La Creuse Agricole 25 novembre 2009 à 14h31 | Par Sabine Durudaud, conseillère installation pôle installation transmission de la Chambre d'agriculture de la Creuse - Valérie Moreau, conseillère diversification

Chambre d'agriculture de la Creuse - pôle installation-transmission - Prendre le temps d’étudier le projet

Il faut un certain savoir-faire pour réussir l'installation avec un projet en vente directe.

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Nicolas Leroux.
Nicolas Leroux. - © D.R.

En plus des préconisations générales liées à toute installation, quelques règles spécifiques s'imposent pour qu'une installation avec une production commercialisée en vente directe s'effectue dans de bonnes conditions : Prendre le temps de définir le projet et d'étudier les opportunités de marché à saisir.
Etudier le marché : quels produits vendre ? à quel prix ? où ? quel positionnement par rapport aux autres producteurs (concurrence ou complémentarité) ?
Maîtriser le cadre réglementaire lié à la vente directe.
Définir les investissements nécessaires.
Privilégier la formation pour acquérir les compétences techniques « la transformation, c'est un métier à part entière ».
Investir dans la communication ; il faut se faire connaître. Adhérer éventuellement à un réseau de producteurs.
Prendre en compte le temps de travail nécessaire avec le cumul des fonctions de production, de transformation, de prospection et de vente.

Nicolas Leroux nous apporte son expérience

La diversification : « Une solution pour m'installer »

« Après un Bac scientifique, je me suis d'abord orienté vers un BTSA avec l'objectif de travailler dans le para agricole, avant d'envisager une installation. La formation a déclenché mon désir d'installation. J'ai alors commencé à rechercher du foncier et à me constituer un petit capital. En 2004, alors que j'étais assistant d'éducation, j'ai pu m'affilier exploitant à titre secondaire avec 12 ha et vente de fourrages ; dans le même temps j'ai poursuivi mes recherches de foncier avec l'idée de développer un élevage de bovins viande sur le secteur du Moutier d'Ahun. Aucune opportunité de disponibilité en foncier ne s'est concrétisée.

Au cours de l'année 2008, ma réflexion s'est portée sur la production caprine, moins exigeante en hectares, avec l'idée de vendre le lait à une laiterie. Après recherche d'informations, j'ai du envisager la transformation fromagère car mon exploitation ne se situait pas sur le circuit de collecte de la laiterie. »

« Valérie Moreau, (conseillère en diversification à la Chambre d'agriculture) m'a mis en relation avec un exploitant qui cessait son activité caprine avec transformation fromagère. Il envisageait de vendre le cheptel, le matériel de traite, ainsi que la fromagerie (démontable). De plus, il m'a proposé de me transmettre son savoir-faire en matière de transformation et de me faire connaître sa clientèle. Après réflexion, je me suis rendu compte que le transfert de cette activité sur ma propre structure était réalisable. Un élément capital a joué, c'était l'assurance de bénéficier de toute l'expérience du cédant dans le domaine de la transformation fromagère. »

Un projet avec l'appui de DIVA

« J'ai pu enclencher les démarches liées à l'installation, mon stage 6 mois étant déjà validé, je me suis inscrit pour le stage 40 heures à l'automne 2008. Par ailleurs, j'ai contacté les banques pour leur présenter mon projet et j'ai fait établir des devis pour le bâtiment (élevage, transformation et vente). Avec les conseillers de la Chambre d'agriculture (GDA d'Ahun et pôle installation-transmission), j'ai réalisé le plan de développement de l'exploitation, cet accompagnement étant pris en compte dans le cadre de DIVA. Cette mesure m'a permis de bénéficier d'un suivi personnalisé, ce qui m'a particulièrement facilité la tâche pour les démarches administratives.

Mon dossier d'installation a été présenté à la commission départementale d'orientation agricole (CDOA) de décembre 2008. L'installation s’est concrétisée début mai 2009 après une période de transition où le cédant m'a accompagné comme il me l'avait promis. »

Adapter le système pour gérer à la fois une production, une transformation et un circuit commercial

« Depuis mon installation je ne compte pas mes heures de travail : construction du bâtiment, transformation fromagère, commercialisation sur les marchés d'été, etc.

Afin d'alléger la charge de travail, j'ai du faire le choix d'une seule traite par jour (le matin). J'aimerais dégager du temps pour me consacrer à ma vie de famille, et pour m'impliquer dans la vie locale (je suis conseiller municipal !).

Je commercialise ma production sur 3 marchés et je développe la vente à la ferme. Par ailleurs, je mise sur le créneau de vente auprès des restaurateurs des épiceries et des comités d'entreprise. Ce mode de commercialisation facilitera l'organisation de mon emploi du temps.

