La Creuse Agricole 07 janvier 2010 a 09h49 | Par D. Didier Guérin (GDS Creuse ; www.gdscreuse.fr)

Bilan 2009 et orientations 2010 - « Des raisons d’y croire, des défis à relever » : les orientations de GDS Creuse pour 2010

« La crise que le monde subit actuellement nécessite d’inventer du nouveau », dit Michel Serres. Les profondes empreintes de l’agriculture et de la santé impliquent fortement les éleveurs et leur représentant sanitaire, leur GDS.

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Michel Serres, philosophe des sciences, indique : « En agriculture, transports, santé, démographie, informatique, conflits, des bouleversements gigantesques ont transformé notre condition comme jamais cela n'était arrivé dans l'histoire. (…) Si nous vivons une crise, aucun retour en arrière n’est possible, il faut donc inventer du nouveau ».
Michel Serres, philosophe des sciences, indique : « En agriculture, transports, santé, démographie, informatique, conflits, des bouleversements gigantesques ont transformé notre condition comme jamais cela n'était arrivé dans l'histoire. (…) Si nous vivons une crise, aucun retour en arrière n’est possible, il faut donc inventer du nouveau ». - © D.R.

Lors de la journée GDS Creuse/GTV23 du 24 novembre dernier, Vincent Chatellier, économiste et ingénieur de recherches à l’INRA, a conclu son intervention ainsi : « Des raisons d’y croire, des défis à relever » (voir article paru dans notre édition du 4 décembre 2009). Parallèlement, dans « Temps des crises » (Ed. Le Pommier) du neuf septembre 2009, Michel Serres, philosophe des sciences, indique : « En agriculture, transports, santé, démographie, informatique, conflits, des bouleversements gigantesques ont transformé notre condition comme jamais cela n'était arrivé dans l'histoire ». Il ajoute : « La crise lance le corps ou vers la mort ou vers une nouveauté qu’elle force à inventer », en complétant plus loin : « Beaucoup craignent cette obligation d’inventer ».

« Si nous vivons une crise, aucun retour en arrière n’est possible, il faut donc inventer du nouveau » - Michel Serres

Deux mille neuf a vu une situation particulièrement dégradée pour l’ensemble des productions agricoles. Cette crise concerne, au-delà de l’agriculture, l’ensemble de notre société et de la planète. Face à ce contexte difficile pour chacun, les réactions sont variées mais montrent un net repli sur soi avec un souhait de retour à un état antérieur. Cela constitue une réponse première logique, largement partagée et évoquée, mais malheureusement inadaptée. Du fait de cette complexité, de ce manque de lisibilité, des fortes inquiétudes légitimes qui en découlent, je me permets, à cette période de redéfinition de nos objectifs à chacun, d’aller puiser des éléments de réflexion au delà de notre périmètre habituel. Cela va nous montrer, en retour, l’importance de l’agriculture et de la santé dans notre monde et les changements observés et, par voie de conséquence, les fortes implications que cela génère pour nos élevages avec « cette obligation d’inventer » que cela induit.

Des nouveautés millénaires, les six « événements » du séisme, le 1er, l’agriculture…

Dans « Temps des crises », Michel Serres indique que le séisme que l’on vit actuellement s’est pleinement préparé depuis 1950 avec six « événements » majeurs. Le premier, le plus profond, est la disparition de la majorité paysanne. En 1900, il y a en Occident 60 à 65 % de paysans. En l'an 2000, il en reste 1,8 %. Cette chute brusque des populations rurales, qui va gagner rapidement les autres parties du monde, marque la fin d'une période qui a commencé... avec le néolithique. C'est donc un bouleversement considérable dont les conséquences commencent seulement à se faire sentir. Les anciens s’appuient sur des schémas révolus. Les nouvelles générations n’ont jamais connu ce qu’est un élevage, ignorent les aléas des pratiques agricoles. Le citoyen-consommateur « croit à la bonté de la nature et à la mansuétude des tigres ».

