La Creuse Agricole 21 mars 2008 à 00h00 | Par A.M.

62ème congrès de la FDSEA - Crises et PAC au cœur des débats

Nombreuses sont les inquiétudes qui dominent actuellement le monde agricole, FCO, crises ovine et porcine, augmentation des charges et bilan de santé de la PAC, autant de sujets qui ont été débattus au cours du 62ème congrès de la FDSEA qui se tenait cette année le 13 mars dernier à la salle polyvalente de Guéret.

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La tribune au complet
La tribune au complet - © D.R.

Si le congrès de la FDSEA de la Creuse reste toujours un moment privilégié pour évoquer toutes les difficultés que vivent les agriculteurs creusois et relayer les revendications syndicales, le bilan de l’année 2007 aura été très chargé. Entre les multiples crises ovines et porcines, les conséquences de la fièvre catarrhale ovine, l’augmentation des charges de toutes natures, (pétrole, alimentation animale, engrais) auxquelles s’ajoute la chute du revenu agricole et les perspectives du bilan de santé de la PAC, les motifs d’inquiétudes et de colère sont nombreux, sans pour autant que de véritables réponses ne soient apportées par nos gouvernements qui restent dans une passivité sans pareil. Pour débattre de tous ces sujets, la FDSEA avait donc invité quelques intervenants de marque, pour tenter d’apporter tant bien que mal quelques éléments de réponses aux nombreuses interrogations des adhérents.

Ainsi Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA et président de la FDSEA de l’Aveyron, mais aussi à l’heure des grandes réflexions sur le bilan de santé de la PAC, M. Diogo Santiago du service « Analyse et prospective de la politique agricole commune » à la direction générale de l’agriculture auprès de la commissaire Marianne Fischer Boel à Bruxelles, avaient effectué le déplacement jusqu’en Creuse pour apporter leurs réflexions sur ce sujet. Pour le président de la FDSEA, Philippe Monteil « la situation est très critique », sur de nombreuses productions et notamment sur le secteur porcin qui perd actuellement entre 30 et 40 Euros par porc. « Il faut sauver cette production par tout les moyens » a-t-il souligné, tout en ajoutant : « qui peut se lever chaque matin en sachant qu’il va perdre de l’argent ? Aucune profession ne pourrait l’admettre et pas plus la profession agricole ».

D’autant plus lorsque l’on sait que le marché de référence breton « fabrique », à lui seul, les cours pour tout la production française. « Les éleveurs attendent un signe fort de l’état en matière de prise en charge des cotisations sociales et d’aides à la trésorerie ».

M. Santiago
M. Santiago - © D.R.

Autre sujet d’inquiétude avec la gestion de la crise FCO, qui amène la FDSEA a redouter « l’assassinat programmé » de la production bovine française et creusoise en particulier. « Rien n’est fait à ce jour pour sortir les éleveurs de cette impasse » a martelé le président de la FDSEA, qui ajoute : « nous sommes en train de perdre 16 millions d’euros avec cette crise et le montant des compensations ne représente pas plus de 20 euros par exploitation… »

« Vous n’avez pas honte messieurs les politiques ? » s’emporte Philippe Monteil devant les élus politiques, et « quand il faut mettre la main à la poche, il n’y a plus personne et c’est zéro » tout en poursuivant avec le plan de vaccination. Là aussi la colère gronde : « sous prétexte que les vaccins sont arrivés, les élus et les pouvoirs publics pensent que l’on est sortis d’affaire, alors que ce n’est pas du tout le cas, car il va encore falloir attendre 90 jours pour sortir nos animaux et en attendant qui va encore payer pour les surcoûts alimentaires et les charges supplémentaires ? »

Avec 110 millions d’euros de fonds publics consacrés à la vaccination, dont 40 millions d’euros pour la prise en charge du coût des vaccins, le président Philippe Monteil se demande bien à qui profite la différence, soit 70 millions d’euros. Toujours dans son propos, le président Monteil ne manquait pas d’évoquer la crise ovine. Le revenu des éleveurs ovins reste le plus bas parmi les productions animales, « c’est pour cela que nous demandons la revalorisation des UGB ovines au même niveau que les UGB bovines ». Parmi les autres sujets évoqués demeure aussi celui des retraites agricoles qui restent encore les plus basses par rapport aux autres catégories sociaux professionnelles. « Nous demandons leur revalorisation à hauteur de 85 % du SMIC comme s’y sont engagés de nombreux candidats aux élections présidentielles, et jusqu’à maintenant personnes n’a encore rien fait ».

