La Creuse Agricole 04 novembre 2009 a 10h50 | Par A.M.

Energie renouvelable - Photovoltaïque : premiers retours d'expériences en Limousin

En mai et juin derniers, les premières centrales photovoltaïques sur des bâtiments agricoles, en Limousin, ont été connectées au réseau électrique.

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La première installation.
La première installation. - © D.R.

Situées sur trois sites en Corrèze, ces centrales photovoltaïques sur des bâtiments agricoles permettent de réaliser un suivi dans des conditions climatiques diverses. Elles ont également permis aux techniciens des chambres d’agriculture de chiffrer certains travaux (raccordement essentiellement) qui n'étaient pas encore réalisés.

Première installation : 200 m2, Sud-Corrèze, un des territoires les plus ensoleillés de la Région
Puissance : 25,2kWc (1)
Orientation : Plein Sud Pente : 30 %
Production prévisionnelle : 26 820 kWh/an soit un rendement de 1 063 kWh/kWc/an. Cette production annuelle correspond à la consommation électrique de 7 foyers de 4 personnes (2)

Données technico-économiques

Quelques travaux de réfection de toiture ont été nécessaires. En comptabilisant l’ensemble des investissements (matériels, raccordement, travaux sur toiture, main d'œuvre, etc.), on parvient à un investissement de 130 000 euros, soit 5,16 euros/Wc installé. Le revenu EDF devrait atteindre 16 140 euros/an. Si l’on tient compte de l'ensemble des charges (annuités de l'emprunt, assurances, abonnement du compteur EDF, etc.), ainsi que de l'auto-construction effectuée, le retour sur investissement devrait approcher les 12 ans.

Le porteur de ce projet est bien conscient que le photovoltaïque n'est pas l'investissement capable de l'enrichir outre mesure. Selon lui, pour qu’un projet photovoltaïque (PV) soit rentable, il est nécessaire de mettre la main à la pâte ainsi que de limiter le montant de l'emprunt en effectuant un apport personnel.

Les raisons de son investissement sont multiples :
- Faire voir que les agriculteurs s'intéressent, comme tout le monde, aux problèmes liés à l'environnement ;
- Raisonner son système d'exploitation ;
- Obtenir une entrée d'argent ;
- Continuer sa démarche sur les économies d'énergie et sur les énergies renouvelables d'ores-et-déjà entreprise avec l'installation de capteurs solaires thermiques sur son habitation pour la production de chauffage et d'eau chaude sanitaire.

Entre le jour de la 1ère réflexion et le raccordement au réseau, il se sera écoulée 14 mois, afin de bien mûrir le projet.

La deuxième installation.
La deuxième installation. - © D.R.

Deuxième installation : 150 m2, au pied des Monédières

Puissance : 19,04kWc (1)
Orientation : Sud-Ouest (35 ° Sud)

Pente : 30 %
Production prévisionnelle : 19 620 kWh/an, soit un rendement de 1 031 kWh/kWc/an. Cette production annuelle correspond à la consommation électrique de 5 foyers de 4 personnes (2)

Données technico-économiques

Elle a été implantée sur un nouvel appentis. L'investissement total (avec raccordement EDF, mais hors bâtiment) atteint les 98 000 euros, soit 5,15 euros/Wc. En comptabilisant le bâtiment, on atteint les 5,40 euros/Wc installé. Le revenu EDF devrait atteindre 11 800 euros /an. Si l'on tient compte de l'ensemble des charges (annuités de l'emprunt, assurance, abonnement du compteur EDF), ainsi que la main d'œuvre de l'agriculteur, le retour sur investissement devrait approcher les 13 ans. Avec le bâtiment, le retour sur investissement atteindrait les 13,5 ans environ.

Les raisons de l'investissement dans le photovoltaïque pour l'agriculteur sont nombreuses :
- C'est une énergie propre, qui n'engendre ni pollution, ni rejets ;
- Un bâtiment devait être réhabilité, valoriser la toiture de celui-ci avec des panneaux solaires photovoltaïques semblait intéressant ;
- Faire un bâtiment de stockage esthétique, qui s'insère bien dans le paysage ;
- Permettre d'obtenir un revenu garanti à l'exploitant.

D'autant que cette démarche environnementale avait déjà été amorcée depuis quelques années. Par exemple, en 2005, la nouvelle bergerie avait été construite sur un ancien bâtiment en pierres, surmonté d'une charpente bois pour l'intégration paysagère.

Auparavant, l'agriculteur avait déjà mis en place la collecte des huiles usagées, des plastiques, ainsi que le tri des ferrailles, bidons phyto, sacs plastiques, et ce depuis longtemps.