… et aussi, les transports, la santé, la démographie, les connexions et les conflits

La mobilité des personnes, mais aussi fruits et légumes, animaux, insectes, bactéries, virus… a crû mille fois entre 1800 et aujourd’hui avec tous les risques que cela engendre (épizooties, pandémies, etc.). La progression fantastique des outils de santé depuis 1950 nous a fait passer d’une ère du « le pathologique était normal, au moins par sa fréquence » à « la santé devint la norme » avec toutes les attentes et attentions que cela a engendré chez le citoyen-consommateur. Le nombre des humains est passé de deux à plus de sept milliards, majoritairement urbains. Dans les pays riches, l’espérance de vie progresse de 3 à 6 mois par an ! Les nouvelles technologies changent nos liens. « Le connectif remplace le collectif ». L’information est disponible en masse mais sans hiérarchisation. Enfin, en matière de conflit, la 2ème guerre mondiale fut le « 1er conflit où les humains réussirent à tuer plus de leurs semblables que ne le firent les microbes et les bactéries qui se rencontraient au cours et à l’occasion des précédents affrontements ». Face à ce séisme, Michel Serres demande la prise en compte de ce qu’il appelle « la Biogée, ainsi nommée pour dire la Vie et la Terre » et qu’elle soit pleinement représentée dans les instances internationales de manière collective, au delà des intérêts individuels. Cette représentation doit être investie par les agriculteurs et, notamment, les éleveurs. Dans notre domaine, la santé animale, les instances européennes, nationales et nous-mêmes avons pris en compte cette problématique.

Dans notre domaine, la santé animale, les instances européennes, nationales et nous-mêmes avons pris en compte cette problématique.
Dans notre domaine, la santé animale, les instances européennes, nationales et nous-mêmes avons pris en compte cette problématique. - © D.R.

Pour l’Union européenne, « Mieux vaut prévenir que guérir » avec des normes élevées reconnues dans les échanges

La Commission européenne a lancé une réflexion appelée : une nouvelle stratégie de santé animale pour l’Union Européenne (2007-2013) placée sous la devise « Mieux vaut prévenir que guérir » avec comme objectifs de garantir un niveau élevé de protection de la santé publique et de la sécurité alimentaire ; de promouvoir la santé animale en prévenant et réduisant l’incidence des maladies animales et, par là même, soutenir l’élevage et l’économie rurale ; d’améliorer la croissance économique et la compétitivité en assurant la libre circulation des marchandises et les mouvements des animaux et de promouvoir des modes d’élevage avec une politique du bien-être animal pour prévenir les menaces liées à la santé animale et minimiser les retombées sur l’environnement.

Les 28 pages du dossier complet de présentation sont consultables à l’adresse suivante :
http://ec.europa.eu/food/animal/diseases/strategy/animal_health_strategy_fr.pdf

Pour la France, « Les états généraux du sanitaire » pour une (r)évolution de notre organisation sanitaire

Le ministère de l’agriculture organise des Etats Généraux du Sanitaire du 19 janvier au mois d’avril avec nombre de sujets importants : Fonds sanitaire et financement du sanitaire, organisation de la surveillance épidémiologique, définition des Organismes à Vocation Sanitaire (OVS), acte, mandat et certification sanitaires, organisation de la lutte contre les maladies non-réglementées, médicament vétérinaire, etc. Dans cette réflexion qui va orienter durablement l’avenir du schéma sanitaire français, les GDS seront présents avec une demande de prise en compte des évolutions de l’élevage et des délégations qui doivent être liées tout en garantissant une cohérence collective.

Pour GDS Creuse, une approche sanitaire globale technique et économique

Malgré le faible impact des frais sanitaires dans la totalité des charges, la gestion sanitaire du troupeau peut avoir des conséquences importantes. GDS Creuse a élaboré des outils (introductions, prophylaxies, plans de lutte et de prévention, etc.) avec un retour individuel et collectif pour un partenariat pleinement efficace pour l’éleveur alliant l’expertise sanitaire collective de GDS Creuse et l’expertise individuelle du vétérinaire (au niveau de l’animal mais aussi du troupeau). Ces outils sont efficaces si une (r)évolution de la relation éleveur-vétérinaire intervient (voir l’article paru dans notre édition du onze décembre dernier). Le bilan du plan diarrhée creusois est éloquent en la matière ; la réussite est présente si l’ensemble des composantes est pris en compte, ce qui concerne, pour partie, une remise en cause de sa façon de travailler… d’où une difficulté de réalisation de cette phase.

Les Sciences de la Vie et de la Terre avec une approche collective

Selon Michel Serres, « cette obligation d’inventer » engendrée par la crise actuelle se base sur les Sciences de la Vie et de la Terre avec une approche collective. Il montre que « nous sommes encore les acteurs de notre avenir ». Le monde de l’agriculture se doit, du fait de ses connaissances, d’être fortement impliqué. Les GDS, pour ce qui concerne leur domaine d’action, la santé animale, seront fortement présents. GDS Creuse poursuivra son investissement en la matière et vous tiendra informer des (r)évolutions qui vont se dessiner au cours de ce premier semestre 2010. Pour tout commentaire, suggestion, demande de renseignements, etc., n’hésitez pas à me contacter.

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