J'ai fait le choix d'adhérer à Bienvenue à la ferme qui est un réseau connu avec une bonne image ; pour moi, c'est un moyen de me faire connaître et je bénéficie d'outils de communication. »

Une entreprise en pleine évolution

« Aujourd'hui, je n'ai pas suffisamment de recul pour faire un réel bilan. Il faut laisser passer au moins une année complète ; ce qui est sûr, c'est que je ne regrette pas mon choix. Le système serait sécurisé avec la possibilité d'écouler une partie de la production de lait à une laiterie. Et, pour me ménager une plus grande marge de sécurité, j'aurais du choisir des annuités moins importantes avec une durée de remboursement plus longue.

Je dois encore travailler sur la promotion de mes produits, en obtenant l'agrément CE ; et en rejoignant le groupe régional « Les Tommes Fermières ».

Un conseil : savoir prendre son temps de réflexion

« Pour ceux qui souhaitent créer une activité de diversification, il faut prendre le temps de réfléchir et d'étudier le marché potentiel et son environnement : quels sont les produits commercialisés et à quels prix… Je pense qu'il faut alors se positionner sur des créneaux de complémentarité et de proposer des produits qui se démarquent.

Et, pour ceux qui s'installent avec reprise d'une activité de diversification, je leur conseille de bien analyser la rentabilité et d' établir les modalités de la reprise avec le cédant, les relations de confiance avec le cédant sont toujours à privilégier.

Pour ma part, si je pouvais revenir en arrière, je me serais moins précipité et j'aurais mieux raisonné mes investissements et mon financement. J'aurais pu comparer plusieurs devis, et j'aurais pu être en situation de prétendre à davantage de subventions d'investissement. »

Nicolas Leroux

« La Vaurette », Le Moutier-d'Ahun
Age : 27 ans
Originaire de la Creuse, petit-fils d'exploitant agricole
Titulaire d'un BTSA ACSE
Expérience de 5 ans comme assistant d'éducation.
Exploitant à titre secondaire depuis 2004.

L’exploitation

SAU : 26 ha78.
Assolement 2009 : 5,60 ha de céréales ; 8,38 ha de PP, 12,8 ha de PT
100 chèvres.
Lait tout transformé : fromage frais et affiné
Commercialisation : vente directe à la ferme, marchés, restaurateurs, dépôts.
Adhérent Bienvenue à la ferme.

En Creuse, 52 adhérents à Bienvenue à la ferme.
En Creuse, 52 adhérents à Bienvenue à la ferme. - © D.R.

Le réseau DIVA

Le réseau DIVA est un dispositif d'accompagnement pour les porteurs de projet agricoles et agri-ruraux. Le conseil régional du Limousin propose depuis début 2008 ce dispositif.

DIVA, c'est avant tout un réseau de partenaires identifiés par le conseil régional.

Les trois objectifs du réseau DIVA :
- Favoriser l'accueil et l'installation de nouveaux agriculteurs, de nouveaux résidents.
- Encourager et promouvoir les initiatives locales ; l'emploi, la création ou le développement d'activités agricoles et agri-rurales.
- Accompagner les mutations du monde rural.

Trois types d'intervention peuvent être proposées dans le cadre de DIVA : l'appui à l'émergence, l'appui au montage et le suivi post-création.

L'aide de la Région Limousin intervient pour les conseils et couvre 80 % des dépenses ; elle est plafonnée à 4 500 euros€ par bénéficiaire pour l'ensemble des services.

Le réseau s'adresse :
- Aux porteurs de projets résidant en Limousin, en activité (agricole ou autre), en reconversion professionnelle ou sans activité et qui souhaitent créer ou développer de nouvelles productions, mettre en place des services, créer leur propre activité dans le domaine agricole.

La Chambre d'agriculture est référencée comme structure pouvant accompagner les porteurs de projet.

Le réseau Bienvenue à la ferme

Au niveau national, 5 800 agriculteurs développent aujourd'hui l'accueil touristique sur leur exploitation et sont regroupés depuis 1988 au sein de Bienvenue à la ferme, marque et réseau des Chambres d'agriculture. Ce réseau a structuré un ensemble de prestations sous quatre thématiques : gastronomie, hébergement, loisirs-découverte et services.

En Creuse, 52 adhérents sont regroupés et proposent différentes formules : les produits de la ferme, les goûters à la ferme, les fermes auberges, les fermes équestres, les fermes pédagogiques, les fermes de découvertes, les hébergements à la ferme.

Avec ce réseau, les producteurs bénéficient du suivi de leur exploitation avec la commission « visite et conseil » ; de la promotion de leurs produits avec les catalogues de promotions, le site internet départemental, la présence sur différents salons (dont le salon de l'agriculture) ; de l'organisation des marchés, d'une porte-ouverte, des repas fermiers ; de la mise en place des marchés de producteurs de pays ; de la signalétique.

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