La Creuse Agricole 11 novembre 2020 à 07h00 | Par Alexandre Veschini

Beef carbon : rendre les exploitations plus efficientes

Les porteurs du programme Beef Carbon, qui vise à réduire les émissions des gaz à effet de serre dans les élevages bovins, se sont rendus sur l’exploitation de Jean-Bernard Sallat, éleveur à Saint-Germain-de-Montbron (Charente).

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Jean-Bernard Sallat, éleveur à Saint-Germain-de-Montbron, cherche des pistes d’amélioration pour son exploitation.
Jean-Bernard Sallat, éleveur à Saint-Germain-de-Montbron, cherche des pistes d’amélioration pour son exploitation. - © Alexandre Veschini

En Nouvelle-Aquitaine, le programme Beef Carbon doit permettre de travailler à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les élevages bovins. Le dossier, porté par l’Institut de l’Élevage (Idèle), l’interprofession Interbev, la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Ademe doit concerner dans un premier temps 700 élevages. « Pour l’instant, nous avons 550 exploitations mobilisées dont une trentaine en Charente », explique Mathieu Velghe, chef de projet à l’Institut de l’Élevage, en charge du dossier carbone et du diagnostic CAP2ER. L’objectif est de sensibiliser les éleveurs aux enjeux du carbone en réalisant un diagnostic multicritère. « Nous allons nous intéresser à la performance carbone mais également à l’efficacité énergétique, à la qualité de l’eau et de l’air de l’exploitation. C’est aussi un travail que nous faisons pour rappeler l’apport de l’élevage en matière de retenue du carbone », reprend Mathieu Velghe. Pour Abel Lumineau, vice-président d’Interbev Nouvelle-Aquitaine, qui porte le dossier Beef Carbon en région, il est important d’avoir un maximum de données.

Une « photographie de l’exploitation »
La démarche Beef Carbon n’en est toutefois qu’à son commencement. Mathieu Velghe, de l’Idèle, précise qu’aujourd’hui, n’ont été réalisés que 75 % des diagnostics de niveau 1. Viendra ensuite un deuxième niveau qui permettra la mise en place d’un plan d’actions. « Nous voyons une grande variabilité dans les marges d’amélioration, parfois sur 15 ans, que nous pouvons trouver d’une exploitation à l’autre », note Mathieu Velghe.
Pour Abel Lumineau, « entre les Pyrénées-Atlantiques et les Deux-Sèvres, c’est très différent. »
Éleveur à Saint-Germain-de-Montbron, et président de la FNSEA16, Jean-Bernard Sallat s’est intéressé très tôt à ce type de dispositif pour gagner en efficience. « Je suis installé depuis une vingtaine d’années. Il y a encore 10 ans, l’élevage était encore marginal dans mon exploitation. Je faisais du broutard et je me suis progressivement intéressé à faire de l’herbe et des céréales pour mes bêtes. J’ai rapidement arrêté le labour pour passer à des méthodes directes ou semi-directes. J’ai réfléchi également à la ration de mes animaux pour être le plus efficace et le moins impactant possible. Beef Carbon s’inscrit dans cette idée. J’espère que ça m’aidera à améliorer encore les pratiques sur ma ferme », détaille Jean-Bernard Sallat. Laurie Mourichou, technicienne de la Chambre d’agriculture de Charente qui a réalisé le diagnostic de l’exploitation, a donc accompagné l’éleveur pour réaliser la « photographie de son exploitation ». Elle explique : « La préoccupation est de se positionner et de voir ce qui a déjà été fait sur l’exploitation ». Et de noter qu’une partie du travail est déjà faite, notamment avec le travail autour de la vie du sol. « Dans ce contexte, passer par Beef Carbone est logique pour voir ce qui peut se faire. »
Les exploitations sont comparées dans leurs performances et évaluées selon leur fonctionnement : « Nous regardons les dernières exploitations entrées avec le nombre de bovins, le type de fertilisation, et la mesure des rejets des trois gaz à effet de serre : dioxyde de carbone, méthane et de protoxyde d’azote. Nous calculons des niveaux de CO2 par kg de viande produit. » Avec ce chiffre, les exploitations sont comparées sur plusieurs critères pour permettre de dégager des marges de manœuvre. « Si ce chiffre est un peu trop haut, nous allons travailler sur l’efficacité du troupeau. Le but n’est pas de produire plus mais d’être efficient. Nous allons faire la même chose pour les intrants », reprend Mathieu Velghe. « Nous travaillons également au stockage du carbone avec les prairies permanentes ou temporaires. L’élevage reste la seule activité qui permet de séquestrer le carbone. »
À la source, réduire la production de carbone sur un élevage bovin passe par son alimentation. « Une partie de la production de gaz carbonique dans un élevage provient du rot du ruminant. Nous avons peu de marge de manœuvre mais il est possible de gérer mieux l’alimentation avec une ration plus riche en lin, même si l’impact sera limité », cite par exemple Mathieu Velghe. D’autres leviers peuvent être utilisés. Le protoxyde d’azote peut être davantage utilisé pour la fertilisation minérale. « Sur le plan du CO2, on peut jouer sur l’émission directe (électricité, carburant du tracteur) ou indirect (achats d’aliments) », reprend le chef de projet de l’Idèle.

