La Creuse Agricole 01 mars 2017 à 08h00 | Par Sophie Chatenet

Détour autour du lait par la « Petite Pologne »

Trois jeunes agriculteurs d’Auvergne-Rhône-Alpes se sont rendus à Malopolska en Pologne, fin janvier. Échanges et visites d’exploitations laitières ont permis à chacun d’évaluer les passerelles possibles.

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Parmi le programme de visite : une laiterie, plusieurs fermes, un centre d’insémination… (© JA AURA) Les agriculteurs français ont notamment visité l’une des 40 dernières fermes collectives, abritant pas moins de 900 vaches. Prochaine étape pour les français : rencontrer les dirigeants agricoles au ministère &agr © JA AURA Convivialité et échanges au menu du séjour polonais. © JA AURA

Initié par la chambre régionale d’agriculture de Rhône-Alpes, le partenariat entre les agriculteurs français et la Pologne a été repris cette année par les Jeunes Agriculteurs d’Auvergne-Rhône-Alpes. Après avoir accueilli les polonais en 2016, ce sont les jeunes français qui se sont rendus du 29 janvier au 2 février dernier, à Malopolska. Baptisée « Petite Pologne » car elle en est un condensé, la région de Malopolska est située au sud de la Pologne, près de la frontière avec la Slovaquie et la République tchèque. Comptant 3,25 millions d’habitants (8,5 % de la population polonaise), la Voïvodie de la Malopolska est la 5e région la plus riche de Pologne, avec le taux de chômage le plus faible du pays. Elle dispose par ailleurs d’une activité universitaire reconnue au niveau international due à la présence de l’Université Jagellonne de Cracovie. La région de Malopolska privilégie aussi fortement le tourisme avec des sites tels que Cracovie, Zakopane et les Tatras. Les industries traditionnelles en cours de restructuration (industrie minière, métallurgie ou chimie lourde) continuent d’occuper une place importante dans l’économie régionale. D’autres industries, à fort potentiel, prennent néanmoins le relais, telles que l’industrie pharmaceutique, l’informatique ou les télécommunications. Au niveau agricole, la « Petite Pologne » se caractérise par des exploitations de petite taille (2,5 à 4 ha et 33 % des fermes entre 1 et 2 ha). Seulement un quart de ces exploitations tirent un revenu uniquement de leur activité agricole. La pluriactivité est par conséquent une nécessité économique et dans ces conditions, le tourisme à la ferme forme un débouché non négligeable pour de nombreux petits exploitants.

Main d’œuvre bon marché
Matthieu Grange, Nicolas Geslin, éleveurs dans l’Ain, et Yannick Girin, éleveur dans le Rhône, accompagnés d’Anaïs Mager, animatrice de JA Aura ont donc découvert une région de montagne diversifiée où il est difficile de déceler une ferme moyenne tant les écarts entre les structures sont immenses. Là-bas les fermes de 400 vaches côtoient celles de 4 vaches. L’entrée de la Pologne dans l’Union européenne en 2004 a accéléré ce phénomène. L’embargo russe et les quotas ont condamné de nombreuses petites structures¹. Pour autant, la ferme polonaise a su tenir son niveau de production, à la faveur d’un effort sur la productivité par vache. La production moyenne par vache est de 6 000 kg par an. Elle progresse de 3 % par an. Au détour de visites de laiteries et de coopératives, les jeunes polonais se sont avérés très demandeurs d’informations sur la génétique, sur la technicité. Des sujets sur lesquels, la France demeure pour eux un modèle. Si les polonais avouent être moins touchés que d’autres pays européens par la crise laitière, c’est essentiellement grâce à des coût de main d’œuvre moins élevés. Quand en Auvergne-Rhône-Alpes, le seuil de rentabilité de la production laitière a été évalué à 346 euros/1 000 litres, en Pologne, il ne dépasse pas les 200 euros/1 000 litres. La légende du plombier polonais n’en était pas une… Le faible coût de la main d’œuvre ne les exonère pourtant pas de la recherche de valeur ajoutée.

Pas de contractualisation, ni d’identification
« Les agriculteurs qui ont un faible effectif amènent leur lait vers un point de ramassage collectif. Dans la région de Malopolska, il y a davantage de petits producteurs qu’ailleurs », raconte Anaïs Mager. Le lait est transformé en lait de consommation, beurre, poudre, fromage dont le local l’Oscypek (fromage au lait de brebis et de vache). Problème : aucun produit ne bénéficie d’une identification spécifique pouvant induire une valorisation substantielle. En outre, il n’existe aucune contractualisation entre les producteurs et leurs entreprises ou coopératives. « Des pistes sont avancées par les coopératives s’organiser », poursuit l’animatrice.

Beaucoup d’export
La vente directe y est très peu développée. En raison de normes très strictes, la transformation des produits à la ferme était jusque-là interdite. Une loi autorisant la vente à la ferme vient d’être adoptée, mais les contours en sont tellement flous, qu’aucun agriculteur ne veut s’y aventurer de peur des sanctions. Les produits laitiers sont donc majoritairement vendus via les entreprises ou les coopératives sur le marché intérieur. 31 % de la production est exportée, dans les pays de l’est en particulier.

1. En 2013, on dénombrait en Pologne, 150 000 troupeaux de moins de 5 vaches. [retour]

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