M. Barrau
M. Barrau - © D.R.

Une PAC rénovée

Mais le thème central de ce congrès restait bien celui du bilan de santé de la PAC. Après la consultation du Ministre de l’Agriculture auprès des Chambres d’Agriculture sur les orientations françaises dans les futures négociations, la FDSEA de la Creuse avait déjà pour sa part travaillé sur les propositions de la commission. Pour le président de la FDSEA « la PAC doit être essentiellement une politique économique » a-t-il rappelé au représentant de la commission européenne M. Diogo Santiago. Comme le précisait Thierry Jamot dans son rapport d’orientation, « si la commission envisage d’apporter de nouvelles évolutions à la PAC, elle doit garder avant tout sa vocation économique, tout en réaffirmant sa préférence communautaire ».

A l’heure où le débat fait rage entre éleveurs et céréaliers, la FDSEA préconise une véritable politique de l’herbe, à vocation économique et non plus dans le schéma des mesures agro environnementales. » « Cette évolution doit se concrétiser par l’intermédiaire d’une aide spécifique dans le cadre du 1er pilier à hauteur de 300 Euros/ha, ce qui permettrait de rééquilibrer les niveaux de soutien entre productions ». Si cette proposition est loin de faire l’unanimité au sein de la profession agricole, la commission se dit prête à modifier les règles du jeu des DPU en proposant 2 alternatives, le maintien des références historiques ou bien la régionalisation des aides. Si la FDSEA reste favorable à la suppression des références historiques, au maintien des outils de régulation des marchés à la simplification de la conditionnalité des aides et à conforter une politique de correction des handicaps naturels et l’assouplissement des quotas laitiers, elle insiste également sur le maintien du recouplage des aides et en particulier pour la PMTVA et la PBC.

Le spécialiste de ces questions sur la PAC à la commission européenne, M. Diogo Santiago a bien compris les enjeux de l’agriculture du Massif Central, mais pour lui ce bilan de santé est avant tout l’occasion de « proposer des ajustements sans réforme fondamentale avant 2012, mais aussi de définir les futures priorités de l’agriculture ». Pour l’heure les projets de textes législatifs seront présents le 20 mai prochain au Conseil des Ministres de l’Agriculture. Ainsi, si les nouvelles orientations de la commission visent à « rendre le régime des DPU plus efficace et adapter les instruments de marche selon de nouvelles opportunités, mais aussi relever les nouveaux défis du changement climatique, des bioénergies et de la gestion de la ressource en eau tout en améliorant la protection de la bio diversité », plusieurs pistes sont d’ores et déjà actées par la commission. Ainsi pour les DPU, la commission suggère de laisser le choix aux états membres de choisir le taux de recouplage le plus uniforme et d’étudier la possibilité d’étendre le régime des DPU à la surface jusqu’en 2012 (système de régionalisation avec un taux uniforme sur un même territoire).

Par ailleurs elle préconise le maintien des aides couplées uniquement lorsque les conditions l’exigent. De plus, elle se propose de réexaminer les divers champs de la conditionnalité des aides et à en simplifier certains critères. Pour ce qui concerne la gestion des marchés, elle souhaite ajuster l’intervention sur le secteur des céréales, supprimer la jachère obligatoire et supprimer les quotas laitiers à l’horizon 2014/2015, avec un accompagnement financier pour les éleveurs désirant cesser cette production. Quant aux nouveaux défis, la commission envisage de renforcer le 2ème pilier de la PAC par de nouvelles mesures de développement rural en relevant les taux de modulation à hauteur de 8 % sur les 4 prochaines années. Pour le secrétaire général de la FNSEA, Dominique Barrau, « La France a encore des atouts à faire valoir et à la veille de la présidence française de la commission européenne pour le second semestre 2008, nous entendons bien faire entendre nos positions dans ces prochaines négociations ». Mais au delà de la PAC, Dominique Barrau a aussi évoqué les grands chantiers de la FNSEA et en particulier les sujets d’actualité, comme la FCO ou encore les retraites agricoles ou les secteurs en crise, tout en rappelant l’engagement de la FNSEA sur ces dossiers.

Avant de clôturer ce 62ème congrès, le député Jean Auclair a tenu à s’exprimer sur des sujets plus locaux et en particulier sur la FCO tout en « regrettant » que le Conseil Général ne se soit pas suffisamment impliqué pour aider les éleveurs creusois, mais pour qui cette problématique se solutionnera dans les semaines à venir.

Quant aux retraites agricoles, il a reconnu que ce problème n’était pas simple et que malgré ses nombreuses interventions, aucune solution satisfaisante n’avait été encore apportée. Le président Philippe Monteil, qui regrettait l’absence du Préfet Daniel Ferey en raison de son droit de réserve, n’a pas manqué de rappeler aux pouvoirs publics et aux élus politiques que « la conjoncture actuelle  ne laissait guère de marge de manœuvre aux discussions, mais davantage aux actions syndicales qui seront très prochainement engagées, le 26 mars, pour faire entendre les revendications de la profession agricole ».

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