D'autres projets se profilent déjà à l'horizon. En effet, si cette première année de fonctionnement est conforme à l'étude de productible réalisée par l'installateur, l'idée serait de recouvrir la grange qui suit l'appentis désormais recouvert.

Entre le jour de la 1ère réflexion (visite du technicien de la chambre d'agriculture) et le raccordement au réseau, il se sera écoulée 17 mois, afin de visiter des réalisations, de rencontrer plusieurs installateurs, etc.

La troisième installation
La troisième installation - © D.R.

Troisième installation : 140 m2, sur les hauteurs d'Argentat, région bénéficiant d'un excellent ensoleillement
Puissance : 19,44 kWc (1)
Orientation : Sud
Pente : 30 % Production prévisionnelle : 20 800 kWh/an, soit un rendement de 1 070 kWh/kWc/an. Cette production annuelle correspond à la consommation électrique de 5 foyers de 4 personnes (2)

Données technico-économiques

La centrale a été implantée sur un hangar de stockage existant. L'investissement total (avec raccordement EDF) atteint les 132 000 euros. Une aide régionale a pu être perçue pour ce projet. Le revenu EDF devrait atteindre 12 500 euros /an. Si l'on tient compte de l'ensemble des charges (annuités de l'emprunt, assurance, abonnement du compteur EDF), le retour sur investissement devrait approcher les 13 ans.

Les raisons de l'investissement dans le photovoltaïque pour l'agriculteur sont essentiellement liées à des questions environnementales.

A la suite d'un bilan PLANETE, effectué en 2007, concluant sur des consommations électriques importantes du fait de l'utilisation de systèmes d'alimentation automatique, l'agriculteur se voit proposer par le technicien de la chambre d'agriculture l'implantation d'une centrale photovoltaïque sur la toiture d'un de ses bâtiments. L'objectif était de compenser la consommation d'électricité de l'exploitation par la production d'énergie à partir d'une source renouvelable. Finalement, afin de réduire les coûts, il a été décidé d'installer une centrale d'une vingtaine de kilowatts, produisant le double de la consommation de la ferme. Aucune autre piste d'amélioration n'avait été trouvée, étant donné le système de production bovin très peu énergivore mis en place (faible chargement, très peu d'engrais, etc.).

Ensuite, c'était aussi un moyen de se diversifier, à une époque où l'on incitait les éleveurs à le faire : porcs, poulets, etc. Néanmoins, ces autres productions induisent du travail en plus, contrairement au photovoltaïque.

Les autres projets en réflexion concernent l'extension de la surface solaire ainsi que la production de chauffage et d'eau chaude sanitaire pour la maison d'habitation à partir d'une source renouvelable : bois ou solaire thermique.

Entre le jour de la 1ère réflexion (visite du technicien de la chambre d'agriculture) et le raccordement au réseau, il se sera écoulée 20 mois.

Le bilan

En conclusion sur ces divers projets, on constate que les motivations de chacun se recoupent : participation à la protection de l'environnement, diversification et revenu complémentaire, sont finalement les principales motivations des porteurs de projets photovoltaïques. Il est vrai qu'avec un tarif de départ plutôt conséquent, et un retour sur investissement de 12 ans minimum une fois que tout a été comptabilisé, il faut une bonne motivation pour mener son projet à bien !

Enfin, il est très intéressant de constater que sur ces quatre premiers mois de service, la production est excédentaire à hauteur de 10 à 30 % selon le mois considéré.

Aujourd'hui, le prix des panneaux a bien baissé. De ce fait, les retours sur investissements des projets atteignent les 12 ans maximum, avec des apports financiers bien moins importants. Néanmoins, étant donné la révision des tarifs d'achats de l'électricité produite par les panneaux solaires photovoltaïques (Cf. article paru dans la Creuse agricole et rurale du 16 octobre), les retours sur investissement risquent d'être à la hausse tant que le prix des panneaux ne chutera pas.

L'équipe photovoltaïque des Chambres d'Agriculture du Limousin

(1) « Wc » signifie Watt-Crête. C'est l'unité utilisée en énergie photovoltaïque pour exprimer la puissance d'un système. Le Watt-Crête correspond à la puissance que peut délivrer un panneau solaire dans les conditions de laboratoire (25 °C, 1 000 W/m2, AM1,5).

(2) Basée sur la consommation électrique d'un foyer hors chauffage. Elle est évaluée à 4 000 kWh/an.

Contacts

Arnaud Schreiner - Chargé de mission énergie (CRAL)
Laurent Condat - Conseiller juridique et chef de projet photovoltaïque (CDA 19)
Renaud Selles - Conseiller bâtiment et photovoltaïque (CDA 23)
Jean-Paul Barrière - Conseiller bâtiment et photovoltaïque (CDA 87)
Frédéric Moreau - Conseiller machinisme et énergie (CDA 87)

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