL de la Salle (deux associés) est une exploitation agricole de polyculture élevage sur 168 hectares dont 10 de verger (pommes), 30 de céréales de consommation pour les animaux, 30 de maïs/fourrage et 98 de prairie.

Le troupeau comprend entre 130 et 150 animaux. Cinquante-cinq vaches laitières pour un quota droit à produire de 500 000 litres.

Jean-François Giraud et Béatrix Barré emploient trois salariés permanents et des saisonniers pour le verger.

Le coexploitant

Jean-François Giraud est installé depuis 1983. Sa famille est sur les terres depuis fort longtemps, explique-t-il, citant Léonard Boron, un aïeul de 19ème génération, qui labourait déjà ses terres. Beaucoup plus récemment, en 1972, le troupeau traditionnel de Charolais a été remplacé par un troupeau Bovin lait.

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