Mieux connaître son exploitation
Pour un éleveur bovin, c’est aussi un moyen de mieux connaître son exploitation. Sur l’élevage de Jean-Bernard Sallat, qui compte une centaine de vaches, il a constaté que l’intervêlage est de 388 jours, contre une recommandation de 365. Ce qui implique, qu’une fois qu’il a émis du carbone, l’éleveur n’a que 92 veaux. En réussissant à réduire cette période, il pourrait produire autant avec moins de rejet, ou plus à rejet équivalent. Malheureusement pour Jean-Bernard Sallat, ce n’est pas qu’une question de conduite de l’élevage. « La période d’intervêlage s’est rallongée avec le réchauffement climatique », note Mathieu Velghe. Pourtant, Jean-Bernard Sallat commence à prendre des mesures : « Je mets le taureau au champ et je le laisse faire son travail de reproducteur. Trente jours après, les vaches passent une échographie pour voir celles qui sont pleines. Quand elles ne le sont pas, je ne les garde que si elles ont un potentiel génétique intéressant. » Il a également travaillé sur leur alimentation. « Je me suis aperçu qu’après une alimentation avec enrubannage, il y avait toujours un problème avec certaines bêtes qui avaient du mal à se reproduire. Je suis passé à des rations calculées par un nutritionniste, avec cinq ou six céréales. Depuis trois ans, j’ai gagné sur les jeunes bovins ».
Le plan Beef Carbone va bientôt rentrer dans une deuxième phase. « La Chambre d’agriculture a fait une quinzaine de diagnostics. Nous sommes encore dans la phase d’accompagnement et d’explication chiffrée. Nous commençons à préparer le plan d’action, mais ça ne se fera pas en deux mois. Il faut tout prendre en compte : l’alimentation, la rotation des cultures, la plantation des cultures », reprend la technicienne de la Chambre d’agriculture de Charente. Et de voir les coûts comme les gains pour l’exploitation. « Une ration alimentaire, c’est facile à chiffrer. Le temps passé chez le vétérinaire parce que la ration ne convient pas, c’est plus compliqué » constate Jean-Bernard Sallat.
L’Institut de l’élevage fait déjà des recommandations qu’il faut affiner en fonction des exploitations et de leurs sols. « Il est possible de jouer sur les prairies permanentes ou des prairies temporaires assolées avec des cultures. On peut travailler également sur les intercultures, les méteils ou la couverture des sols et l’apport de fourrage pour limiter les achats d’aliments. C’est un bon facteur d’enfermement du CO2. Il faut faire attention à ce que les animaux sont bien nourris, en quantité et en qualité », détaille Mathieu Velghe.
Reste maintenant à voir quel sera le gain sur l’émission carbonée. « C’est très variable, ça peut aller jusqu’à 15-20 % pour une exploitation sur une dizaine d’années. D’autres au contraire auront des gains marginaux », prévient Mathieu Velghe. Pour Laurie Mourichou, « il ne faut pas rester sur l’échelle de l’exploitation ». Un angle repris par Interbev qui porte le projet à l’échelle régionale. « On doit emmener un maximum d’éleveurs. L’éleveur doit y trouver son compte et ne pas se dire dans 10 ans que ça n’en valait pas la peine », conclut Abel Lumineau.

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